Les femmes et la pêche côtière

1800 - 1940

Entre le début du 19e siècle et les années 1940, la majorité de la population de Terre-Neuve participe à l'industrie de la pêche côtière (pratiquée à proximité des côtes en utilisant de petits bateaux de moins de 10,6 mètres de longueur) et à la production de morue salée et séchée. Les hommes de la famille (pères, époux, fils et frères) pêchent dans de petites embarcations et utilisent des lignes à main et des trappes à morue, pendant que l'équipe sur le rivage (formée des mères, des épouses, des filles, des sœurs et des plus jeunes fils) vide et sale le poisson. Les femmes prennent ensuite le poisson salé et le placent sur des vigneaux en bois, ou des supports pour le faire sécher. Ce sont les femmes qui sont responsables du poisson et elles doivent le rentrer à l'intérieur la nuit ou en cas de pluie.

En plus de traiter le poisson, les femmes comblent les besoins essentiels de la famille en jardinant, en préparant des conserves de nourriture, et en confectionnant des vêtements.

Femmes inconnues effectuant la fenaison, s.d.
Femmes inconnues effectuant la fenaison, s.d.
Avec la permission de la Division des archives (CMCS a18-173), The Rooms, St. John's, T.-N.-L.

Selon le recensement de Terre-Neuve de 1891, du nombre total de personnes participant à la pêche et au traitement du poisson à Terre-Neuve, 18 000, ou 33 p. 100, sont des femmes. En 1901, les femmes comptent pour 34 p. 100 des travailleurs de la pêche et en 1911, cette proportion s'élève à 35 p. 100. En 1921, c'est près de 25 000 femmes (38 p. 100 du total) qui œuvrent dans l'industrie de la pêche. Dans certaines collectivités, le pourcentage des femmes travaillant dans l'industrie de la pêche est encore plus élevé.

Femmes sur la plage traitant le poisson, vers 1940
Femmes sur la plage traitant le poisson, vers 1940
Des femmes de Grand Bank remplissant l'un de leurs nombreux rôles dans l'industrie de la pêche.
Avec la permission de la Division des archives (CMCS a18-173), The Rooms, St. John's, T.-N.-L.

On a souvent reconnu les femmes comme étant celles qui assumaient la moitié du travail dans les ménages ruraux. Dans l'industrie de la pêche côtière, le labeur des femmes a souvent fait la différence entre la survie et la famine.

De la Deuxième Guerre mondiale à aujourd'hui

Au début de la Deuxième Guerre mondiale, l'industrie de la pêche de Terre-Neuve (et le rôle des femmes au sein de celle-ci) change de manière radicale. Les femmes font leur entrée dans les usines de transformation de poisson congelé. Le travail dans ces usines est très différent du traitement du poisson sur la côte. À l'usine, le travail est divisé en de nombreuses tâches différentes. Après que le poisson a été acheminé à la production, les plus grosses morues sont traitées par des machines qui les tranchent et leur enlèvent la peau et les arêtes. Les plus petites morues et les autres espèces comme le sébaste sont habituellement parées à la main. Ensuite, le poisson est envoyé à des employés qui le préparent et l'évaluent afin de le trier selon sa taille et jeter les poissons inutilisables. Par la suite, le poisson est pesé puis emballé dans des boîtes ou des bacs de congélation avant d'être mis aux congélateurs. Une fois congelé, le poisson est transporté dans une zone de stockage réfrigérée avant d'être expédié.

Femmes au travail dans une usine de poisson, vers 1978
Femmes au travail dans une usine de poisson, vers 1978
Photographie reproduite avec la permission du ministre du Commerce et de la Technologie, gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador. Tirée du ministère des Pêches de Terre-Neuve, Fish is the future: the development program for the Newfoundland and Labrador fishing industry to 1985. (St. John's, © 1978) p. 13.

Même si les femmes effectuent régulièrement la totalité des tâches liées au traitement du poisson dans le cadre de la pêche côtière – la fente, le nettoyage, le salage, le séchage, le chargement et l'emballage du produit fini – les tâches qu'elles doivent accomplir dans l'usine de poisson congelé sont beaucoup plus limitées. Les hommes sont plus nombreux à opérer les machines qui mettent en filet le poisson, lui enlèvent la peau et les arêtes. De plus, ils peuvent être préparateurs de poisson à la main, opérateurs de congélateur et manutentionnaires d'entrepôt réfrigéré. Les femmes s'occupent davantage des tâches liées à l'emballage et à la pesée. Autant les hommes que les femmes occupent des postes de préparation et de tri. La division du travail varie entre les usines; dans certaines d'entre elles, des femmes apprêtent et enlèvent la peau du poisson à la main, alors qu'ailleurs, ce sont des hommes qui occupent ces postes. Les emplois où les femmes prédominent – l'emballage et la pesée – sont parmi les emplois les moins bien rémunérés de l'usine. À l'inverse, les emplois généralement occupés par les hommes – opérateurs de machines pour la mise en filet et de l'équipement de congélation – sont les mieux rémunérés. Les postes de gestionnaire et de superviseur sont presque exclusivement réservés aux hommes. Malgré leur bas salaire, les femmes ont occupé une importante partie de la main-d'œuvre des usines de poisson. Selon les chiffres des recensements, en 1961, les femmes comptent pour 20 p. 100 des employés d'usine de poisson et, en 1991, elles représentent 60 p. 100 de la main-d'œuvre de ces usines.

Travailleurs dans une usine de transformation du poisson, 1991
Travailleurs dans une usine de transformation du poisson, 1991
En 1991, 60 p. 100 de la main-d'œuvre des usines de poisson est constituée de femmes.
Avec la permission de Scott Woodman, © 1991.

Les femmes et la pêche

Avant les années 1970, les femmes participent rarement à la prise de poissons. Bien que cela soit dû en majeure partie aux pressions sociales qui découragent les femmes de tenir des rôles d'hommes, la réglementation gouvernementale a également contribué à empêcher les femmes de monter à bord des bateaux. À partir de 1957, les pêcheurs autonomes ont eu le droit de recevoir des prestations d'assurance-chômage pendant la saison morte. Cette même réglementation, toutefois, stipule que les femmes mariées aux pêcheurs ne peuvent recevoir de prestations, même si elles pêchent tous les jours durant la saison de la pêche. En effet, le gouvernement considère, à ce temps, que les femmes qui pêchent avec leurs époux ne font que les aider et que par conséquent leur travail n'est pas considéré comme étant valable.

Deux principaux facteurs ont poussé les femmes à commencer à pêcher. Puisqu'au fil des ans la valeur des débarquements côtiers a diminué, le coût d'exploitation d'un petit bateau de pêche a augmenté, ce qui a incité les femmes à pêcher avec leur époux pour conserver dans la famille une plus grande part des recettes de la pêche. Puis, dans les années 1980, une pêcheuse nommée Rosanne Doyle de Witless Bay (Terre-Neuve) a contesté avec succès une disposition du Règlement sur l'assurance-chômage qui interdisait les prestations aux épouses des pêcheurs. Les femmes travaillant avec leurs époux sur leurs bateaux sont devenues admissibles aux prestations de l'assurance-chômage. En 1991, 1 190 femmes (11 p. 100 de tous les pêcheurs) travaillent à titre de pêcheuses.

Le moratoire sur la pêche de la morue

Au début des années 1990, la morue, qui avait été le pilier de l'industrie de la pêche à Terre-Neuve et au Labrador pendant des siècles, a pratiquement disparu après de nombreuses années de surpêche qui ont finalement sonné le glas de cette industrie. En 1992, le gouvernement canadien a décrété un moratoire sur la pêche à la morue à Terre-Neuve et au Labrador. Les collectivités rurales dépendantes de la pêche ont été dévastées par cette interdiction. Bien que beaucoup d'attention ait été accordée à la situation des hommes pêcheurs, les femmes ont été durement touchées par cette crise sociale et économique. Avant le moratoire, on estimait que 15 000 femmes travaillaient directement dans le secteur de la pêche comme pêcheuses et travailleuses d'usine. De nombreux autres emplois ont été perdus dans les entreprises œuvrant dans le secteur de la pêche. Près de 10 000 femmes étaient admissibles à une indemnisation de la part du gouvernement fédéral, mais ces programmes ont pris fin en 1998. Depuis l'effondrement de la pêche à la morue, l'industrie de la pêche de Terre-Neuve emploie un nombre beaucoup plus petit de gens, et se consacre maintenant surtout à la pêche au crabe et à la crevette. La concurrence pour obtenir des permis et des emplois liés à la transformation a été intense.

En dépit du fait qu'elles formaient un grand pourcentage de la main-d'œuvre de l'industrie de la pêche, les femmes ont eu peu de choses à dire dans la politique gouvernementale, dans les activités syndicales et dans la gestion des usines. Au cours du moratoire, les femmes du secteur de la pêche ont commencé à se réunir pour régler les problèmes propres aux travailleuses et discuter de stratégies pour amener des changements. Il reste à savoir si, à l'avenir, les femmes pourront avoir accès de mani

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