Les engagés de Terre-Neuve et du Labrador de la Deuxième Guerre mondiale

Des citoyens de Terre-Neuve et du Labrador s'engagent pour servir en mer, sur la terre et dans les airs pendant la Deuxième Guerre mondiale. Certains d'entre eux sont affectés à la défense du front intérieur. D'autres vont combattre en Europe, en Afrique du Nord et en Extrême-Orient. L'enrôlement dans la marine marchande, responsable du transport de marchandises essentielles vers les pays alliés, bondit également. D'autres encore se font bûcherons et approvisionnent en bois d'œuvre l'effort de guerre. Les membres de divers organismes bénévoles et caritatifs y participent aussi. La Croix-Rouge et la Women's Patriotic Association sont parmi ces organismes procurant services de santé, repas et soutien à des milliers d'hommes et de femmes, militaires et civils.

Des soldats de Terre-Neuve et du Labrador, mai 1940
Des soldats de Terre-Neuve et du Labrador, mai 1940
Des recrues de la Royal Artillery (Artillerie royale) originaires de Terre-Neuve et du Labrador devant la caserne Redford à Bollington.
Photographe inconnu. Avec la permission de la Division des archives et collections spéciales (Coll. 217 3.04.001), bibliothèque Queen Elizabeth II, Memorial University of Newfoundland, St. John's, T.-N.-L.

La Commission de gouvernement choisit de ne pas imposer la conscription pendant la guerre. L'engagement de 22 000 citoyens de Terre-Neuve et du Labrador est donc volontaire. De même pour les milliers d'autres qui ne répondent pas aux conditions de recrutement ou échouent aux examens médicaux. C'est un nombre substantiel pour un territoire ne comptant pas plus de 300 000 habitants. Ces hommes et ces femmes veulent contribuer à l'effort de guerre, mais aussi empocher un salaire, un luxe précieux lorsque sévit la pauvreté.

Les forces armées

Au déclenchement de la guerre en 1939, l'île et le Labrador ne disposent pas de forces armées. Seuls quelque 50 Rangers et 260 membres de la force constabulaire de Terre-Neuve parcourent le territoire. En effet, le Royal Newfoundland Regiment et la Royal Naval Reserve ont été dissous en 1921. Le premier avait pris part à la Première Guerre mondiale, et l'autre à la formation des marins et pêcheurs destinés à la Royal Navy (Marine royale).

La Commission de gouvernement entend d'abord mettre sur pied une force de défense du territoire. En octobre, elle pose les premiers jalons d'une milice (Newfoundland Militia), renommée Newfoundland Regiment en 1943. Les 1668 hommes qu'il recrute pendant la guerre ont pour mission de défendre les zones vulnérables de St. John's, d'Harbour Grace, de Bay Roberts, de Whitbourne, de St. Lawrence et l'île Bell. La Commission de gouvernement constitue également des unités territoriales chargées de protéger de possibles attaques les villes de Grand Falls et Corner Brook et leurs indispensables usines de papier.

La Commission de gouvernement est dépourvue des moyens financiers lui permettant de lever une armée terrestre, aérienne ou navale pour livrer bataille outre-mer comme ce fut le cas lors de la Première Guerre mondiale. Elle laisse plutôt la Grande-Bretagne et les autres nations alliées intégrer ces citoyens dans leurs forces armées.

Les premières recrues quittent St. John's en novembre 1939 pour joindre la British Royal Navy. À la fin de la guerre, 2889 hommes originaires de Terre-Neuve et du Labrador évoluent dans ses rangs. C'est le nombre le plus élevé parmi toutes les branches armées. Ces hommes accomplissent leur devoir sur des centaines de bateaux dans tous les théâtres d'opérations.

Personnel naval en devoir dans les années 1940
Personnel naval en devoir dans les années 1940
Jim White (à droite) natif de Greenspond, Terre-Neuve, et deux autres membres de l'équipage non identifiés.
Photographe inconnu. Avec la permission de la Greenspond Historical Society.

Pour sa part, la Royal Artillery (Artillerie royale) privilégie le regroupement des recrues dans deux régiments spécifiant leur lieu d'origine, le 166e Régiment d'artillerie de campagne (de Terre-Neuve) et le 59e Régiment d'artillerie lourde (de Terre-Neuve). Le premier est déployé en Grande-Bretagne, en Afrique du Nord et en Italie. Le deuxième protège le littoral anglais pendant trois ans avant de traverser et se battre en France, en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. Pendant la guerre, 2343 citoyens de Terre-Neuve et du Labrador servent au sein de la Royal Artillery.

Le nombre de volontaires optant pour la Royal Air Force (Aviation royale), la dernière-née de l'armée britannique, est inférieur à ceux de la marine et de l'artillerie. En 1945, environ 712 hommes partent de St. John's comme pilotes ou membres du personnel au sol. Une partie d'entre eux composent l'Escadron (Terre-Neuve) no 125, un escadron de chasse nocturne qui patrouille le ciel et les côtes anglaises à l'affût d'avions et de navires ennemis.

Les volontaires rejoignent aussi d'autres armées alliées. Ainsi, 1160 hommes s'enrôlent dans les forces terrestres, navales et aériennes canadiennes. Plus de 500 femmes servent dans le Service féminin de l'Armée canadienne, le Service féminin de la Marine royale du Canada et la Division féminine de l'Aviation royale canadienne.

La mobilisation civile et les organismes bénévoles

Des milliers d'hommes et de femmes désirent contribuer à l'extérieur des forces armées. Ils se tournent vers la marine marchande et la Newfoundland Overseas Forestry Unit (Unité forestière d'outre-mer).

Au nombre d'environ 10 000, ces marins marchands permettent l'acheminement de marchandises entre pays alliés. Ces convois vitaux sont extrêmement périlleux. Avant que ne s'achève la guerre, les forces allemandes auront détruit plus de 5000 navires marchands alliés, entraînant dans la mort au moins 333 marins natifs de Terre-Neuve.

Par ailleurs, près de 3600 bûcherons de la Newfoundland Overseas Forestry Unit abattent des arbres dans les diverses forêts de la Grande-Bretagne. Ces hommes fournissent le bois d'œuvre nécessaire à la construction de galeries minières et de bateaux, à l'érection de poteaux télégraphiques et à la restauration de bâtiments endommagés par les bombardements.

Hector King, Newfoundland Overseas Forestry Unit, dans les années 1940
Hector King, Newfoundland Overseas Forestry Unit, dans les années 1940
Hector King, originaire de Greenspond, fait partie d'un contingent d'environ 3600 bûcherons de la Newfoundland Overseas Forestry Unit pendant la Deuxième Guerre mondiale.
Photographe inconnu. Avec la permission de la Greenspond Historical Society.

Un vaste mouvement soutient les troupes à l'étranger et sur le territoire de Terre-Neuve et du Labrador. Au premier plan, l'organisme féminin Women's Patriotic Association (WPA) qui fournit des repas, des vêtements et d'autres douceurs aux militaires. Les recrues de la marine reçoivent gratuitement dans le quartier général de l'organisme à St. John's des chandails et d'autres articles en laine tricotés par des femmes de l'île. L'organisme accueille également le personnel militaire des forces armées étrangères au Caribou Hut, un local qu'il a ouvert au centre-ville de St. John's pour leur servir de foyer.

Son pendant masculin est la Newfoundland Patriotic Association (surnommée aussi Men's Patriotic Association). De concert avec la Commission de gouvernement, l'organisme s'implique dans le recrutement. Quant à la Croix-Rouge, elle voit au bien-être physique et social des militaires. Les rescapés des navires torpillés, amenés à St. John's, reçoivent souvent une trousse de confort de la Croix-Rouge comprenant un rasoir, du savon à barbe, une brosse, du papier à lettres et divers autres articles.

L'après-guerre

Dans les mois qui suivent la fin de la guerre, la Royal Artillery et la Royal Air Force démantèlent leurs unités terre-neuviennes. À la fin de 1945, la plupart des soldats, marins et pilotes sont revenus dans leur foyer, sauf pour 1200 bûcherons qui ne rentrent de Grande-Bretagne que l'été suivant. Sur les 22 000 volontaires ayant combattu, 1089 n'ont pas survécu, et un nombre plus important encore sont blessés.

La Commission de gouvernement formule un programme de réinsertion des soldats dans la société civile. Ce programme les aide à trouver du travail (ou à réintégrer leur emploi) et leur verse une allocation temporaire. Les anciens combattants invalides touchent une rente s'ils sont inaptes au travail et bénéficient de soins médicaux. Par contre, la Commission de gouvernement ne considère pas comme d'anciens combattants les bûcherons et les marins marchands puisqu'ils ne font pas partie des forces armées. Ce n'est qu'en 2000 que le gouvernement du Canada remédie à la situation en les rendant admissibles au versement de prestations et de rentes.

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