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Politique artistique



On peut associer l'origine d'une politique artistique à certains monuments culturels que les gouvernements terre-neuviens successifs ont jugé assez importants pour mériter un financement.

La réussite de Come Home Year 1966 a permis au gouvernement de comprendre le potentiel économique de la culture.

Durant les années 1990, les gouvernements ont mis la priorité sur le développement du secteur artistique et du patrimoine culturel.

Le Gouvernement provincial semble résolu à intégrer les arts aux grands événements commémoratifs.

Politique artistique

Les premières politiques artistiques à Terre-Neuve et au Labrador ont été formulées après la Confédération, avec la prise de conscience par la Province de sa culture distincte. Le gouvernement Smallwood, arrivé au pouvoir en 1949, n'avait pas de politique culturelle comme telle, mais on pourrait dire que toutes ses activités ont été plus ou moins liées à la question de l'originalité culturelle de la Province. Par conséquent, on peut associer l'apparition d'une politique culturelle à certains événements ou monuments culturels que le gouvernement Smallwood et ses successeurs ont jugé assez importants pour mériter un financement. Avant 1971, cette politique était appliquée par la Division des affaires culturelles, une agence du Gouvernement provincial. Depuis cette époque et comme dans toutes les autres provinces du pays où le gouvernement s'implique directement dans les affaires de culture, on observe une tension constante entre les demandes de services à court terme et le besoin de politiques à long terme pour le financement et la promotion des arts et des industries culturelles.

La première forme de politique culturelle à Terre-Neuve et au Labrador remonte à 1966, année où un groupe de bénévoles a été constitué et placé sous la tutelle de John Perlin pour mettre sur pied un comité responsable des célébrations prévues pour le Come Home Year (Année des retrouvailles) en 1966, puis pour le Centenaire de la Confédération en 1967. L'Année des retrouvailles visait à inviter dans la Province les Terre-Neuviens exilés, question de leur faire retrouver, l'espace d'un été, le milieu unique qu'ils avaient quitté. Cette manifestation a eu deux résultats importants : elle a créé un lien incontournable entre le financement public et les arts, et elle a renforcé le concept d'une culture terre-neuvienne originale, qu'il est possible d'afficher et de commercialiser.
Page couverture de la carte et du guide de St. John's, publié à l'occasion de Come Home Year, 1966
Courtoisie du Centre for Newfoundland Studies, Memorial University of Newfoundland Library, St. John's, Terre-Neuve
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Come Home Year
En 1967, le gouvernement Smallwood est allé plus loin en décidant de choisir, comme principal projet du Centenaire, la construction d'un Centre des arts et de la culture à St. John's. Par la suite, il allait faire construire un réseau de centre d'arts plus petits dans les villes de Corner Brook, Gander, Grand Falls, Stephenville et Labrador West; le dernier était terminé en 1986. John Perlin a ensuite été invité à administrer le centre de St. John's. Il n'existait alors, selon Perlin, aucune orientation particulière à l'endroit du fonctionnement de ces centres; on ne lui avait donné absolument aucune directive , sauf celle de faire rapport au sous-ministre des Affaires provinciales, James G. Channing. Avec le temps, les centres sont devenus des lieux de diffusion pour tous les artistes amateurs et professionnels de la Province, ainsi que des étapes sur le circuit des tournées de spectacles. Simultanément, les divers gouvernements ont pris des mesures pour élaborer une politique culturelle, dans un contexte changeant, par l'entremise d'autres initiatives.

 Le Centre des arts et de la culture, St. John's Le Centre des arts et de la culture, St. John's
Courtesy of Ben Hansen, St. John's Newfoundland (Dartmouth, Nove Scotia: James StoneHouse Publications Ltd., ©1991) 85.
Version Agrandie (24 kb)

En 1972, le gouvernement Moores a placé le Conseil des bibliothèques publiques et le Concours artistique et littéraire de Terre-Neuve sous la gouverne de la Division des affaires culturelles, et a c ommencé à les financer directement à partir du budget ministériel. En 1980, le gouvernement Peckford a créé le Newfoundland and Labrador Arts Council (Conseil des arts de Terre-Neuve et du Labrador). Pendant quelques années, la Division des affaires culturelles est aussi venue en aide aux maisons d'édition de la Province par un Programme de soutien annuel, subséquemment aboli par le gouvernement Wells; elle a en outre mis sur pied un Programme de bourses de subsistance pour les compagnies théâtrales professionnelles, puis un deuxième programme pour les professionnels de la littérature et des arts visuels et les organismes artistiques provinciaux; la responsabilité de ces deux programmes allait éventuellement incomber au Conseil des arts. Enfin, en 1982, on instituait le Programme d'achat d'oeuvres d'art, par lequel le Gouvernement s'engageait à acheter des pièces d'art visuel pour les exposer dans les édifices publics.

Le succès de Come Home Year, 1966 et de divers autres événements associés au tourisme a permis au gouvernement de comprendre le potentiel économique de la culture. Après les célébrations soulignant le 400e anniversaire du débarquement de Sir Humphrey Gilbert en 1983, le gouvernement Peckford a chargé un comité permanent des anniversaires et des célébrations de reconnaître de grandes commémorations qu'il serait possible d'associer au tourisme. Ce comité a cessé ses activités après Soirée '88.

Durant les années 1990, les administrations fédérale et provinciale ont toutes deux mis la priorité sur le développement du secteur artistique et du patrimoine culturel. Trois événements marquants ont illustré ce virage idéologique dans la Province de Terre-Neuve et du Labrador. Le premier a été le rapport du Comité sur la politique artistique provinciale, présidé par Patrick O'Flaherty; après avoir examiné en détail toutes les dimensions de la politique artistique, ce comité a formulé cinquante recommandations, dont certaines ont été intégrées à des énoncés de politiques du Gouvernement. Le deuxième événement a été la signature de l'Entente de coopération Canada/ Terre-Neuve sur les industries culturelles 1992-1996, dont le budget de cinq millions de dollars prévoyait des activités de recherche-développement, d'élaboration de produits, de marketing, de distribution et de formation d'artistes dans des secteurs spécifiques; à l'échéance de l'entente, le processus a été prolongé de deux à quatre ans par la signature de l'Entente Canada/Terre-Neuve sur la relance économique, qui consacrait 3,75 millions de dollars à la culture et au tourisme. Enfin, le troisième événement a été la mise en oeuvre, en 1992, du Plan économique stratégique du gouvernement Wells, qui a mis de l'avant vingt-deux propositions pour la mise en valeur du secteur culturel et constitue à ce titre un point tournant de l'évolution de la politique culturelle.

En application du Plan économique stratégique, le Gouvernement a d'abord créé un ministère du Tourisme et de la Culture, lui confiant le mandat général d'exploiter la culture de la Province pour en tirer des avantages économiques. Dans la rubrique de son énoncé de politique (A Vision for Tourism, 1994) consacrée au tourisme culturel, le nouveau ministère affirmait que la Province allait tirer parti d'une grande variété d'attraits, y compris de ses musiciens, artistes, cinéastes et écrivains qui commencent à être reconnus pour l'originalité de leurs styles et de leurs perspectives . Ensuite, en préparation du 500e anniversaire du débarquement de Cabot, le Gouvernement provincial a créé une agence autonome, avec PDG et employés, pour administrer l'ambitieux programme des célébrations annoncé pour 1997. En butte à de nombreuses critiques, cette agence était abolie en 1995 et un nouvel organisme était créé pour en assumer le mandat.

Le Plan économique stratégique a engendré deux décisions dont les retombées sur les politiques gouvernementales se font encore sentir aujourd'hui. Le gouvernement s'est d'abord préparé à engager immédiatement un processus de consultation afin de donner suite aux recherches et aux consultations approfondies menées dans le cadre de la Commission sur la relance économique, du Rapport O'Flaherty et de diverses autres sources . En 1994, il créait un comité consultatif auprès du ministre Roger Grimes, sous la présidence de Katy Bindon, directrice du collège Sir Wilfred Grenfell. N'ayant rien accompli de plus significatif qu'un examen de la politique existante, ce comité était dissous en 1996 sans avoir proposé de nouvelles recommandations.
Subséquemment, au moment de la création de la John Cabot (1997) 500th Anniversary Corporation, la communauté artistique a été réunie pour examiner les façons de promouvoir le potentiel créateur de la Province : c'est ainsi qu'a été conçu le programme de l'Année des arts 1997. Élaboré et géré par le Conseil des arts de Terre-Neuve et du Labrador, ce programme d'un coût total de 1,2 millions de dollars a été financé conjointement par les gouvernements provincial (500 000 $) et fédéral (700 000 $).

Le Gouvernement provincial semble résolu à intégrer les arts aux grands événements commémoratifs. Après les célébrations de John Cabot, il s'emploie à trouver des stratégies pour profiter des festivités successives associées au 50e anniversaire de l'entrée de Terre-Neuve dans la Confédération (1999) et au millénaire de la visite des Vikings (2000). Ceci dit, il arrive que certaines décisions politiques fassent écho aux recommandations du rapport O'Flaherty, Drawing Conclusions, qui plaidait en faveur d'infrastructures plus permanentes. Ainsi, le gouvernement a-t-il instauré en 1997 la Newfoundland and Labrador Film Development Agency, dotée d'un budget d'un million de dollars sur trois ans, pour encourager les cinéastes locaux et attirer les producteurs de l'extérieur de la Province. Il s'agit là du plus récent exemple de la tension entre le besoin de politiques artistiques prépondérantes et celui, pour les gouvernements, de réagir aux réalités de l'heure.




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