Newfoundland and Labrador In The First World War

Autres Batailles : 1916-1917

Après la bataille de Beaumont-Hamel le 1er juillet 1916, il a fallu rebâtir le Newfoundland Regiment. Un groupe de 127 hommes envoyés en renfort est arrivé le 11 juillet, ce qui a fait remonter les effectifs de l'unité à 260 hommes et à 11 officiers. D'autres vagues de recrues ont suivi au cours des prochains mois, mais le processus a été long - l'effectif du régiment n'atteindrait pas 800 hommes avant décembre 1916.

Des soldats du Newfoundland Regiment, s.d.
Des soldats du Newfoundland Regiment, s.d.

Avec la permission de The Rooms, division des archives provinciales, St. John's (T. N. L)

Pendant ce temps, le régiment alternait entre le service sur le front et le service à des postes de réserve. À compter du 14 au 17 juillet 1916, le régiment a accompli une brève période de service sur les lignes de front près d'Auchonvillers, qui se trouve à environ deux kilomètres à l'ouest de Beaumont-Hamel. Le régiment a ensuite passé deux mois à Ypres, en Belgique, à creuser et à réparer des tranchées, et a accepté d'autres vagues de nouvelles recrues. Pendant qu'il se trouvait à Ypres, le régiment a subi le 8 août sa première attaque allemande par gaz de combat, qui formait un nuage. Heureusement, les hommes étaient équipés de masques à gaz - que le Major Cluny Macpherson, membre du régiment, avait lui-même contribué à inventer - et le régiment a pu résister à cet assaut sans subir aucune perte.

Gueudecourt

Le 5 octobre 1916, le régiment a quitté la Belgique pour se rendre dans le Nord de la France. La bataille de la Somme, qui avait commencé le 1er juillet, n'était toujours pas terminée, et les dirigeants des pays alliés avaient de nouveau besoin du Newfoundland Regiment sur la ligne de front, cette fois-ci près du village de Gueudecourt, situé à environ 16 kilomètres à l'est de Beaumont-Hamel. Sa mission consistait à prendre possession de la tranchée Hilt, un bastion allemand situé à seulement 400 mètres de la ligne de front défendue par les Britanniques.

L'attaque a été lancée le 12 octobre 1916, à 14 h 5 précisément. Lorsque les hommes du Newfoundland Regiment ont quitté leurs tranchées, ils ont été confrontés à un barrage destructeur de tirs ennemis. Le capitaine Bertram Butler a plus tard rédigé un article sur l'offensive pour le magazine The Veteran :

Capitaine Bertram Butler, s.d.
Capitaine Bertram Butler, s.d.

Avec la permission de The Rooms, division des archives provinciales (VA 40-13.2), St. John's (T. N. L.)

« Bien que notre attaque ne fût dirigée que sur un seul front d'environ trois cents verges, il était impossible pour ceux qui y participaient de voir plus loin que le bout de leur arme. Un peloton de la B Company a été pratiquement anéanti, alors que celui à sa droite n'a quasiment subi aucune perte, jusqu'au moment où nous avons atteint la ligne allemande. Une compagnie a eu très peu de chance en perdant tous ses officiers avant même de franchir la ligne. Les sous-officiers ont pris le commandement et ont tout de même renchéri l'attaque. Peu importe le grade, tous les militaires avaient soif de venger leurs camarades tombés au combat le 1er juillet. » (11) [Traduction]

Lorsque les hommes ont finalement atteint la tranchée Hilt, ils ont dû livrer un combat rapproché avec les Allemands. Bon nombre d'entre eux n'avaient jamais utilisé leur ba├»onnette en dehors des exercices d'entraînement, mais ils ont tout de même triomphé malgré leur manque d'expérience - à 14 h 30, les Allemands s'étaient rendus et le Newfoundland Regiment avait pris le contrôle de la tranchée Hilt. Il s'agissait d'un succès de taille, mais le prix à payer a été terrible : 120 hommes du régiment ont perdu la vie au cours de cette attaque et 119 ont été blessés. Le Newfoundland Regiment a conservé le contrôle de la tranchée Hilt jusqu'à 3 h le lendemain matin, lorsqu'une autre unité alliée a pris la relève.

Le Transloy et Sailly-Saillisel

Les membres du régiment ont passé les prochains mois en alternant entre les lignes de front, les tranchées de la réserve et les camps de repos.

Le 27 janvier 1917, le régiment a participé à une attaque surprise contre les Allemands près du village Le Transloy, au nord de la France. Cette bataille a été une victoire pour les forces britanniques, qui ont fait 368 prisonniers allemands, dont 72 ayant été capturés par le Sergent major Cyril Gardner du Newfoundland Regiment. Grâce àson intervention, le Sergent-major Gardner a reçu une barrette à la Médaille de conduite distinguée qu'il avait reçue antérieurement à Gueudecourt.

Sergent-major Cyril Gardner, s.d.
Sergent-major Cyril Gardner, s.d.

Photo tirée duNewfoundland Quarterly 17.1 (1917): 11.

Le régiment a participé à une autre bataille les 2 et 3 mars 1917, cette fois près du village français de Sailly-Saillisel. Temporairement attaché à la 86th Brigade de l'armée britannique, le régiment a aidé à repousser l'attaque des Allemands et à capturer des tranchées ennemies. Même si l'opération a été une réussite, le régiment a perdu 71 hommes : 27 ont été tués et 44, blessés.

La bataille d'Arras

Le second engagement d'importance auquel a participé le régiment a été la bataille d'Arras. Le 11 avril 1917, les forces britanniques ont pris le village français de Monchy-le-Preux qui était sous contrôle allemand. Le Newfoundland Regiment faisait partie d'un plan ultérieur visant à repousser les forces allemandes des terres avoisinantes.

Les commandants alliés ont ordonné à la 88th Brigade, qui comprenait le Newfoundland Regiment et le Essex Regiment, de prendre possession d'une tranchée allemande située à l'est de Monchy le Preux, puis de prendre et tenir la colline de l'Infanterie, située à environ 900 mètres du village. Cette colline était importante d'un point de vue stratégique en raison de la vue étendue qu'elle offrait sur la région.

Des officiers et des hommes du Newfoundland Regiment qui ont partis part à la bataille devant Monchy, 1917
Des officiers et des hommes du Newfoundland Regiment qui ont partis part à la bataille devant Monchy, 1917

Avec la permission des Imperial War Museums (© IWM, Q 5344), Londres, Angleterre.http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/205237485

L'heure H a été établie à 5 h 30, le matin du 14 avril 1917. En moins de deux heures, le régiment avait capturé ses deux objectifs, et ce, en ne subissant qu'un nombre relativement faible de pertes. Toutefois, les Allemands ont lancé une puissante contre-attaque qui a séparé la C Company et la D Company du Newfoundland Regiment du reste des troupes alliées. Encerclés et largement surpassés en nombre, les hommes ont subi de lourdes pertes et ont été forcés de se rendre.

Au quartier général du bataillon, le commandant du Newfoundland Regiment, le Lieutenant -colonel James Forbes-Robertson, a ordonné à un éclaireur d'aller sur le champ de bataille pour observer la situation. L'éclaireur est revenu avec des nouvelles bouleversantes : pas un seul homme du Newfoundland Regiment n'était ressorti indemne de l'affrontement à Monchy-le-Preux et environ 200 à 300 soldats allemands avançaient vers le village. Si les Alliés perdaient le contrôle du village de Monchy-le-Preux, les conséquences seraient dévastatrices.

Les Lieutenants-colonels  James Forbes Robertson (droite) et A. L. Hadow. s.d.
Les Lieutenants-colonels James Forbes Robertson (droite) et A. L. Hadow. s.d.

Avec la permission de The Rooms, division des archives provinciales (VA 157-10), St. John's (T. N. L.)

Le Lieutenants -colonels Forbes-Robertson a rapidement rassemblé 21 soldats encore capables de se battre parmi les hommes du Newfoundland Regiment et de l'Essex Regiment et les a menés vers une tranchée située aux abords du village, où ils avaient une chance de repousser les Allemands jusqu'à l'arrivée des renforts. Cependant, pour atteindre la tranchée, les hommes devaient traverser environ 100 mètres de terrain découvert au vu et au su des Allemands. Les soldats ont avancé sous les tirs ennemis soutenus, et seulement neuf d'entre eux sont parvenus à atteindre leur objectif. Un dixième soldat s'est joint à eux plus tard : il avait été frappé par un éclat d'obus, ce qui lui avait temporairement fait perdre conscience. Les hommes ont ouvert le feu sur les Allemands vers 10 h 50.

Le Monchy Ten

Tout ce qui se dressait entre Monchy-le-Preux et plus de 200 Allemands qui avançaient, c'était neuf Terre-Neuviens et un Anglais du Essex Regiment. Parmi eux se trouvait le Soldat Fred Curran, qui a plus tard écrit un article au sujet de cette journée pour le magazine The Veteran : [traduction] « Nous avons immédiatement ouvert le feu sur les Allemands et je suppose que nous avons réussi à créer l'idée délirante que nous formions une grande armée invincible, car les Allemands n'ont lancé aucune forte attaque. Puis, soudainement, nous avons manqué de munitions. Dans le "no man's land" deux automitrailleuses gisaient parmi les cadavres et les débris, et nous avons pu récupérer suffisamment de munitions pour maintenir des tirs continus pendant plus d'une heure. » (56)

Lorsque les renforts sont finalement arrivés à 20 h ce soir-là, le village avait été sauvé, et on se souviendrait pour toujours de ces hommes comme étant le Monchy Ten. Des commandants alliés ont plus tard estimé que si les Allemands avaient saisi le village, il aurait fallu environ 40 000 soldats pour le leur reprendre.

Neuf membres du Newfoundland Regiment qui ont combattu à Monchy-le-Preux, 1917
Neuf membres du Newfoundland Regiment qui ont combattu à Monchy-le-Preux, 1917

Avec la permission de The Rooms, division des archives provinciales (VA 36-38.1), St. John's (T. N. L.)

Il s'agissait d'un succès retentissant, mais il s'accompagnait d'une perte terrible. Les rapports faisant état des pertes sont contradictoires, mais le Newfoundland Regiment a perdu environ 453 hommes entre le 12 et le 15 avril - 166 sont morts au combat, 134 ont été blessés, et les Allemands ont fait 153 prisonniers, dont 28 sont morts en captivité par la suite.

Après l'affrontement de Monchy-le-Preux, le régiment a participé à une autre opération, dans le cadre de la bataille d'Arras. Le 23 avril, il a aidé à garder une partie de la ligne de front sur la route d'Arras à Cambrai, juste au sud de Monchy. La région était soumise à des tirs ennemis nourris, et le Newfoundland Regiment déjà affaibli a subi de nouvelles pertes - 13 morts et 48 blessés.

Le régiment est alors entré dans une période de repos et de récupération bien méritée. À l'occasion, des renforts arrivaient de Terre-Neuve et du Labrador, mais il était devenu de plus en plus difficile pour les recruteurs de garder le régiment de la force d'un bataillon. La population du dominion était petite, et la guerre avait fait beaucoup de victimes. Même l'industrie de la pêche à la morue, un pilier de l'économie terre-neuvienne, connaissait une pénurie de travailleurs. Au cours des trois mois qui ont suivi l'affrontement de Monchy-le-Preux, seuls 190 hommes s'étaient portés volontaires, dont la moitié a été rejetée pour cause de santé.

Des hommes du Newfoundland Regiment prennent leur dîner à Berneville, le 9 mai 1917
Des hommes du Newfoundland Regiment prennent leur dîner à Berneville, le 9 mai 1917
La photo a été prise après la retraite du régiment de Monchy le Preux.

Avec la permission des Imperial War Museums (© IWM, Q 5341), Londres, Angleterre. www.iwm.org.uk/collections/item/object/205195986

Les volontaires envoyés outre-mer ont été lancés au beau milieu de la bataille dès leur arrivée. Le régiment a combattu en Belgique en juillet, puis de nouveau en septembre et en octobre. En novembre, il est ensuite retourné en France pour prendre part à la bataille de Cambrai.

La bataille de Cambrai

À ce moment-là, les tactiques de guerre commençaient à changer. Les Allemands utilisaient plus régulièrement le gaz moutarde, et les chars d'assaut se multipliaient sur le champ de bataille. Lors de la bataille de Cambrai, les forces alliées disposaient d'environ 100 chars d'assaut. Les membres du Newfoundland Regiment ont dû s'entraîner pendant des semaines pour apprendre à marcher derrière les chars en mouvement.

Char britannique capturé par les Allemands lors de la bataille de Cambrai
Char britannique capturé par les Allemands lors de la bataille de Cambrai

Avec la permission des Imperial War Museums (© IWM, Q 67594), Londres, Angleterre. www.iwm.org.uk/collections/item/object/205314861

Les Alliés ont lancé leur attaque-surprise le 20 novembre 1917. Cambrai était un important point d'approvisionnement pour les troupes allemandes, et les commandants alliés désiraient en prendre le contrôle. Cependant, pour atteindre la région, les troupes devaient se frayer un chemin à travers un territoire de 10 kilomètres contrôlé par les Allemands.

La mission du Newfoundland Regiment consistait à avancer derrière les premières vagues d'attaquants et à prendre possession du canal de Saint-Quentin et de la ville de Masnières. D'autres troupes alliées les suivraient et participeraient à l'offensive sur Cambrai.

Le Newfoundland Regiment avait réussi à s'emparer de son premier objectif à 13 h 30, puis il s'est dirigé vers Masnières. Les hommes ont combattu toute la nuit pour chasser les troupes allemandes de la ville qui, à l'aube, était presque entièrement sous le contrôle des Alliés. Des renforts ont relevé le régiment à 2 h le 22 novembre. Le succès n'a pas été obtenu facilement - 54 hommes du régiment ont péri au cours de cette attaque de deux jours, et près de 200 autres ont été blessés.

Le régiment n'a eu que peu de temps pour se reposer avant que les Allemands lancent une puissante contre-attaque le 30 novembre. Les combats se sont poursuivis pendant plusieurs jours. Les soldats, souvent bombardés d'obus, ont dû se battre au corps à corps. Soixante-cinq Terre Neuviens et Labradoriens ont perdu la vie avant que le régiment ne batte en retraite à 21 h, le 3 décembre. Les hommes se sont ensuite rendus à un camp de repos à Humbercourt.

Des hommes du Newfoundland Regiment et un chariot tiré par des chevaux se reposent au bord de la route, dans la neige, près de Hesdin, le 20 décembre  1917
Des hommes du Newfoundland Regiment et un chariot tiré par des chevaux se reposent au bord de la route, dans la neige, près de Hesdin, le 20 décembre 1917

Avec la permission des Imperial War Museums (© IWM, Q 8353), Londres, Angleterre. www.iwm.org.uk/collections/item/object/205244232

À cette époque, le Newfoundland Regiment s'était déjà forgé une réputation pour son courage et sa ténacité. Il a combattu avec distinction dans le cadre de plusieurs batailles importantes, et bon nombre de ses hommes ont reçu des médailles pour leurs actes de bravoure. Le 17 décembre 1917, le roi George V a honoré le régiment en entier en lui décernant le titre de « royal ». Aucun autre régiment britannique n'a reçu cette distinction au cours de la Première Guerre mondiale, ce qui a remonté le moral du régiment et du dominion de Terre-Neuve et du Labrador, ce dont ils avaient grandement besoin alors que l'année 1917 tirait à sa fin.

English version

Révisé par Jenny Higgins, April 2015
Bibliographie - Première Guerre mondiale (en anglais seulement)