Relations avec le Canada, 1895-1939

Terre-Neuve survit à la crise financière de 1894-1895. Elle parvient à conserver son autonomie et revient rapidement à sa politique de négociation d'un accord commercial avec les États-Unis, une politique qui contrarie tous les gouvernements qui se succèdent à Ottawa.

Élu premier ministre de Terre-Neuve en 1900, Robert Bond reçoit de la part du gouvernement britannique l'autorisation de négocier un tel accord, et ce, en dépit des objections du gouvernement canadien. En 1902, les parties concernées concluent un projet d'entente, l'Accord Bond-Hay. Toutefois, l'industrie de la pêche du Massachusetts exerce de fortes pressions sur le Sénat américain afin de le bloquer et réussit.

Mécontent, le gouvernement Bond procède en 1905 à l'imposition de sanctions contre les navires américains qui viennent pendant l'hiver pêcher et acheter du hareng à Terre-Neuve. Le Canada ne peut pas se soustraire à ce litige, car il est partie prenante à la Convention de 1818 entre la Grande-Bretagne et les États-Unis, et qui accorde aux pêcheurs américains le droit de fréquenter certaines zones de pêche dans les eaux canadiennes et terre-neuviennes. Le gouvernement de Terre-Neuve entend désormais réinterpréter la convention, au grand déplaisir des Américains.

Cette démarche aboutit en arbitrage à la Cour internationale de La Haye. Lors des audiences, le Canada et Terre-Neuve présentent conjointement leur dossier. La cour leur donne essentiellement raison. Toutefois, Robert Bond n'obtient pas l'accord commercial voulu avec les États-Unis. Cet enjeu est bel et bien laissé de côté.

Au fil des ans, le Canada et Terre-Neuve se rapprochent. En fait, l'île tisse de plus en plus de liens avec l'Amérique du Nord. Les échanges commerciaux entre Terre-Neuve et le Canada ne cessent d'augmenter. Ils s'échangent également des services. Les moyens de communication s'améliorent. Un nombre croissant de citoyens de Terre-Neuve migre vers le Canada. Bien sûr, conflits et contestations sont inévitables, mais ils concernent habituellement des questions courantes tels les tarifs douaniers, le service postal, les subventions, l'aviation civile et l'immigration. Le tracé de la frontière du Labrador dans les années 1920 provoque la seule véritable querelle d'importance. D'ailleurs, le Comité judiciaire du Conseil privé tranche en faveur de Terre-Neuve en 1927. [Comité judiciaire du Conseil privé : le plus haut tribunal d'appel de l'Empire britannique et du Commonwealth. Il siégeait à Londres et comprenait des juges doyens britanniques. Pratiquement aucun pays du Commonwealth n'y a recours actuellement.]

La Crise de 1929 complique leurs relations. Au début des années 1930, face à une situation économique désastreuse, Terre-Neuve propose l'inexécution de ses engagements financiers. Ottawa et Londres sont consternés par cette annonce. Une commission royale est mise sur pied afin d'examiner la situation. Elle est présidée par lord Amulree et comprend un représentant du gouvernement canadien. L'entrée de Terre-Neuve dans la Confédération, bien que suggérée, n'est pas la voie choisie. Terre-Neuve préfère plutôt renoncer au gouvernement responsable et opte pour une Commission de gouvernement (1934).

Le dernier parlement du gouvernement responsable, 1933
Le dernier parlement du gouvernement responsable, 1933
Tiré de The Book of Newfoundland, Vol 1, J. R. Smallwood, éd. , Newfoundland Book Publishers, St. John's, 1937, p. 35.

Le déclenchement de la guerre en 1939 incite le Canada à s'intéresser et à se rapprocher davantage de Terre-Neuve. C'est que la responsabilité de protéger Terre-Neuve et le Labrador lui revient en priorité. Le Canada comprend que son avenir et celui de Terre-Neuve et du Labrador ne font qu'un.

English version

Video: The Winding Road to Confederation Part II: Relations with Canada, 1870-1939 (en anglais seulment)