Migration au 19e siècle

L'île de Terre-Neuve et le Labrador ont connu des taux élevés d'immigration durant la première moitié du 19e siècle et des taux élevés d'émigration durant les dernières décennies de ce même siècle. Le mouvement migratoire à l'intérieur et à l'extérieur du pays correspondait le plus souvent au changement des conditions économiques et aux besoins en main-d'&œlig;uvre. Bien que l'industrie de la pêche ait été florissante durant les guerres napoléoniennes (1803-1815), entre autres périodes, un grand nombre d'immigrants sont arrivés afin de prendre part au commerce du poisson salé. Comme la pêche était en déclin durant les années 1880, des flux constants d'émigrants ont quitté Terre-Neuve et le Labrador pour des régions économiquement prospères en Amérique du Nord et ailleurs dans le monde.

Lithographie de St. John's, Terre-Neuve, 1892
Lithographie de St. John's, Terre-Neuve, 1892
À la fin du 19e siècle, la population de Terre-Neuve et du Labrador s'élevait à quelque 220 000 personnes.

Artiste inconnu. Avec la permission de Bibliothèque et archives Canada (R9266-1657), Ottawa, Ontario.

La migration interne constituait une part du flux migratoire qu'a connu Terre-Neuve et le Labrador au 19e siècle, alors que des personnes se déplaçaient seules ou en famille d'une partie à l'autre du territoire à la recherche d'emplois et de nouvelles possibilités. Ces mouvements se produisaient de façon saisonnière et permanente – certains migrants se rendant régulièrement dans une région du pays durant une partie de l'année avant de revenir à la maison, alors que d'autres s'installaient définitivement dans de nouvelles collectivités. Quels que fussent les motifs des déplacements, les migrations du 19e siècle ont contribué de façon sensible à façonner les îlots de peuplement de Terre-Neuve et du Labrador et à faire augmenter sa population permanente.

Immigration

La population de Terre-Neuve et du Labrador était de quelque 19 000 personnes au début du 19e siècle, les endroits les plus densément peuplés étant la baie de la Conception et St. John's, dans la péninsule d'Avalon. À la fin du siècle, plus de 220 000 personnes vivaient dans quelque 1 000 îlots de peuplement disséminés dans l'île et au Labrador. Les taux de natalité croissants ont contribué à l'augmentation de la population, mais l'immigration a été un autre facteur important, plus particulièrement dans les premières décennies des années 1800.

La plupart des premiers immigrants provenaient du sud-ouest de l'Angleterre ou du sud est de l'Irlande. Les deux régions maintenaient avec Terre-Neuve et le Labrador des voies commerciales régulières développées par une pêche migratoire datant de plusieurs siècles, ce qui permettait aux personnes de traverser l'Atlantique plus facilement. De petits nombres d'immigrants sont également arrivés d'ailleurs dans les îles britanniques, y compris l'Écosse, les îles Anglo-Normandes et les régions hors du sud-est de l'Irlande et du sud-ouest de l'Angleterre. Les taux d'immigration ont été les plus élevés aux premières décennies du 19e siècle, lorsque la colonie a connu une forte prospérité économique. À la fin du 19e siècle, le taux d'immigration a baissé, mais il est resté appréciable parce que des personnes provenant de la Chine, du Liban et de l'Europe de l'Est ont commencé à arriver.

Les guerres napoléoniennes ont permis à la colonie de détenir le quasi monopole du commerce international du poisson salé, ce qui a généré un grand nombre d'emplois pour les résidents locaux. Par ailleurs, les mauvaises récoltes, l'insuccès des industries locales et la surpopulation ont engendré bon nombre de difficultés d'ordre sociétal et économique pour les personnes vivant en Angleterre et en Irlande. Un grand nombre ont choisi de migrer à Terre-Neuve et au Labrador, où l'économie était en plein essor et où la faible densité de population permettait à la colonie d'absorber de nouveaux immigrants.

Les profils de peuplement à Terre-Neuve et au Labrador étaient grandement façonnés par le commerce de la colonie, la plupart des immigrants s'étant établis dans des centres de commerce comme St. John's, Ferryland, la baie Trinity, la baie de la Conception, la baie Notre Dame, la baie de Bonavista, St. Lawrence, Harbour Breton, la baie Bonne, Forteau et Battle Harbour. Alors que les îlots de peuplement des Britanniques étaient dispersés largement à Terre-Neuve et au Labrador, la plupart des immigrants irlandais sont restés dans la péninsule d'Avalon, les autres en plus petit nombre se sont déplacés dans d'autres régions de la colonie.

Les immigrants écossais sont arrivés également à Terre-Neuve et au Labrador au 19e siècle. Des Écossais des Lowlands ont migré dans la colonie au début des années 1800 afin de profiter du commerce du poisson qui prenait de l'ampleur. Des marchands écossais ont établi des installations dans la péninsule d'Avalon, pour la plupart à St. John's et à la baie de la Conception, afin de faire le commerce du poisson. Les principales compagnies écossaises étaient Baine Johnston and Company, John Munn and Company et Walter Grieve and Company. Des artisans, hommes de métier et laboureurs écossais sont également arrivés à Terre-Neuve et au Labrador afin d'obtenir un emploi dans divers centres de commerce.

Plus tard dans le siècle, des Écossais des Highlands vivant à l'île du Cap-Breton ont immigré sur la côte ouest de Terre-Neuve à la recherche de terres. Les flux d'immigration les plus forts se sont produits entre 1840 et 1860, lorsqu'un grand nombre d'Écossais ont craint que la Nouvelle-Écosse ne se joigne à une possible confédération du Canada (qui a été constituée en 1867), ce qui aurait accru les frais pour les propriétaires terriens. Ce climat d'incertitude était intensifié par des problèmes qui étaient liés à la méthode de tenure et qui étaient engendrés par les grands propriétaires absents de leurs terres et par la rareté grandissante des bonnes terres agricoles à l'île du Cap-Breton. Un certain nombre d'Acadiens ont également quitté l'île du Cap-Breton au 19e siècle afin de s'établir à baie Saint-Georges, sur la côte ouest de Terre-Neuve, pour prendre part aux pêches à la morue et au hareng; ils ont migré, pour la plupart, des années 1820 à 1860.

Baine Johnston & Co., St. John's, s.d.
Baine Johnston & Co., St. John's, s.d.
Les principales compagnies écossaises étaient entre autres Baine Johnston & Company, John Munn & Company, and Walter Grieve & Company.

Photographe inconnu. Photographie reproduite avec l'autorisation de la Division des archives et collections spéciales (Coll. 137 03.04.011), bibliothèque Queen Elizabeth II, Memorial University of Newfoundland, St. John's, T.-N.-L.

Des immigrants chinois, libanais, juifs et d'autres groupes ethniques sont également arrivés à Terre-Neuve et au Labrador au 19e siècle, mais ils étaient moins nombreux que les immigrants des îles britanniques. La plupart fuyaient les mauvaises conditions économiques et sociales de leur pays natal ou voulaient profiter d'occasions d'emploi et d'affaires favorables à Terre-Neuve et au Labrador. Un grand nombre se sont établis dans des centres plus importants de la péninsule d'Avalon ou de Bell Island, où la plupart ont créé des entreprises privées ou obtenu du travail dans l'industrie minière ou dans les pêches.

Émigration

Bien que des résidents de Terre-Neuve et du Labrador aient émigré dans d'autres pays pour diverses raisons tout au long du 19e siècle, l'émigration est survenue à grande échelle durant les deux dernières décennies, lorsque le fort déclin de la pêche à la morue a engendré des difficultés économiques sur une grande échelle. Certaines personnes ont quitté leur maison de façon permanente, alors que d'autres travaillaient à l'étranger de façon saisonnière ou temporaire puis revenaient à la maison. Les émigrants se sont installés pour la plupart ailleurs au Canada ou aux États Unis; ils ont été moins nombreux à s'établir au Royaume-Uni et ailleurs dans le monde.

Les salaires plus élevés et le nombre plus grand de services sociaux ont amené bon nombre de résidents de Terre-Neuve et du Labrador à émigrer dans les régions métropolitaines en croissance de l'Amérique du Nord. La plupart des émigrants s'établissaient dans des états de la Nouvelle Angleterre : en plus grande concentration à Boston et dans d'autres villes du Massachusetts. De 1885 à 1905, le nombre de personnes qui étaient originaires de Terre-Neuve et du Labrador et qui vivaient au Massachusetts est passé de 2 851 à 10 583. À la fin du siècle, certains magasins de Boston ont commencé à offrir divers produits typiques de Terre-Neuve et du Labrador, dont le pain dur, le porc salé et le b&œlig;uf salé. La plupart des émigrants de la Nouvelle Angleterre étaient des personnes peu formées et du secteur des services qui travaillaient comme pêcheurs, camionneurs, travailleurs d'usine, fabricants de souliers, domestiques et serveurs en restauration. D'autres émigrants ont également trouvé du travail sur la côte ouest de l'Amérique du Nord et en Alaska, où ils ont été embauchés pour la chasse au phoque et à la baleine, ainsi que pour la pêche au flétan et d'autres pêches.

Sydney Mines, Nouvelle-Écosse, vers 1930
Sydney Mines, Nouvelle-Écosse, vers 1930
Aux 19e et 20e siècles, Sydney Mines en Nouvelle Écosse était une destination populaire pour les migrants provenant de Terre-Neuve et du Labrador qui cherchaient du travail dans les mines de charbon et les aciéries de la ville.

Photographe : Andrew Merrilees. Avec la permission de Bibliothèque et archives Canada (e003719186), Ottawa, Ontario

Le Canada était une autre destination populaire pour les migrants provenant de Terre-Neuve et du Labrador, surtout en raison de sa proximité, de sa politique d'immigration souple, de la disponibilité des emplois et de l'absence d'obstacles majeurs concernant la langue ou la culture. Le nombre de personnes originaires de Terre-Neuve et du Labrador qui vivaient au Canada a grimpé de 4 596 en 1881 à 12 432 en 1901. Environ la moitié de ces émigrants étaient installés en Nouvelle Écosse, où il était facile de trouver du travail dans les aciéries et les mines de charbon et de pouvoir revenir souvent à la maison.

Migration interne

La migration interne était un mode de vie qu'un grand nombre de familles de Terre-Neuve et du Labrador avaient adopté afin d'augmenter leurs faibles revenus tirés de la pêche, ainsi que de faire face à d'autres problèmes associés au mode de vie près de la côte. La migration saisonnière était un mode de vie commun pour la population de Terre-Neuve et du Labrador, puisqu'elle permettait aux gens de tirer profit de la pêche et d'autres ressources côtières au printemps et en été, avant de se déplacer dans les terres pour y couper du bois, chasser le caribou et faire d'autres activités durant l'hiver. Une autre forme de migration saisonnière consistait pour les pêcheurs à quitter l'île l'été afin de pêcher la morue au large de la côte du Labrador.

Un certain nombre de familles et de personnes seules se sont également déplacées de façon permanente afin d'échapper aux grands centres densément peuplés ou de tirer parti des occasions d'emploi. À l'ouverture de mines à Bell Island, à Tilt Cove et ailleurs sur l'île à la fin des années 1800, un grand nombre de personnes ont déménagé dans ces régions afin d'y trouver du travail. De son côté, l'industrie forestière a attiré des migrants dans des endroits tels que Botwoodville, Norris Arm, Glenwood, Millertown, Terra Nova, Benton et divers autres endroits afin de travailler dans des scieries et à d'autres opérations liées au sciage. St. John's et d'autres centres de la péninsule d'Avalon ont vu leur population augmenter au 19e siècle, et un grand nombre de personnes se sont déplacées vers l'ouest pour s'installer dans des régions rurales où la concurrence pour les terres et les ressources était moins vive.

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