Les moyens de communication et de transport au 19e siècle

Au 19e siècle, de nouveaux moyens de transport et de communication beaucoup plus performants ont fait leur apparition à Terre-Neuve et au Labrador. À cette époque, des moyens de transport terrestre rapides et pratiques reliaient de nombreux villages isolés grâce aux routes et aux voies ferrées tandis que les bateaux à vapeur subventionnés par le gouvernement assuraient le transport du courrier, des marchandises et des passagers vers les villages côtiers et les centres urbains.

Aquarelle de Heart's Content, 1866
Aquarelle de Heart's Content, 1866
Heart's Content, T.-N.-L. a servi de point de terminus pour le premier câble télégraphique transatlantique sous-marin au monde.
Aquarelle de Robert Dudley. Avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada (C-150019), Ottawa, Ontario.

À la même époque, le télégraphe et le téléphone se sont révélés plus efficaces que le système postal, car ils permettaient aux habitants de communiquer presque instantanément avec leur famille, leurs amis ou leurs partenaires d'affaires dans d'autres parties de la colonie ou du monde. Située stratégiquement entre l'Europe et le continent nord-américain, l'île de Terre-Neuve a aussi joué un rôle important dans le domaine du développement des télécommunications mondiales en acceptant de fournir un point de terminus pour le premier câble télégraphique transatlantique sous-marin au monde.

Le transport maritime

Avant 1825, année où le gouvernement a construit une voie carrossable entre St. John's et Portugal Cove, aucune route ne reliait les collectivités de Terre-Neuve et du Labrador à part quelques chemins et sentiers. C'est plutôt l'océan qui servait d'autoroute tandis que les navires étaient les principaux moyens de transport. La plupart des villages de la colonie étaient situées le long de la côte et le relief était accidenté tout autour. Les déplacements par voie terrestre étaient compliqués à cause des marécages, des terrains rocheux, des forêts et des collines. Il aurait été coûteux, difficile et dangereux de tenter d'y construire des routes. Le bateau était donc un moyen de transport accessible pour cette population habituée à voyager sur l'eau.

Au cours du 19e siècle, la création de nouvelles collectivités côtières a entraîné une demande accrue pour la livraison régulière de denrées et celle du courrier. Le transport des passagers était aussi prioritaire de même que celui des marchandises en provenance de St. John's et d'ailleurs. Les traversiers subventionnés par le gouvernement assuraient un service régulier vers les baies de Bonavista, Trinity, Plaisance (Placentia) et Fortune tandis que des exploitants privés offraient des services maritimes vers Harbour Grace, Brigus, la baie de la Conception et ailleurs.

Au cours de la seconde moitié du 19e siècle, plusieurs exploitants ont remplacé les voiliers par des navires à vapeur neufs et performants. Le gouvernement a commencé à subventionner les entreprises locales qui possédaient des bateaux à vapeur – dont la société Bowring Brothers et la Reid Newfoundland Company – afin qu'elles s'occupent du transport des passagers et des marchandises sur le territoire, de même que vers la Nouvelle-Écosse et les États-Unis.

Le SS Curlew, avant 1923
Le SS Curlew, avant 1923
Pendant la seconde moitié du 19e siècle, le SS Curlew transportait le courrier et les passagers le long de la côte de Terre-Neuve et du Labrador.
Photographe inconnu. Avec la permission de la Division des archives et collections spéciales (Coll. 137 24.02.009), bibliothèque Queen Elizabeth II, Memorial University of Newfoundland, St. John's, T.-N.-L.

Au cours de la seconde moitié du 19e siècle, des bateaux à vapeur subventionnés par le gouvernement transportaient aussi le courrier, des provisions et des passagers entre St. John's et diverses collectivités du Labrador. Ce service était d'une importance vitale pour les résidants du Labrador, sans quoi ils auraient été privés de plusieurs biens et services pourtant disponibles sur l'île. Habituellement, les bateaux rebroussaient chemin après avoir atteint Hopedale, mais, en 1883, ils ont entrepris de poursuivre leur route jusqu'à Nain, une collectivité septentrionale sur le littoral du Labrador. Jusqu'au début du 20e siècle, de nombreuses collectivités du Labrador se fiaient aux bateaux à vapeur côtiers pour recevoir des provisions, des services médicaux et des nouvelles du monde extérieur.

Le transport terrestre

Pendant tout le 19e siècle, le transport maritime n'a jamais cessé d'être un moyen de transport prioritaire pour la circulation des personnes et des provisions, ce qui n'a pas empêché d'importants progrès dans le domaine du transport terrestre. Même si la première automobile n'a fait son apparition qu'en 1903 à Terre-Neuve et au Labrador – l'année où le constructeur de chemin de fer Robert Gillespie Reid a acheté une Rolls-Royce –, la colonie avait déjà commencé à établir un petit réseau routier au 19e siècle. Sir Thomas Cochrane, gouverneur civil de la colonie, croyait que la construction de routes aiderait à soulager la pauvreté grâce à la création de nouveaux emplois en plus de favoriser l'essor de la production agricole et d'autres types de développement. Sous son administration, la construction de routes a grandement contribué à venir en aide aux personnes défavorisées aptes au travail. Cela a aussi permis de relier les villages côtiers et de rendre les zones intérieures de l'île plus accessibles. Les premières routes ont été construites dans les années 1820 alors que des équipes professionnelles ont ouvert une route de 14 km entre St. John's et Portugal Cove et une autre de 19 km entre St. John's et Topsail. Dans les années 1890, la compagnie Reid a aussi construit des routes pour permettre aux collectivités voisines d'avoir accès au chemin de fer.

Il y avait alors beaucoup moins de routes au Labrador que sur l'île et la plupart étaient de simples sentiers raboteux inaccessibles en hiver. Pendant la saison froide, on utilisait principalement des traîneaux à chiens et des raquettes (au lieu des calèches), pour circuler par voie terrestre tandis qu'on se déplaçait par bateau au printemps et en été.

Alors que le gouvernement et le secteur industriel ont commencé à s'intéresser à l'exploitation des ressources minières et forestières à l'intérieur de l'île, il est devenu nécessaire de transporter facilement les travailleurs et l'équipement vers ces régions éloignées. Sir William Whiteway, gouverneur de Terre-Neuve et du Labrador, était favorable à la construction d'un chemin de fer, car il était convaincu qu'elle aiderait à moderniser le pays, à diversifier l'économie et à relier les villages isolés.

Train et bateau côtier, après 1897
Train et bateau côtier, après 1897
Le chemin de fer de l'île de Terre-Neuve reliait les principales baies les unes aux autres et les villages aux grands centres.
Photographe inconnu. Avec la permission de la Division des archives et collections spéciales (Coll. 137 24.01.006), bibliothèque Queen Elizabeth II, Memorial University of Newfoundland, St. John's, T.-N.-L.

En 1890, le gouvernement a mandaté Robert Gillespie Reid pour la construction et l'exploitation du chemin de fer. Huit ans plus tard, au moment de la fin des travaux de construction de la voie ferrée, le train pouvait rouler vers le nord et ensuite vers l'ouest, entre la péninsule d'Avalon et la vallée des Exploits, avant de poursuivre sa route vers le sud jusqu'au terminus de Port aux Basques. Cette première route terrestre qui traversait l'île de Terre-Neuve connectait également les principales baies les unes aux autres en plus de relier les villages aux grands centres. Le premier train transinsulaire de voyageurs a quitté St. John's le 29 juin 1898 et est arrivé à Port aux Basques 28 heures plus tard.

Les moyens de communication

Au cours du 19e siècle, les progrès réalisés dans le monde des communications ont transformé en profondeur la manière dont les gens de Terre-Neuve et du Labrador interagissaient entre eux et avec le reste du monde. Au lieu d'attendre pendant des semaines, voire des mois, que le courrier et les nouvelles arrivent par bateau, les habitants des collectivités rurales et urbaines pouvaient désormais utiliser le télégraphe (et plus tard le téléphone) pour communiquer presque instantanément avec des gens et des entreprises dans d'autres collectivités et pays. Comme elle abrite le point le plus à l'est de l'Amérique du Nord, l'île de Terre-Neuve a joué un rôle de premier plan dans le développement des communications transatlantiques, ce qui lui a valu une certaine renommée internationale ainsi qu'une place dans l'histoire des télécommunications.

Le télégraphe

Le télégraphe est un appareil qui peut envoyer et recevoir sur de longues distances des messages transmis en code Morse. En 1850, il y avait des lignes télégraphiques presque partout en Amérique du Nord, sauf à Terre-Neuve et au Labrador. En septembre 1851, l'ingénieur télégraphe Frederick Gisborne a proposé à la législature de Terre-Neuve et du Labrador de construire un réseau télégraphique entre St. John's et le cap Race, sur la pointe sud-est de la péninsule d'Avalon, et entre St. John's et le cap Ray, sur la côte occidentale de l'île, et de connecter ensuite cette ligne à la Nouvelle-Écosse par câble sous-marin. Même si cette installation n'allait pas se faire sans difficultés, on misait sur le fait qu'elle attirerait sans doute un plus grand nombre de bateaux à vapeur dans les ports de l'île de Terre-Neuve et réduirait le temps nécessaire pour que les nouvelles traversent l'Atlantique. Les bateaux à vapeur pourraient s'arrêter au cap Race et envoyer des nouvelles par télégrammes aux organes médiatiques au lieu de naviguer 36 heures de plus vers la Nouvelle-Écosse ou 5 jours de plus pour se rendre à New York.

La législature a approuvé le projet de Gisborne et, en 1852, elle a créé la société Newfoundland Electric Telegraph Company pour superviser les travaux. La compagnie a toutefois fait faillite au cours de l'année suivante après avoir installé moins de 65 km de câbles. Gisborne s'est rendu à New York pour trouver des fonds, ce qui lui a donné l'occasion de rencontrer le riche homme d'affaires américain Cyrus W. Field. En plus d'accepter de financer la ligne télégraphique entre St. John's et l'île du Cap-Breton, Field a reconnu que l'installation d'un câble télégraphique sous-marin entre Terre-Neuve et l'Europe aurait une valeur historique et commerciale extraordinaire. En 1854, il a créé la société New York, Newfoundland, and London Telegraph Company (NYNLTC) et, en octobre 1856, il a terminé l'installation d'une ligne terrestre entre St. John's et le cap Ray et celle de lignes sous-marines jusqu'à l'île du Cap-Breton et à New York. L'agence New York Associated Press (NYAP) a posté un bateau au cap Race pour intercepter des nouvelles en provenance des bateaux à vapeur de passage afin de pouvoir les télégraphier ensuite aux journaux nord-américains.

Field avait toutefois l'ambition d'améliorer encore plus les communications transatlantiques en installant un câble sous-marin entre l'Irlande et Terre-Neuve. En décembre 1856, il a créé la société Anglo-American Telegraph Company (AATC) pour veiller à la réalisation de ce projet. Le 27 juillet 1866, après trois essais infructueux – en raison de mauvais temps et de câbles défectueux –, la fin de l'installation a été effectuée avec succès lorsque le navire câblier Great Eastern est arrivé à Heart's Content en provenance de Valentia, en Irlande, pour poser les derniers mètres de câbles. Au cours de ses 13 jours de voyage, ce câblier a parcouru 1686 milles marins et installé environ 200 km de câbles par jour. Des milliers de personnes se sont rassemblées sur les quais de Heart's Content pour accueillir le Great Eastern et célébrer le début d'une nouvelle ère de communications globales.

Le SS Great Eastern à Heart's Content, 1866.
Le SS Great Eastern à Heart's Content, 1866.
Le navire câblier Great Eastern a fini d'installer le premier câble télégraphique sous-marin transatlantique du monde à Heart's Content, T.-N.-L., en juillet 1866.
Photographe inconnu. Avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada (C-004484), Ottawa, Ontario.

Au cours des années qui ont suivi, la transmission télégraphique s'est répandue très rapidement à Terre-Neuve et au Labrador. En plus du réseau de la péninsule d'Avalon, le gouvernement a bâti un réseau de lignes de propriété publique dans les collectivités plus petites de l'île, notamment à Trinity, Bonavista, baie Saint-Georges, Fogo, Tilt Cove et Twillingate. Dans les années 1890, Reid a aussi installé une ligne télégraphique le long du chemin de fer entre Port aux Basques et Whitbourne, laquelle était connectée aux autres lignes gouvernementales de l'île.

Après le télégraphe, la radio s'est révélée un moyen de communication fort pratique au 20e siècle après que Guglielmo Marconi eut réussi la première transmission radio transatlantique (sans fil) le 12 décembre 1901 sur la colline de Signal Hill, à St. John's. Comme le télégraphe, la radio a donné accès aux résidants du Labrador à un important moyen de communication longue distance qui leur a permis de créer des liens avec le reste du monde, eux qui avaient l'habitude d'attendre pendant des semaines, voire des mois, pour que les bateaux côtiers à vapeur viennent leur livrer le courrier et les journaux. En 1905, le gouvernement a ouvert des postes télégraphiques et des stations de radio dans les collectivités du Labrador de Venison Island, Battle Harbour, Domino, Seal Islands et Smokey.

Le téléphone

En 1874, Alexander Graham Bell a inventé le téléphone, un autre moyen de communication longue distance rapide et pratique. À Terre-Neuve, les premiers appareils téléphoniques sont entrés en fonction le 20 mars 1878 à St. John's. Ils reliaient la maison du ministre des Postes John Delaney à celle du messager du bureau de poste John Higgins. Delaney est parvenu à créer un réseau téléphonique privé à l'aide d'un simple digramme accompagné d'instructions paru dans le magazine Scientific American.

En 1885, l'AATC a fait installer le premier réseau téléphonique public de Terre-Neuve et du Labrador après avoir acquis les droits de location afférents au brevet à la compagnie de téléphone Bell pour son appareil téléphonique à magnéto. Cet appareil était constitué de trois boîtiers superposés. Celui du dessus contenait un générateur muni d'une manivelle que l'utilisateur devait tourner pour téléphoner à un opérateur. Celui du milieu contenait un microphone tandis que celui du bas renfermait une batterie et un émetteur.

Ce n'est qu'au cours de la première moitié du 20e siècle que le téléphone a fait une entrée massive dans les foyers de Terre-Neuve et du Labrador alors que la société AATC a vendu son réseau à Western Union et que diverses entreprises ont créé leurs propres centraux téléphoniques. Parmi celles-ci, mentionnons l'Anglo-Newfoundland Development Company à Grand Falls, Botwood et Bishop's Falls, l'American Smelting and Refining Company à Buchans et à Millertown, la Dominion Steel and Coal Corporation à Bell Island, et la Bowater's à Corner Brook.

English version

Vidéo: The Transatlantic Telegraph Cable (en anglais seulement)