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Je réponds que quand les Français sont bien conduits, ils sont autant ou plus capables de l'un et de l'autre que les Ecossais, les Suèdois, les Norvègiens, les Moscovites, et autres peuples septentrionaux. Les Français sont capables de tout ce qu'il y a de plus difficile, quand ils sont conduits par des chefs entreprenants et constants. Ce qu'ils ne se ruinent pas, et même afin qu'ils s'enrichissent, en se sacrifiant pour l'Etat, il faut leur accorder tout ce qui se peut, les combler d'honneur et de grâces. Rien de plus juste. Pour que ces postes se peuplent et deviennent considérables, il faut par les bienfaits et par les privilèges engager des Bayonnais et autres Français, mais surtour des Canadiens, à s'y aller établir et à s'appliquer à faire valoir le commerce de ce pays, principalement la pêche, dont les profits sont prompts, certains et intarissables et ne demandent que très peu d'avances.
Il faut enfin donner à ceux qui entreprendront les etablissements du Petit-Nord et de Kesselaki (que l'on pourra nommer labradorville) le titre et brevet de commandant et de capitaine de milice s'ils ne sont pas, comme à celui de la baie Phélippeaux, donner à chacun la compagnie complète pour résider dans son poste et leur ordonner :

1° De ne rien entreprendre l'un sur l'autre et de vivre en paix et en bonne union et de ne point débaucher les sauvages les uns les autres ;

2° D'empecher que les sauvages se fassent la guerre les uns aux autres ;

3° De vivre en paix avec les sauvages de les apprivoiser de lier commerce avec eux, de les engager par la douceux à venir s'établir proche des Français, enfin de ne leur faire aucune violence ni injustice ;



(Translation.)

I claim that when the French are well led they are as capable, both of one and the other, as the Scotch, Swedes, Muscovites, or any other northern people. The French are capable of overcoming all difficulties when led by enterprising and steady commanders.
They would not ruin themselves, but would even grow rich in sacrificing themselves for the State, it is necessary to grant to them all that is possible, to heap upon them honours and gifts, nothing being more just. In order that these posts may be peopled and become important, it is necessary, by bounties and privileges, to induce the Bayonnais and other French, especially Canadians, to establish themselves there and devote themselves to the development of commerce in this country, particularly the fishery, the profits of which are immediate, certain and inexhaustible, and do not require a great outlay.
Lastly, it is necessary to give to those who shall undertake the settlements of Petit Nord and Kesselaki (which should be named Labradorville), the title and patent of Commandant and Captain of militia, if they have not received them already, as in the case of Phelippeaux bay, and to give to each an entire company to reside at his post. Instructions must be given to them :

1. Not to encroach one upon the other, to live in peace, and harmony, and not entice the natives from each other

2. To forbid the natives to make war on one another ;

3. To live in peace with the natives, to civilize them, trade with them and induce them by kindness to come and live near the French, and, lastly, not to do them any violence or injustice.


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4° D'avoir soin des missionnaires qui travailleront à la conversion des sauvages et au salut des Français.

5° De faire reconnaître le pays non seulement les côtes, mais aussi dans l'enfoncement des terres ; pour cet effect faire remonter toutes les rivières jusqu'à leurs sources et à engager des Français ; surtout des Jésuites à aller trouver les sauvages chez eux et à les accompagner dans leurs chasses et dans leurs voyages.

6° De faire reconnaître la qualité de la terre, s'il y a des mines de cuivre, d'acier et autres métaux, s'il y a des pierres de quelque mérite comme marbre et porphyre ; s'il y a des bois propres à faire des maisons ou des navires ; s'il y a des plantes ou autres drogues médicinales, enfin tout ce que le pays produit. La plupart des pays sont moins nous le long des côtes qu'à une ou deux lieues dans les terres.

7° D'avoir soin qu'on, y élève quantité de boeufs et de vaches, de moutons et de brebis, de cochons et de chèvres, et même des chevaux et d'y faire multiplier tous les animaux. Si les espèces du Canada ne peuvent pas résister à ces climats, il en faut faire venir des isles de Ferro (Feroe) ou d'Islande, qui sont des pays bien plus rudes et plus froids que le Labrador. De tous ces animaux on pourra, faire des salaisons pour la subsistance de la colonie. De plus ces animaux feront du fumier qui servira à engraisser ces terres et à produire du grain, des légumes, racines et herbages.

8° De tâcher d'apprivoiser des caribous qui sont de la même chose que les Rennes dont les Lapons et les Moscovites tirent de grands services, mais il faut éviter tout ce qui ressent de la magie.



(Translation.)

4. To have the care of missionaries who shall work at the conversion of the savages and for the salvation of the French ;

5. To explore the country, not only on the coasts, but also in the interior ; for this end, to ascend all rivers to their sources, and to engage the French as well as the Jesuits to seek the natives in their own homes, and to accompany them on their hunting trips and voyages.

6. To examine the quality of the soil, to see if there are mines of copper, iron or other metals, if there are valuable stones, such as marble and porphyry ; if there are woods fit for the building of houses and ships, if there are medicinal plants or drugs. In short, to discover all that the country may produce. Nearly all countries are less fertile along the coast than a league or two inland.

7. To see that cattle, sheep, pigs and goats, as well as horses are reared in large numbers and to promote the breeding of animals of all kinds. 1f the Canadian species are not such as to resist the climate, it is necessary to import cattle from the Faro (Faroe) Islands or from Iceland, which countries are more rugged and colder than Labrador. All these animais will provide food for the colony. Besides, they will furnish manure to be used for the fertilizing of these lands so as to render them capable of producing grain, vegetables, and root crops.

8. To endeavor to tame the caribou, which is the same animal as the reindeer, so greatly used by the Laplander and the Russians, but it is necessary to avoid anything that has the appearance of magie.

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9° D'élever quantité de volailles, poules, pigeons, canes, oies et oitardes.

10° De semer du blé, du seigle, de l'orge, de l'avoine et autres sortes de grains. L'orge et l'avoine y viennent et mûrissent bien et peuvent servir à nourrir des bestiaux et des volailles, sans doute que le blé de Turquie y viendra. Avec un peu de soin, le blé et le s les échauffer, ce qui les rend très fertiles. Il en faut faire de même dans le Labrador, au bien y porter des farines du Canada.

11° D'y faire semer toutes sortes de légumes, pois, fêves, feverolles, lentilles, etc., etc. Les pois y viennent bien pour être mangés verts mais ne mûrissent pas assez pour être gardes. Il faut aussi tâcher d'y élever des arbes fruitiers.

12° D'y faire cultiver toutes sortes de racines, d'herbages et de salades. Toutes ces choses viennent fort bien, à ce que m'a dit Mr de Courtemanche à la baie Phélippeaux et sont de grandes douceurs pour les équipages des navires pêcheurs.

13° Pour la commodité de ces mêmes équipages avoir dans chaque établissement une ou deux grandes auberges bien bâties avec de bons lits et les autres choses convenables pour le soulagement des gens de mer, mais il faut empêcher l'ivrognerie et toutes les autres débauches.

14° Il faut qu'il y ait dans chaque établissement un curé, honnête homme, avec une église propre et bien ornée, où le service se fasse avec décence. C'est un moyen pour enseigner aux sauvages du respect et de l'inclination pour



(Translation.)

9. To breed quantities of birds, fowls, hens, pigeons, geese, ducks, &c.

10. To sow wheat, rye, oats, barley, and other grains. Oats and barley will grow well and afford food for cattle and fowls. Without doubt, Turkey wheat will thrive. In Poland, where the lands are cold, they sow a little salt to warm them and render them fertile. The same must be done in Labrador, or grain must be brought in from Canada.

11. To plant all sorts of vegetables, peas, beans, Scotch beans, lentils, &c., &c., and also endeavour to cultivate fruit trees.

12. To cultivate all sorts of roots, herbs and salads, all of which grow very well at Phelippeaux bay, so M. de Courtemanche tells me, and are highly appreciated by the crews of the fishing vessels.

13. For the use of the same crews, to have at each settlement one or two large inns, solidly built, with good beds and other conveniences for the comfort of the seamen, but drunkenness and debauchery must be strictly forbidden.

14. At each establishment there must he a curé, an honest man, with a church well built and properly adorned, where services can be performed with decency. It is a means to inspire the

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le christianisme. Il est à propos que ces curés soient de St Sulpice ou de quelqu'autre communauté si les Jésuites ne veulent pas s'en charger.

15° Il faut ordonner aux Commandants de donner avis à la cour de tout ce qu'ils reconnaîtront être convenable pour le bien et l'augmentation de ces établissements.

16° Il faut aussi qu'ils aient soin que l'on bâtisse des maisons solides et commodes et qu'ils en donnent l'exemple. On peut faire de la chaux dans le pays ; on y pourra faire aussi de la brique ; de la tuile et de la poterie.

Les moyens et plusieurs autres connus de ceux qui ont plus l'expérience que moi, sont capables de rendre en peu de temps et sans qu'il en coûte rien aù Roi, les établissements du Labrador très considerables et d'y attirer quantité de vaisseaux qui apporteront dans ces pays ce qui y est et en remporteront ce qu'il produit ; poissons, huiles côtes et barbes de baleines, dents de vaches-marines, peaux de loup-marins et de caribous, une infinité de fines et précieuses pelleteries, de l'édredon et de la plume pour faire des lits et dans la suite des mâts et autres bois, du cuivre, de l'acier et autres choses ; ce qui entretiendra un grand commerce qui enrichira le pays et les marchands et qui sera même très utile à l'Etat. On fait encore deux difficultes. 1° On dit que dans le Labrador le froid est de si longue duree que les habitants ne pourrent pas résister ; Qu'il n'y a pas de vivres et de commodités pour faire subsister une nombreuse colonie. Je réponds à cette objection que les Norvégiens et les Suédois ne meurent point de froid et que de bonnes maisons bien fermées avec de bons poeles, comme en Suède, en Norvège et



(Translation.)

natives with respect and admiration for Christianity. It is fitting that these curés should be of the order of St. Sulpice or of some other community, if the Jesuits will not undertake the work.

15. The Commamlants must be instructed to keep the Crown informed of what, in their opinion, is required for the good and for the increase of the settlements.

16. They should also see to it that solid and commodious houses be built, and that they set the example. Lime can be made in the country, and it is possible to make bricks, tiles and pottery.

These means, and many others known to those who are more experienced than I, are capable of rendering the Labrador settlements very considerable in a short time and without any expense to the King, and to attract there numbers of vessels which will bring all that is required, and take back the products of this country ; fish, oils, whalebone, walrus teeth, skins of seals and caribou, an infinity of fine and valuable furs, eider-down, feathers for beds, and, later on, wood for masts and other kinds of wood, copper, iron and other things. This will maintain a great commerce, will enrich the country and the merchants, and be very useful to the State. Two further objections are offered :

1. It is said that, in Labrador, the cold weather is of such long duration that the colonists would not be able to stand it ; 2. That there are not sufficient food and commodities there to support a large colony. To this objection, I reply that Norwegians and Swedes do not perish from cold at all, and that good houses, well built, with good stoves, such are used in Sweden,

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autres pays septentrionaux sont de bons preservatifs contre le froid. Adjoutez que les Canadiens et Canadiennes dont on se servira pour faire les etablissements du Labrador sont accoutumés aux froids les plus insupportables. 3° On dit qu'il n'y a pas de vivres. Je réponds à celà que le boeuf, le veau, le laitage, le mouton, et la volaille n'y manqueront point, non plus que le poisson frais et le salé, ni les légumes, racines et herbages.
On peut y elever de bons cochons en empêchant qu'ils ne mangent du poisson. Il faut pour celà les tenir enfermés dans le temps de la pêche ou les élever un peu loin des bords de la mer. On peut y saler du boeuf et du cochon et aussi saler ou fumer du caribou. Le pays est très abondant en gibier. Il y a des oiseaux appeles moyacks qui fournissent une infinite d'oeufs bons à manger. Le duvet de ces oiseaux s'appelle édredon. L'orge et l'avoine y viennent à maturité. Tout celà avec le grand commerce des denrées est plus que suffisant pout faire subsister une très nombreuse colonie. Si le froment et le seigle n'y peuvent pas venir à maturité, on aura facilement des farines du Canada, ce qui sera très avantageux au dit Canada. Si on peut y avoir des mouches à miel on y fera de l'hydromel comme en Moscovie et en Pologne où il y a quantite de mouches quoique le pays soit plus septentrional que le Labrador.
La laine des moutons fournira dans la suite de quoi faire des habits. Dès à present on peut faire des habits avec des peaux de moutons comme on le fait en plusieurs pays, et même dans le Médoc et dans les Landes de Bordeaux. On peut aussi y faire des habits de peaux de loup-marins comme les Esquimaux qui en sont habillés très proprement.
Les vaisseaux leur porteront du vin et toutes les autres choses que le pays ne pourra pas fournir et que l'on ne jugera pas à propos de cultiver. En échange



(Translation.)

Norway and other northern countries, are complete protection against it. Add to this that the Canadian men and women, who will form these establishments, are accustomed to the severest cold. 3. It is said that there is no food. To this, I may reply that beef, veal milk-diet, mutton and poultry shall not be wanting, nor fresh and salt fish, nor vegetable and roots.
It is possible to raise excellent pigs, but they must not be allowed to eat fish and during the fishing season, they must be kept at a distance from the sea. Beef and pork, also caribou meat, can be salted and smoked. The country abounds with game, and there are birds called moyacks which furnish an infinity of eggs good to eat. The down from these birds is called eider-down. Oats and barley will come to maturity. All this, with the great commerce in the commodities of the country, is more than sufficient to support a large and numerous colony. If wheat and rye will not come to maturity, they can be imported from Canada, which will be a good thing for Canada. If it is possible to keep bees, one can make hydromel, as in Muscovy and Poland, where quantities of bees are kept although these countries are farther north than Labrador.
The wool from the sheep will furnish the material required to make clothes. Even now, clothes can be made from sheep skins, as is done in several countries, such as in the Landes of Bordeaux. Also, clothes can be made from seal skins like the Esquimaux, who are very neatly clad.
The ships can bring wine and other commodities which the country will not be able to furnish or which it may not be deemed advisable to grow. In exchange, the inhabitants will give fish, oils,

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