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C

No. 1420.

SUPPLEMENT TO ANONYMOUS MEMOIR CONCERNING LABRADOR, JANUARY 1717.


ARCHIVES DE LA PROVINCE DE QUEBEC.

Il y a environ six mois que je donnai à Mr de Forcade deux mémoires, un touchant le Canada, qui me semble mériter quelqu'attention et pouvoir être utile, et un autre touchant le Labrador qui n'a pas moins de mérite. Pour ne point répéter ce qu'il contient, je prie de le lire, et je crois que si l'on veut bien prendre cette peine on avouera que le Labrador est un pays dont l'Etat peut tirer de grands avantages, qu'il est important de bien s'y établir et de mettre en valeur.
On s'aperçoit tous les jours de plus en plus de l'utilité de ce pays et combien il est important d'y faire des établissements fixes. En voici les preuves, preuves d'autant plus convaincantes qu'elles sont déduites avec moins d'art et plus de simplicité, et qu'elles ne peuvent pas être contestées par ceux qui sont au fait de ce qui regarde ce pays affreux d'après quelques uns, mais selon les vrais connaisseurs un vrai Pérou à raison des pelleteries précieuses et fourrures dont il est tout rempli ; mais surtout à raison des abondantes et intarissables pêches de morue, de loups-marins, de vachesmarines, et de baleines, etc., qui, sans grandes dépenses, sans coûter la vie à une infinité d'hommes, peuvent produire à la France plus de richesses que les meilleurs et plus abondantes mines d'or. Je reviens aux preuves que j'ai promises. Outre celles que fournit le mémoire que j'ai donné il y a



(Translation.)

About six months ago, I gave Mr. de Forcade two memoirs, one concerning Canada, which in my estimation, is deserving of some consideration and may prove useful, and the other, no less deserving, on the Labrador. To avoid any duplication of its contents, I would ask that same be read, and I feel that, should this trouble be taken, it will be admitted that the Labrador is a country from which the State may derive material benefits and that it is of importance to have there a solid establishment and see to its development.
As time passes, each day brings home more forcibly the usefulness of this country as well the importance of forming permanent establishments there. Here is the proof of this, a proof all the more convincing since it is being arrived at in a manner devoid of artifice and complication. Such proof, moreover, cannot be disputed by those familiar with facts concerning this country, a country considered by some as horrible, but which, according the well informed, is held to be a real Peru on account of its precious peltries and furs, and more particularly owing to its abundant and inexhaustible cod, seal, walrus and whale fisheries, &c., which, without great cost, and without causing the death of a great many persons, may bring to France more wealth than the best and richest gold mines. I now return to the proof I have promised. Besides such evidence as can be found in my memoir as submitted six months ago, we find that what took place since last year at

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six mois, ce qui s'est passé depuis un an au Labrador en fournit de nouvelles si pressantes que l'on ne peut pas se dispenser de faire incessamment des établissements fixes sur cette côte, ni de prendre toutes les mesures convenables pour mettre ce pays en valeur et pour en faire une colonie utile à l'Etat et aux particuliers. Les preuves sont renfermées dans une lettre que j'ai reçue de Mr. de Courtemanche et deux des lettres que Mr de Ramsay et Mr Bégon lui ont écrites. Ces trois lettres telles que je les ai reçues sont jointes à ce mémoire. J'ai aussi reçu de Mr de Courtemanche la copie écrite et les réponses qu'il leur a faite, et aussi copie de la lettre qu'il a écrite à Mr de Vaudreuil. Toutes ces copis de lettres sont entre les mains de Mr d'Avbenton.
Mr de Courtemanche écrit du mois d'octobre 1716 à Mde de Courtemanche à Bayonne, les nouvelles suivantes qu'elle m'a envoyées Article de la lettre que Mr de Courtemanche m'écrit 11 jours après mon départ dans le mois d'octobre 1716:

“ Depuis votre depart les sauvages esquimaux nous ont presque toujours tenus en occupation. Un de mes gens qui était à la chasse les aperçut et aussitot m'en vient donner avis sur le soir. Je ne manquai pas d'envoyer Mr votre fils avec deux ou trois de nos gens pour leur parler et les amuser pendant que je faisais équiper une chaloupe pour y aller moi-même. Mais les Esquimaux qui en apparence qui avaient remarqué que nos gens étaient plus alertes que ceux qu'ils avaient coutume de voir (et même ils avaient eu beaucoup d'épouvante d'en avoir vu à cheval), se servirent de l'obscurité de la nuit pour s'enfuir. Nous les avons chassés deux fois. J'ai été obligé pareillement d'aller à la Fortian, mais je n'ai pas pu les attraper. Ils étaient



(Translation.)

Labrador affords further proof of such an urgent character that one cannot ignore the necessity of forming immediately permanent establishments on this coast or of taking the proper steps conducive to the development of this country so as to make it a settlement profitable for the State as well as to individuals. The evidence is to be found in a letter I have received from Mr. de Courtemanche and in two of the letters addressed to him by M. de Ramsay and M. Begon. These three letters are annexed to the present memoir exactly as they reached me. I have also received from M. de Courtemanche a written copy and his answers to them, as well as a copy of the letter he wrote to M. de Vaudreuil. All of these copies of correspondence are in the hands of M. d'Avbenton.
In a letter written in October, 1716, and addressed to Madame de Courtemanche at Bayonne, M. de Courtemanche gives her the following news, which she has communicated to me. Paragraph from the letter addressed to me by M. de Courtemanche eleven days after my departure in the month of October, 1716.

“ Since your departure the Esquimaux savages have kept us almost continuously occupied. One of my men, who was out hunting caught sight of them and immediately came to notify me towards the evening. I did not fail to send M. your son with two or three of our people that he might speak with them and detain them while I ordered a boat to be equipped so that I could go myself. But the Esquimaux, who apparently had noticed that our men were more alert than they had been accustomed to see (and they had even been struck with awe at the sight of one them riding a horse), took advantage of the darkness of night to make their escape. Twice we chased them. I was likewise compelled to go to the Fortian [Forteau], but I could not overtake

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environ 400 et autant à Blanc-Sablon, qui est à une lieue de la maison, comme vous le savez.
“ Ces malheureux ont fait de très grands dégâts à toutes les loges et encore plus à l'ile à bois où ils n'ont laisse pour tout que deux bateaux. Ils ont enlevé tout le reste, mais je ne sais pas le nombre que ces messieurs y avaient laisse, non plus que ce de Mr Bernard. Ils ont aussi emporté tous les grappins, pillé ou brisé et jeté à la mer leurs avirons, et de plus généralement prise tous leurs meubles dans les loges.
“ En ceux qui ont paru à la petite rivière il y en avait 3 qui avaient chacun un fusil et d'autres quelques pistolets.
“ L'officier de Mr Gane qui fut après eux lorsqu'ils l'eurent pillé, nous dit dernièrement à la maison qu'ils lui avaient tiré un coup de pierrier qui donna fort près de leur chaloupe.
“ NOTA.—On veut croire qu'il y avait quelques Français avec eux, car ils n'avaient point coutume de se servir d'armes. Il est de conséquence que vous donniez avis à tous les armateurs de ce désordre afin qu'ils ne fassent pas de fonds sur leurs meubles.”

COPIE DE LA LETTRE QUE MR LAIR, AUMONIER DE MR DE COURTEMANCHE, ECRIT DE LA BAIE PHELIPPEAUX EN DATE DU 16 OCTOBRE 1716 A MDE DE COURTEMANCHE A BAYONNE.

“ Madame,—Celle-ci est pour avoir l'honneur de vous saluer en qualité du plus soumis de vos serviteurs. Je souhaite, madame, que la présente vous trouve en parfaite santé, bien heureusement arrivée en France.



(Translation.)

them. They were about 400 strong and there were as many at Blanc-Sablon which, as you are aware, is one league away from the bouse.
“ The wretches have caused great depredations in all the cabins and did still greater damage at l'ile à bois [Woody I.] where they only left two boats. They took the remainder away, but 1 could not say how many these gentlemen, or M. Bernard, had left there. They also took away all the grappling-irons, stole their oars or broke them and threw them into the sea, and, in a more general way, took all their movables in the cabins.
“ Amongst those who were seen at Petite Rivière were three who had each a musket and others who had a few pistols.
“ M. Gane's officer, who pursued them after they had pillaged his property, told us recently, when at the house, that they had fired a shot from a swivel-gun and had very narrowly missed hitting their boat.
“ Note.—One is inclined to believe that they were accompanied by a few French, inasmuch as they are not in the habit of using arms. It is important that you inform all the vessel-owners of this disturbance so that they will not rely on their goods.”

COPY OF A ETTER ADDRESSED, ON THE 16TH OCTOBER, 1716, FROM THE BAY OF PHELIPPEAUX, BY M. LAIR, CHAPLAIN OF M. DE COURTEMANCHE,
TO
MADAME DE COURTEMANCHE, AT BAYONNE.

“ Madame,—This is to afford the writer the honour of greeting you as the most devoted of your servants. It is my earnest wish, Madame. that the present will find you in perfect health, after a safe arrival in France.

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“ Depuis votre départ, madame, les sauvages esquimaux ont visité votre côte de LaBrador. Ils sont venus à la Fortiau. Les gens de Mr de la Rue ont traité avec eux le premier dimanche d'aprés votre depart qui était le 4me jour du courant.
“ Mestay étant à la chasse les aperçut sur la pointe entre l'échaffaud du Sieur Lavallée et du Sieur Chardot, qui aussitôt vint donner nouvelles aprés vêpres à Mr de Courtemanche qui ne manqua pas d'envoyer Mr votre fils avec quelques uns de nos gens pour leur parler et les amuser pendant qu'il faisait équiper une chaloupe pour y aller lui-même.
“ Mais les Esquimaux qui en apparence avaient remarqué que nos gens n'avaient pas de froid aux yeux, et que même ils avaient eu beaucoup d'épouvante d'en avoir vu un qui était à cheval, se servirent de l'obscurité de la nuit pour fuir de sorte que Monsieur ne put pas les attraper avec sa chaloupe, quoiqu'il ait été trois jours consécutifs à les chercher.
“ Je vous assure Mde que Mr s'est un peu trop exposé à cause du grand vent et de la pluie qui tombait sans cesse ; de sorte que nous avons été fort inquiets à la maison, vos enfants et moi, jusqu'à son retour, lequel a causé bien de la joie à Melle de Courtemanche et à nous tous, non pas à cause de la grande santé que Mr a rapportée de sa course, car il en est revenu incommodé à cause du grand froid et de la pluie. J'espère moyennant la grâce de Dieu que celà ne sera rien. Celà n'a pas empêché que ces animaux sauvages n'aient pris plusieurs chaloupes à la côte. Je ne sais pas combien Mrs. de Dumêne en avaient à l'ile à bois. Vos gens disent qu'il n'y en a plus que deux vieilles dont ils ont voulu bruler une. Ils ont ouvert sur la dite ile les cabanes et piles de bois, ou ils ont cassé avec des haches une barrique où il y avait des serres. On a trouvé aussi la même chose aux echaffaud de la petite



(Translation.)

“ Since you left, Madame, the Esquimaux Indians have visited your coast of Labrador. They went to la Fortiau. M. de la Rue's people traded with them on the first Sunday following your departure, which was the fourth day of this month.
“ Mestay, who hunting, caught sight of them on the point between the stages (échaffauds) of the Sieur Lavellée and the Sieur Charlot, and came after vespers to inform M. de Courtemanche who made it a point to send M. your son, with a few of our men, to talk to them and detain them while he ordered a boat to be equipped in order to go there himself.
“ But the Esquimaux who apparently had noticed the intrepidity of our men, and who had even been seized with great fright at the sight of one of them on horse-back, took advantage of the darkness of night to take to flight and Monsieur could not overtake them with his boat, although he pursued them during three consecutive days.
“ I assure you, madame, that Monsieur has run a rather great risk owing to the high wind and continuous rain ; as a result, we at the house, your children and myself, were very anxious until his return, which was the cause of great rejoicing for Mademoiselle de Courtemanche and every one of us, but not because of the excellent state of health of Mr. de Courtemanche upon his return from his journey, as he returned indisposed on account of the intense cold and the rain. I hope that, with the help of God, it will be of no consequence. This has not prevented these beastly Indians from taking several bouts on the coast. I do not know how many Mrs. de Dumêne had at l'ile à Bois. Your people state that there are only two left and that they made an attempt to burn one of them. They have broken into the cabins and wood piles on the said island, where they broke open, with axes, a barrel containing some stores. It was found that they had done the

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rivière, plusieurs grappins sur le plain et même à l'eau, toutes les cabanes et piles de bois ouvertes, jusqu'à du sel jeté dehors, plusieurs sènes coupées par bouts sur le plain.
“ Vos enfants, Madame, se portent tous biens, votre petite fille demande si vous viendrez bientôt. Il n'y a rien de nouveau à la maison. Ménagez s'il vous plait votre santé Mde et ne vous inquiétez point. L'indisposition de Mr ne sera rien. On fait toujours bon quart pour les Esquimaux. Je vous demande la liberté, Mde, de me dire votre très humble et très obéissant serviteur,

“ LAIR, prêtre.”


On dit que les Esquimaux étaient à la Fortiau 3 à 400. Ils n'ont pas paru à la petite rivière plus de cinquante, mais il y en avait une autre troupe sur l'ile à bois où on a trouvé leur cabane avec une vieille grande sène et environ la charge d'un homme de flotte de linge avec quelques poules françaises. Vos gens en apportèrent hier 4 ou 5 qu'ils attrapèrent près de leurs cabanes. Entre ceux qui ont paru à la petite rivière il y en avait trois qui avaient chacun un fusil et d'autres quelques pistolets. L'Officier de Mr Gane qui fut après eux lors-qu'ils eurent pillé Mr Gane nous dit dernièrement à la maison qu'ils lui avaient tiré un coup de pierrier qui donna fort proche de leur chaloupe. On veut croire qu'il y a quelques Français avec eux car ils n'avaient pas de coutume de se servir d'armes. N'ayez point d'inquiétude. On fait bonne garde et ils se retireront bientôt.

LAIR, prêtre.



(Translation.)

same thing at the stages of Petite-Rivière, a number of grappling-irons having been thrown about on the ground and even in the water ; every cabin and pile of wood had been broken into ; even the salt had been thrown out, and several nets, cut into pieces, were on the ground.
“ Your children, Madame, are in perfect health, and your young daughter wishes to know whether you will return soon. There is nothing new at the house. Please take care of your health, Madame, and do not worry. Monsieur's indisposition will amount to nothing. We always keep a good look-out for the Esquimaux. May 1 take the liberty, Madame, of subscribing myself your most humble and most obedient servant,

“ LAIR, priest.”


It is reported that the Esquimaux at la Forteau numbered 300 or 400. They did not appear at Petite Rivière, but there was another troop of them at l'ile à Bois where their cabin was found with an old net of large dimensions, about a seaman's load of linen, as well as a few French fowls. Your people brought in 4 or 5 of them yesterday having caught them near their cabins. Amongst those who came to Petite Rivière, there were three who each had a musket and a few others were armed with pistols. M. Gane's officer who pursued them after they had pillaged him, told us recently, at the house, that they had shot at him from a swivel-gun and narrowly missed hitting their boat. It is thought that there were a few French with them as they are not accustomed to the use of arms. Do not let anything worry you. We are keeping guard and they shall soon withdraw.

LAIR, priest.

[1927lab]



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