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Les arts vernaculaires à Terre-Neuve ont produit plusieurs formes complètement introuvables ailleurs au Canada.

Les Terre-Neuviens ordinaires ont toujours fabriqué une large part de leurs articles d'usage courant.
Art vernaculaire

L'art vernaculaire se démarque des autres formes d'art par le rôle de premier plan qu'il a joué dans la vie quotidienne des Terre-Neuviens. Si des activités comme la littérature, la musique et la danse sont couramment reconnues comme des formes d'art, les objets de toutes sortes fabriqués par les gens peuvent aussi l'être. Il est commun d'entendre distinguer les termes art et artisanat, le premier étant censé désigner des objets plutôt décoratifs, et l'artisanat les objets utilitaires. Or, tout objet porte en lui ces deux dimensions et peut très bien être à la fois utile et attrayant.

Toutes les dimensions du quotidien sont habitées par diverses formes d'art vernaculaire, qu'il s'agisse des vêtements ou de la nourriture, des maisons ou de leur ameublement. À la différence d'autres colonies d'Amérique du Nord, Terre-Neuve n'a pas pu compter sur l'immigration d'artisans versés dans les diverses formes d'art vernaculaire : c'était un pays de pêcheurs, où il fallait se débrouiller pour fabriquer ce dont on avait besoin. L'homme construisait maison, bateau et meubles, et la femme confectionnait les vêtements, cousait les courtepointes et cuisait le pain.

Maison aux ornements de fenêtres, de portes et de coins peints en couleur - Placentia (baie de Plaisance). Construite vers 1900, photographiée en 1971.
Reproduit avec l'aimable autorisation de M. Gerry Pocius, Memorial University of Newfoundland, St. John's, Terre-Neuve. ©1971
Version Agrandie (22 kb)
Maison

L'art vernaculaire a produit à Terre-Neuve des formes inédites ailleurs. Dans bien des cas, en effet, les créateurs ont pu se servir d'objets importés dans la communauté comme modèles à intégrer à leurs propres idées. Des formes d'art comme l'ébénisterie ne faisaient pas que copier servilement des meubles, ou suivre les styles à la mode. Ainsi, une commode pouvait-elle emprunter sa forme aux commodes manufacturées, mais aussi comporter un panneau aux ornements inspirés de motifs de tapis crocheté observés localement.

Chair Image Berceuse de bois plein, à Open Hall (baie de Bonavista)
Fabriquée à la fin du XIXe siècle. Photo de 1983
Reproduit avec l'aimable autorisation de M. Gerry Pocius, Memorial University of Newfoundland, St. John's, Terre-Neuve. Photo ©1983
Version Agandie (17 kb)

Certaines formes d'artisanat étaient complètement innovatrices. On pense notamment aux tapis crochetés, qui rivalisaient de fantaisie et de complexité sur des motifs inspirés tant de l'enseigne d'un poste d'essence que du chat de la famille ou d'un bel arbre dans la cour. Les meubles, aussi, étaient souvent agencés de façons inconnues ailleurs. Ainsi, une commode pouvait-elle être ornée d'un motif tracé à partir des volutes du support de toit de la maison.

Tapis crocheté inspiré par l'enseigne d'un poste d'essence Golden Eagle à Holyrood (baie de la Conception). Tapis fabriqué en 1970. Photo de 1974
Reproduit avec l'aimable autorisation de M. Gerry Pocius, Memorial University of Newfoundland, St. John's, Terre-Neuve. Photo ©1974
Version Agrandie (48 kb)
Tapis crocheté

D'autres formes d'art vernaculaire étaient assez élémentaires, même si le résultat devait répondre à certains goûts locaux pour être considéré comme une réussite. Dans leur cuisine, les femmes produisaient des pains dorés ou des carrés aux dattes délicats, tous de formes, de couleurs et de textures appropriées. Même le séchage du poisson avait ses critères visuels : la morue de la meilleure qualité devait être du blanc le plus pur, dénuée de marque, attrayante pour les acheteurs.

On observe chez les artisans un désir de satisfaire leur besoin esthétique, même pour les articles les plus utilitaires. Le plat-bord des bateaux est peint d'une couleur contrastante, comme les planches de coin des maisons. Les bas en chaud tricot gris utilisés par les bûcherons en forêt étaient ornés de bandes noires. Les couleurs occupent toujours une place importante dans l'art vernaculaire; des tons vifs comme le rouge ou le bleu sont souvent appliqués à des objets comme des tapis crochetés ou des meubles, dans le but de les rendre spéciaux.

Mais l'art vernaculaire ne se limite pas à ces objets concrets. La façon dont les Terre-Neuviens structurent l'espace dans leurs villages, ou dont ils regroupent de petits objets pour former de grands motifs, deviennent des expériences d'art vivant. Une table bien mise, où la plus belle porcelaine, impeccablement disposée, trône sur la plus belle nappe pour rassasier le visiteur avec la meilleure nourriture et une bonne tasse de thé, constitue en soi un exemple de collage artistique minutieusement agencé. Il en est de même des différentes façons de fabriquer des clôtures ( wrigglin, shortlar, longer,ou palen,) avec des pièces de bois transformées à divers degrés (ébranchées, sciées, peintes), pour arriver à un résultat qui s'intègre bien aux environs.
Clôture de longers, Calvert (Southern Shore)
Reproduit avec l'aimable autorisation de M. Gerry Pocius, Memorial University of Newfoundland, St. John's, Terre-Neuve. Photo ©1977
Version Agrandie (33 kb)
Clôture de longers
Clôture de type wrigglin Clôture de type wrigglin, Port Kirwan
Extrait du vidéo Wrigglin' Fences, 1977. Avec l'aimable autorisation du Service d'éducation permanente, Memorial University of Newfoundland, St. John's, Terre-Neuve.
Version Agrandie (33 kb)
Clôture de palens, Keeles (baie de Bonavista)
Reproduit avec l'aimable autorisation de M. Gerry Pocius, Memorial University of Newfoundland, St. John's, Terre-Neuve. Photo ©1984
Version Agrandie (36 kb)
Clôture de palens
Même les jardins potagers se pliaient à certaines règles d'apparence : les pommes de terre étaient plantées de manière à ce que les buttes et les sillons forment des motifs rigoureusement parallèles pour indiquer aux voisins que leur rythme de croissance serait tout aussi méthodique.

L'art vernaculaire, on le voit, est omniprésent dans le quotidien des Terre-Neuviens ordinaires, contraints par nécessité de fabriquer toutes sortes d'articles d'usage courant. Les objets importés de l'étranger pouvaient enrichir les styles des articles locaux, et l'art vernaculaire a parfois affiché un niveau de créativité que les articles manufacturés onéreux, astreints aux conventions de la mode, ne pouvaient atteindre. Ce qui rend uniques les meubles, les tapis crochetés, les ornements de maisons, les clôtures, les mitaines, et tant d'autres formes de l'art vernaculaire de Terre-Neuve, c'est cette mise en commun des idées des artisans, de leurs collectivités et du monde extérieur. L'art vernaculaire de Terre-Neuve est aussi moderne, aussi innovateur et aussi fascinant que toute forme d'art moderne présentée dans les galeries et les musées.



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