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Les Béothuks
Les Béothuks ont été les habitants originaux de
l'île de Terre-Neuve. Ces chasseurs-cueilleurs de langue algonquine
n'atteignaient probablement pas le millier à l'arrivée des
Européens. Ils descendaient d'Indiens récents dont la culture
a été appelée Little Passage Complex.

Objets béothuks en os taillé On peut
voir ces reliques dans la collection du Newfoundland Museum
Gracieuseté de M. Ralph Pastore, Memorial University of
Newfoundland, St. John's, Terre-Neuve
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La venue des pêcheurs saisonniers européens au XVIe siècle a
pu avoir certains avantages pour les Béothuks. En effet, les étrangers
construisaient des chaffauds, des vigneaux et des quais durant leur séjour estival;
quand ils repartaient passer l'hiver en Europe, ils laissaient derrière une manne
de clous, d'hameçons perdus et de pièces de fer, voire leurs bouilloires.
Des vestiges découverts à divers emplacements de camps béothuks
donnent à penser que les indigènes recueillaient ces bouts de métal
et les retravaillaient pour en faire des pointes de flèches et de lances, des
armatures terminales de harpons, des aiguilles et des grattoirs.
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Cuiller, lames de scie et de ciseaux trouvés à
un site béothuk sur la rivière des Exploits
Les Béothuks s'appropriaient souvent des objets de métal comme ceux-ci dans
les postes de pêche européens abandonnés. En retravaillant le métal,
ils ont pu fabriquer des outils de chasse traditionnelle, notamment des pointes de flèches
et des têtes de harpons.
Tiré de Shanawdithit's People: The Archaeology of Beothuks, de M. Ralph Pastore.
Atlantic Archaeology Ltd. 8 1992, St. John's, Terre-Neuve. Avec l'aimable permission de J. A.
Tuck, Atlantic Archaeology Ltd.
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Partout ailleurs en Amérique du Nord, les autochtones troquaient volontiers des
fourrures pour se procurer des outils de métal pour trancher et percer. Il en est
allé autrement pour les Béothuks, qui ont pu s'approprier de tels outils à
leur guise, ce qui signifie qu'ils n'ont pas eu à bouleverser leur mode de vie traditionnel
en passant leurs hivers à chasser des bêtes à fourrure comme le lynx et la
martre, des animaux qui ont peu de valeur du point de vue alimentaire. De plus, les
Béothuks n'ont pas été contraints, comme les Mi'kmaqs du continent,
de se rassembler à des ports déterminés pour attendre le passage des
traiteurs de pelleteries, avec pour conséquence la surchasse et l'épuisement
rapide du gibier des environs. Ils n'avaient qu'à faire une descente éclair
à un poste de pêche abandonné pour se procurer les objets de métal
convoités.
Les Béothuks étaient très habiles à transformer ces objets en
des outils pratiques qui ont dû accroître de beaucoup l'efficacité de leurs
techniques de chasse. Les pointes de flèches et de harpons en fer étaient
certainement beaucoup plus durables que celles en pierre, et pouvaient être aisément
affûtées à nouveau.

Outils béothuks
De gauche à droite : pointe de projectile (de flèche probablement) en
fer; tête de harpon en os; tête de harpon en os munie d'une pointe en fer.
On peut voir ces reliques dans la collection du Newfoundland Museum
Gracieuseté de M. Ralph Pastore, Memorial University of Newfoundland,
St. John's, Terre-Neuve
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Alors que les Béothuks avaient su coexister sans encombre avec la pratique de la
pêche migratoire, et même à y trouver leur profit, le début
de la colonisation au XVIIe siècle leur a imposé des changements radicaux.
Les Français allaient s'établir à Plaisance, et les Anglais sur la
côte, de la baie de la Conception à la baie de la Trinité, puis
jusqu'à la baie de Bonavista. Devant ces avancées, les Béothuks
continuaient à fuir les Européens. Faute de contacts avec les commerçants,
missionnaires et agents indiens, caractéristiques de lexpérience des
Autochtones du continent, ils se sont trouvés de plus en plus isolés.
Passé le milieu du XVIIe siècle, la colonisation par les Anglais gagnant
du terrain, les Béothuks se sont vu peu à peu interdire tout accès
aux ressources de la mer. En outre, des trappeurs blancs familiers avec l'intérieur
de l'île se sont mis à concurrencer les Béothuks; la présence
de pièces de pièges dans des emplacements béothuks du XVIIIe siècle
et du début du XIXe siècle a confirmé que les indigènes
subtilisaient les pièges des trappeurs, une pratique qui appelait
inévitablement une cruelle vengeance.
Au début du XIXe siècle, les Béothuks étaient réduits
à une maigre population de réfugiés, dispersés autour du bassin
de la rivière des Exploits, qui tentaient de subsister des maigres ressources de
l'intérieur de l'île. À partir du milieu du XVIIIe siècle,
une succession de gouverneurs de Terre-Neuve avaient bien tenté d'établir
des contacts amicaux avec les Béothuks, mais il était probablement trop tard
pour changer une tendance qui s'était ancrée pendant quelque 250 ans. Shanawdithit,
la dernière Béothuk connue, s=éteignait à St. John's en 1829.
© 1997 Ralph T. Pastore
Unité d'archéologie et Département d'histoire
Memorial University of Newfoundland
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