Le Colonial Building, siège du gouvernement

(Tiré du livret Women's History Walking Tour [Promenade guidée sur l'histoire des femmes])

Le Colonial Building occupe une place de choix depuis longtemps dans la vie politique de la colonie et de la province. Cet édifice a servi de siège du gouvernement jusqu'en 1960 et certaines des lois qui y ont été adoptées ont eu des répercussions particulièrement importantes sur la vie des femmes.

Le Colonial Building
Le Colonial Building
Chemin Military, St. John's, T.-N.-L.
Photographie de Duleepa Wijayawardhana, 1998.

Le droit de vote (suffrage) des femmes

En mars 1891, 50 femmes de St. John's arborant un ruban blanc, symbole de pureté, ont marché vers le Colonial Building pour demander aux membres du gouvernement le droit de voter aux élections municipales. Même si ce groupe de femmes, affilié à la International Women's Christian Temperance Union (Union internationale des femmes chrétiennes pour la tempérance), n'ait pas réclamé l'établissement du suffrage universel, ses demandes concernaient bel et bien le principe du droit de vote des femmes et le rôle de celles-ci dans la société. Il aura fallu attendre 34 autres années avant que les Terre-Neuviennes obtiennent enfin le droit de voter et de se présenter à un poste électif.

La seconde campagne du mouvement pour le droit de vote, organisée sous la bannière de la Women's Franchise League (Ligue pour le droit de vote des femmes de Terre-Neuve-et-Labrador), s'est inspirée du succès de la Women's Patriotic Association (Association des femmes patriotes) au sein de laquelle de nombreuses suffragettes occupaient des postes de direction.

Des militantes pour le droit de vote des femmes dans les années 1920
Des militantes pour le droit de vote des femmes dans les années 1920
Cette photographie de la Ligue pour le droit de vote des femmes de Terre-Neuve-et-Labrador (la Women's Franchise League) a été prise vers 1920, probablement à Carbonear. Debout, 2e à partir de la gauche : Fannie McNeil; assise, à gauche : Agnes Ayre; assise, à droite : Janet Ayre.
Avec la permission de Gertrude Crosbie et la Division des archives et collections spéciales (Collection 158), Bibliothèque Queen Elizabeth II, Memorial University of Newfoundland, St. John's, T.-N.-L.

Mieux éduquées et plus fortunées, ces femmes ont dû surmonter les différences sociales, géographiques et religieuses afin d'obtenir le soutien de l'ensemble de la population féminine. Au cours de leur campagne amorcée en mai 1920, elles ont envoyé des articles aux journaux et des lettres aux rédacteurs en chef, fait du démarchage électoral, lancé des pétitions et fait de la publicité sur les écrans des salles de cinéma. Leurs efforts n'ont pas porté fruit puisque la loi n'a pas été adoptée lors la session de 1921, mais elles ont poursuivi discrètement leur campagne au cours des années suivantes.

Requête des militantes auprès du gouvernement, pour le droit de vote
Requête des militantes auprès du gouvernement, pour le droit de vote
Cette lettre se lit ainsi :
Monsieur – Les organisatrices du mouvement pour le droit de vote des femmes souhaitent attirer l'attention du premier ministre au sujet de l'attitude incompréhensible du gouvernement concernant le suffrage des femmes, laquelle témoigne d'un manquement de la part de deux membres du gouvernement qui ont omis de proposer le projet de loi malgré le fait qu'ils avaient promis de le faire. Les femmes intéressées préféreraient davantage que le projet de loi soit présenté comme une mesure du gouvernement lors de la session courante de la Chambre; mais elles sont d'avis qu'il devra être présenté cette année et que si le gouvernement est incapable de satisfaire cette demande, le Women's Party verra à ce qu'il soit présenté par un membre de l'opposition le vendredi 4 juin.
St. John's, 2 juin 1920
A.N. Gosling, M. Macpherson, Janet Ayre, Mary Kennedy, Fannie McNeil, M. Rennie, Agnes M. Ayre, Helen M. Baird, Anna M. Mitchell, Adeline E. Bowring [Traduction libre]
Avec la permission de la Division des archives et collections spéciales (Collection MF-137), Bibliothèque Queen Elizabeth II, Memorial University of Newfoundland, St. John's, T.-N.-L.

En 1925, avec le soutien du premier ministre, de membres éminents du Cabinet et de plusieurs représentants des régions rurales, le projet de loi sur le droit de vote des femmes a été adopté par l'Assemblée législative et le Conseil législatif. Les suffragettes ont célébré leur victoire et leurs nouveaux droits acquis le 21 avril 1925, lors d'un banquet réservé exclusivement aux femmes.

Les Chinois

En 1906, la Chambre d'assemblée, qui siégeait dans le Colonial Building, a adopté un projet de loi (Loi de l'immigration chinoise) qui avait pour but de limiter l'immigration chinoise en imposant une taxe d'entrée de 300 $. Cette taxe a indubitablement freiné l'immigration des femmes et des enfants chinois qui souhaitaient aller rejoindre les hommes de leur famille à Terre-Neuve. La plupart des immigrants chinois de Terre-Neuve étaient trop pauvres pour payer cette taxe.

Bien que la documentation la plus ancienne au sujet des immigrants chinois à Terre-Neuve date de 1895 (il s'agit d'une publicité annonçant l'ouverture d'une buanderie parue le 24 août 1895 dans les journaux The Evening Telegram et The Evening Herald), il est intéressant de noter que le premier compte rendu de la présence d'une femme chinoise dans la colonie apparait bien plus tard, soit en1927. On y apprend que Mme Lee, femme de Au Kim Lee, un Chinois titulaire de la nationalité britannique, n'était pas restée longtemps et qu'elle était retournée en Chine alors qu'elle était enceinte et avait accouché pendant le voyage.

Lorsque Terre-Neuve s'est jointe à la Confédération canadienne en 1949, la Loi sur la citoyenneté canadienne de 1947 s'est appliquée immédiatement à la province, entraînant ainsi l'abolition de la taxe d'entrée. Les épouses et les enfants âgés de moins de 21 ans pouvaient désormais être parrainés pour entrer au Canada. En 1950, trois Chinoises ont immigré pour venir rejoindre leur mari à Terre-Neuve.


Bella ‘Bobbie' Robertson (1892-1992)

Bobbie Robertson est arrivée d'Écosse avec son mari en 1923. En 1951, elle est devenue représentante du ministère du Commerce de Terre-Neuve, soit la seule femme déléguée commerciale du Canada à cette époque. Jusqu'au moment de sa retraite en 1966, elle a travaillé pour la Newfoundland Historical Society (Société historique de Terre-Neuve), qui était installée dans le Colonial Building.

Bobbie Robertson
Bobbie Robertson
Photographie prise le jour de son centième anniversaire
Photographie prise le jour de son centième anniversaire

Bobbie était un personnage fascinant et haut en couleur qui a toujours eu un grand cercle d'amis dans sa communauté et à travers le monde. Reconnue pour ses opinions franches, cette femme, qui ne parlait jamais pour rien dire, était particulièrement douée pour aider les personnes à la recherche d'informations historiques. En 1976, elle a reçu le premier Prix du patrimoine de la Société historique de Terre-Neuve pour sa contribution remarquable à la protection de la culture terre-neuvienne. En 1984, la Memorial University of Newfoundland l'a honorée en lui décernant un doctorat honorifique en droit.

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