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Pêche migratoire européenne
Les premiers Européens à fréquenter le nord-est de l'Amérique du Nord
n'étaient pas des colons, mais plutôt des pêcheurs. Terre-Neuve, avec ses eaux
poissonneuses, a d'abord été un lieu de pêche de la morue, un complément
utile, puis de plus en plus indispensable, à la pêche pratiquée dans les eaux
européennes.

La morue.
Tiré de The Fisheries and Fishery Industry of the United States, de George Brown Goode
(Washington, D.C. : Washington Government Printing Office, 1884), planche 58 A. Dessin de H. L. Todd.
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Dès le début du XVIe siècle, Français, Espagnols et Portugais venaient tous
les printemps pêcher au large de Terre-Neuve, pour rentrer à l'automne avec leurs
cargaisons de morue salée. L'île, y compris le sud du Labrador d'où les Basques
chassaient la baleine, n'était qu'un poste de pêche, une annexe de l'Europe.
Vers la fin du XVIe siècle, on a assisté au déclin de la présence
ibérique à Terre-Neuve. La place a été prise par des navires du sud-ouest
de l'Angleterre. Par voie de conséquence, la pêche au large de Terre-Neuve au XVIIe
siècle en est venue à être partagée entre la France et l'Angleterre. Outre
sa grande valeur pour les économies des deux pays, la pêche était vue comme une
pièce maîtresse de la puissance nationale, parce qu'elle permettait de former des marins.
Voici ce qu'en disait un marchand anglais en 1623 :
Voilà une fameuse entreprise, tout aussi royale que réelle, tout aussi
honorable que profitable. Elle promet à Sa Majesté la renommée, à
la Couronne des richesses, au royaume un trésor, au pays une emprise, à l'océan
sa récompense, à la navigation des navires, aux navires de la navigation
et aux deux des marins, aux riches des occupations, aux pauvres de l'emploi, aux audacieux
des occasions et à tous Ses sujets plus de prospérité.
(Edward Misseldon, The Circle of Commerce, 1623)
On ne s'étonnera pas que la suprématie sur la pêche à Terre-Neuve ait
constitué un motif récurrent dans les guerres franco-anglaises qui ont débuté
à la fin du XVIIe siècle, qui allaient se solder par un partage officiel des droits de
pêche. En 1713, La Grande-Bretagne prenait possession de l'île et, en 1763, elle contrôlait
toute l'Acadie, le Cap-Breton et le Canada, y compris la pêche dans tout ce secteur. La France
conservait le droit de pratiquer la pêche saisonnière au large ce qu'on a appelé le
French
Shore, et héritait de l'archipel de Saint-Pierre et Miquelon, qu'elle allait conserver comme
base pour la pêche sur les Grands Bancs.
Au XVIIIe siècle, les Anglais allaient raffermir leur emprise sur la pêche à
Terre-Neuve. Les bateaux de pêche migratoire faisaient toujours l'aller-retour, mais de plus en
plus de marchands achetaient leur poisson des pêcheurs résidants, ces colons qui avaient
choisi d'élire domicile à Terre-Neuve. En retour, ils leur vendaient des denrées
de première nécessité. Cette tendance a été encouragée par
la guerre au point où, au terme des guerres franco-anglaises en 1815, la pêche était
devenue presque entièrement l'affaire des colons terre-neuviens. La pêche migratoire des
Anglais avait disparu, supplantée par celle d'une société coloniale de leur propre
création. Pour leur part, les Français allaient continuer de pratiquer la pêche migratoire
jusqu'au XXe siècle.
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