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Gouvernement et politique
En cette fin de XXe siècle, quand les Canadiens pensent gouvernement, c'est à Ottawa, à la capitale de
leur province ou à leur conseil municipal qu'ils pensent. Ils peuvent voir que le gouvernement est formé
d'une législature, où les lois sont débattues et adoptées; d'un exécutif (premier ministre, maire), qui veille
à l'application de ces lois; et d'un appareil judiciaire, au sein duquel des juges déterminent si telle ou
telle loi a été enfreinte et, le cas échéant, quelle peine imposer aux contrevenants.
Aussi, pour se faire une bonne idée de l'organisation de la justice et de l'administration publique aux
premiers jours de Terre-Neuve et du Labrador, il faut revenir au temps où les dirigeants n'étaient pas
élus au suffrage universel, où les juges n'étaient pas nommés au mérite, et où il n'y avait aucun corps
policier professionnel. Le besoin de gouvernement pour Terre-Neuve et le Labrador s'est d'abord
manifesté durant le séjour des pêcheurs de la flotte saisonnière, entre le printemps et l'automne. Dans
ces circonstances, l'autorité était souvent conférée à des capitaines de navire, qui devenaient pour un
temps des « amiraux de la pêche ». Par la suite, des navires de la Marine royale ont commencé à
accompagner la flotte de pêche anglaise à Terre-Neuve. À partir de 1728, le commandant de la
Marine est devenu l'autorité suprême dans les domaines militaire, civil et juridique, au-dessus des
amiraux de la pêche.
Avec l'enracinement d'une population permanente au XIXe siècle sont apparus les rudiments d'un
appareil politique nécessaire à la sécurité de la colonie. Des gouverneurs civils, nommés par le
gouvernement de la « mère-patrie », ont remplacé les amiraux de la pêche et les gouverneurs militaires.
À partir de 1818, ces gouverneurs ont commencé à passer toute l'année dans leur résidence de St.
John's.
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L'édifice Colonial, St. John's
Ce bâtiment a servi de Chambre d'assemblée au gouvernement de Terre-Neuve de 1855 à 1963.
Avec la permission du Centre for Newfoundland Studies Archives, bibliothèque de la Memorial University of
Newfoundland, St. John's (Terre-Neuve)
(26 kb)
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Seuls quelques habitants triés sur le volet avaient accès au Gouverneur : c'étaient des gens de même
classe sociale, et en général de même appartenance religieuse (des Anglicans). L'élitisme de cet
arrangement n'aurait su satisfaire la majorité de la population, qui réclamait voix au chapitre. C'est en
1832 qu'a été élue la première Assemblée législative de Terre-Neuve et du Labrador. L'apparition de
ce
gouvernement représentatif
et son évolution vers un
gouvernement responsable en 1855
marquaient un retard significatif par rapport aux autres colonies britanniques d'Amérique du Nord.
Nous y reviendrons dans les pages qui suivent.
L'évolution du gouvernement a suivi le même cours inhabituel au XXe siècle. À la différence du Canada,
Terre-Neuve et le Labrador n'a pas évolué sans heurt du statut de colonie à celui de nation
indépendante. Au tournant du siècle, ce n'était qu'une colonie auto-gouvernée dont le rôle sur la scène
internationale était fort modeste. Mais la Première Guerre mondiale allait accabler Terre-Neuve de
charges financières par trop énormes pour les capacités de sa faible population. La crise économique
des années 1930 ne pouvait qu'aggraver la situation et, en 1933, Terre-Neuve et le Labrador était au
bord de la faillite : la Grande-Bretagne a donc décidé d'y suspendre les institutions représentatives,
pour les remplacer par une commission qui allait siéger quinze ans sans représentants élus.
Membres de la dernière législature de Terre-Neuve, 1933
Avec la permission du Centre for Newfoundland Studies Archives (collection J. R. Smallwood 75, photo 5.05.216),
bibliothèque de la Memorial University of Newfoundland, St. John's (Terre-Neuve)
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Les institutions démocratiques ne seront restaurées qu'en 1949, lorsque
Terre-Neuve et le Labrador,
au terme d'un débat déchirant, s'unira au Canada en qualité de
dixième province d'un état fédéral.
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