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ils sont tous différents ayant de la barbe, étant blancs, bien faits et fort adroits. ils sont habillés très proprement de peaux de loup-marin, ayant des vestes et des culottes ; ils ne se maltraitent point, ils font des canots et des barques dont la construction est admirable ; ils sont bons forgerons, ce qui fait croire qu'ils tirent leur origine des Islandais ou des Norvégiens, ou bien de la colonie que les Danois avaient au Groenland il y a environ 300 ans, laquelle on ne sait ce qu'elle est devenue. Je crois que cette colonie ne recevant ni vesseaux ni secours du Danemark dont elle ne pouvait se passer dans un pays aussi mauvais que le Groenland hasarda de repasser hommes et femmes en Danemark dans de méchantes barques et chaloupes qui, par la tempête et les courants furent jettés sur les côtes du Labrador. Toutes les manières des Esquimaux, le bon air et la propreté de leurs femmes prouvent cette verité. Il y aussi parmi eux selon toutes les apparences des pecheurs basques qui ont fait naufrage sur ses côtes, sans doute que dans leur langue on trouvera des mots des langues des Européens dont ils tirent leur origine. Il est facile de s'en eclairer par le moyen de quelques Basques, Islandais Norvegiens et Danois. Les Esquimaux passent pour être extrêmement sauvages, et inabordables, féroces et cruels. Ils fuient à la vue des Européens parce qu'ils en ont maltraites, parce que l'on tire sur eux et qu'on les tue, et s'ils font du mal aux Européens et s'ils les tuent ce n'est pas par représailles. Je veux croire que dans le commencement qu'ils ont vu des Européens venir sur leurs côtes, ils leur ont pris quelques bagatelles et qu'après leurs larcins ils s'enfuyaient, mais celà ne méritait pas que l'on tirât sur eux et qu'on les tuât.
Les Sieurs Jolliet et Constantin qui ont été chez eux en ont reçut mille amitiés. Mr de Courtemanche qui a eu dix fois des entretiens avec eux m'a dit à Versailles l'an 1715 qu'ils sont bons, doux, civils, gais, caressants, hommes



(Translation.)

beards, are light colored, well made and very adroit. They clothe themselves very decently in seal skins and wear waistcoats and breeches. They make canoes and barques the construction of which is admirable, and are good smiths, which leads one to believe that they take their origin from the Icelanders or Norwegians, although they may have originated from the colony of Danes in Greenland some three hundred years ago, and which has since disappeared. I think that, receiving neither the ships nor the assistance from Denmark so necessary in a land as inhospitable as Greenland was, this colony ventured to return, men and women, to Denmark in poor barques and canoes which, tossed by heavy seas, became stranded on the coast of Labrador. The manners of the Esquimaux, the neat appearance and tidiness of their wives, point to this fact. There is indication of there being amongst them some Basque fishermen who were wrecked on the coasts, and without doubt one will find in their language words of the languages of the Europeans from whom they take their origin. It is easy to throw light upon them by means of Basque, Icelanders, Norwegians and Danes. The Esquimaux are considered extremely savage and intractable, ferocious and cruel ; they flee at the sight of Europeans, and if they attack and kill Europeans it is only by way of reprisal, because they have been maltreated, fired on and had some of their people killed by them. I think that in the beginning of their intercourse with the Europeans on their coast, they stole some trifling articles and then fled, but this did not warrant firing on and killing them.
The Sieurs Jolliet and Constantin, who have visited them, have received a thousand tokens of friendship. M. de Courtemanche, who has had ten interviews with them, told me at Versailles in 1715 that they were kind, mild, civil, gay and warm-hearted men and women, that they danced to

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et femmes, qu'elles dansent pour lui faire honneur. Ils sont fort chastes n'aimant pas la guerre et ont mille bonnes qualities. Ils sont plus timides que sauvages et cruels. Celà fait voir qu'il sera très aisé de les apprivoiser surtout si on en prend efficacement les moyens qui sont :

1° Empecher les sauvages montagnais et les autres sauvages de leur faire la guerre, si les montagnais avaient chez eux un missionnaire jesuite il les empecherait de faire du mal aux Esquimaux.

2° Il faut defendre aux Français pêcheurs et autres, sous des rigoureuses peines, de tirer sur eux et leur faire aucun chagrin.

3° Ordonner aux pêcheurs et aux Français de tâcher de les artirer et de faire toutes sortes d'amitiés et même quelques présents à ceux que l'on pourra joindre.

4° Dans l'échange de leur marchandise et dans le commerce que l'on aura avec eux faire en sorte qu'ils ne soient jamais mécontents et en toute occasion les traiter avec douceux et bonte.

5° Leur donner à manger mais ne leur point donner ou vendre de liqueurs enivrantes.

6° Engager les Jesuites d'entreprendre cette mission d'aller chez eux et de les apprivoiser. Ils en viendront bientôt à bout, ayant un merveilleux talent pour les missions les plus difficiles et pour humaniser les sauvages les plus féroces. Quand on aura lié commerce avec les Esquimaux, on en fera facilement de bons chrétiens. Leur esprit doux, leur aversion pour la guerre, leur amour pour la chasse sont des dispositions admirables pour cela.



(Translation.)

do him honour. They are very chaste, dislike war and have a thousand good qualities. They are more timid than savage or cruel. From this it is very easy to see that there will be no difficulty in civilizing them if the following proper steps are taken :

1. To forbid the Montagnais and other savages to make war on them. If the Montagnais have with them a Jesuit missionary, he could prevent them from interfering with the Esquimaux.

2. It is also necessary to forbid the French fishermen and others, under the severest penalties, to fire at them or to offer them any insult.

3. To order the French and the fishermen to endeavour to win them over by offering friendship and even presents to those who join them.

4. In trading for their merchandise and in all commerce with them, to be sure that they are not discontented and, on all occasions, treat them with kindness and good will.

5. To give them food, but neither to give nor to sell them intoxicating liquors.

6. To engage the Jesuits to undertake this mission of going amongst them and to endeavour to civilize them, for the Jesuits have a great talent for humanizing the most ferocious savages. When commerce has been established with them, it will be easy to make them good Christians. Their gentle spirit, their aversion to war, and their chastity make them easily disposed to conversion.

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C'est surtout la vue que l'on doit avoir en faisant des établissements dans le Labrador, et ce qui attirera les bénédictions non seulement spirituelles mais aussi temporelles sur ceux qui procureront cette gloire à Dieu et à la religion. Les Esquimaux apprivoisés rendront de grands services aux Français par la chasse qu'ils feront dans leur vaste pays et par la pêche, étant fort adroits à l'une at à l'autre. Ils leur apporteront des peaux, des pelleteries, des dents de vaches-marines, de l'huile de poisson, de l'édredon et de la plume pour les lits, y ayant sur leurs côtes une infinité d'oiseaux dont la plume est fort bonne et fort fine.
Ainsi les Esquimaux contribueront à rendre le commerce de Labrador très considérable et très lucratif pour les établissements de ces pays. J'oubliais de dire qu'il faut employer tous les moyens imaginables non seulement pour apprivoiser les Esquimaux mais aussi pour les engager à venir s'établir en villages proche des Français. Il n'est pas nécessaire de faire un détail des avantages qu'eux les Français en retireront. On les conçoit assez. On ne doit rien craindre du voisinage des Esquimaux, parce qu'ils sont doux, point du tout guerriers mais lâches et timides. Ceux qui trouvent tout difficile, qui n'ont pas le courage de faire de grandes entreprises, et qui n'aiment pas que d'autres plus courageux qu'eux les fassent disent :

1° Que le Labrador est un pays froid, stérile, où rien de ce qui est nécessaire à la vie ne peut venir, par conséquent un pays inhabitable et dans lequel il ne faut pas penser de faire des établissements. L'Ecosse, la Suède, la Norvège, la Moscovie, la Sibérie, l'Islande, les Isles de Fairo (Feroe) sont des pays bien plus septentrionaux que le Labrador, et, par conséquent autant ou plus froids que le Labrador. Ces pays sont remplis de lacs et de montagnes autant ou plus que le Labrador. La terre en est elle même aussi stérile que



(Translation.)

It should specially be held in view in making these establishments on the Labrador, that not only spiritual but also temporal blessings will be poured upon those who shall have procured this glory to God and religion. The Esquimaux, if civilized, will render important services to the French through the fishery and by the chase they carry on in their country, they being very adroit both in the one and in the other. They will bring skins, furs, walrus tusks, fish-oils, eider-down, feathers for beds, having on their coast an infinity of birds with fine and very good plumage.
Thus the Esquimaux will contribute to render commerce on the Labrador both large and lucrative for the establishments in these countries. I forgot to say that it is necessary to use every conceivable means to induce them to come and establish themselves in villages near the French, the advantages of which, both for themselves and the French, it is unnecessary to detail, as they can be sufficiently appreciated. Their proximity need not be feared, as they are not warlike but lazy and timid. Those who are always making difficulties and have not have the courage to undertake large enterprises, begrudging others their superiority, say :

1. That the Labrador is a place both cold and sterile, where nothing that is necessary for life can be found and, consequently, is uninhabitable, and no one should dream of colonizing there. Sweden, Norway, Muscovy, Siberia, Iceland, Scotland, the Isles of Fairo (Faroe) are all more northern countries than Labrador and consequently as cold if not colder. These countries are filled with mountains and lakes to the same or to a greater extent than Labrador. The land is as sterile as that of Labrador, and still, were one willing, what is being done, has been done, and what might

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celle du Labrador, et cependant, par la culture elles ont fait, ce qu'elles font encore, ce qu'elles feraient dans le Canada si on le voulait est une preuve incontestable de cette vérité : que les pays froids sont plus favorables aux Français que les pays chauds, que dans les pays froids, ils sont beaucoup forts, plus robustes, plus entreprenants et plus courageux, que dans les pays chauds et qu'en France même. C'est pour cette raison qu'il est plus convenable de se servir pour les établissements dans le Labrador de Canadiens fait au froid et à la fatigue que non pas de Français qui n'y sont pas accoutumés. Pour la même raison il n'y faut pas mener des Françaises mais des Canadiennes.
On dit encore que pour faire des établissements dans le Labrador, il en coûterait beaucoup au Roi qui a des dépenses à faire plus pressées que celles-là. Je réponds que ces établissements peuvent se faire sans qu'il en coûte rien au Roi. Celui que Mr de Courtemanche a fait dans la baie Phelippeaux, n'a rien couté à Sa Majesté. Les autres ne lui coûteront pas davantage. Pour celà il faut engager deux Canadiens sages et entreprenants à aller s'établir : l'un au Petit Nord et l'autre à Kesselaki, comme Mr de Courte-manche l'est à la baie de Phelippeaux. Afin que ces hommes  .  .  .  .  .  .  .  .  .  . est devenu fertile et elle fournit des vivres aux habitants de ces pays qui sont en nombre infini. L'Ecosse, la Suéde, la Norvège, et la Moscovie sont des pays très puissants, rempli de grandes et magnifiques et riches villes toutes plus septentrionales que Kesselaki.

Edinbourg, capitale d'Ecosse est au 56me degré ;
Hambourg, Lubeck et Dants sont au 54me degré quelques minutes ;
Stranslund en Pomeranie au 54me degré ;



(Translation.)

be done, in Canada is an undeniable proof of this fact : that the cold countries are more suitable to the French than the warm climes ; that in cold places, they are more robust, more enterprising and more courageous than in the cold regions and than in France also. For this reason it will be better to have Canadians, accustomed to cold and fatigue, rather than Frenchmen who are unaccustomed, to conduct these establishments at Labrador. For the same reasons, Canadian women should go there rather than French women.
It is also said that, to start establishments in Labrador, would be too expensive for the King who has more pressing claims upon his purse than this outlay. To this I would reply that these establishments can be formed without costing the King anything. What M. de Courtemanche has done at Phelippeaux bay has cost His Majesty nothing. The others will not cost the King any more. It is only necessary to engage two Canadians, wise and enterprising, to undertake the settlements : one at Petit Nord and the other at Kesselaki, as M. de Courtemanche has done at Phelippeaux bay. In order that these men  .  .  .  .  .  .  .  .  .  . has become fertile and capable of supporting their large population. Scotland, Sweden, Norway and Muscovy are very powerful countries, and filled with many large, magnificent and rich cities, all farther north than Kesselaki.

Edinburgh, capital of Scotland is in latitude 56° N. ;
Hamburg, Lubeck and Dantzig are in latitude 54° N. and a few minutes ;
Stranslund, in Pomerania, in lat. 54° N. ;

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Moscou, capitale de Moscovie, au 56me degré ;
Copenhague, capitale de Danemark au 56me degré ;
Rega, en Livonie au 57 degré ;
Revel aussi en Livonie au 59me degré.
Petersbourg, que le Czar rend magnifique, au 60me degré ;
Stockholm, capitale de la Suède, et Upsal au 60me degré.
Bergen, capitale de Norvège au 61me degré
Dronthein, en Norvège au 64me degré
Archangel, la plus riche ville de Moscovie au 64me degré
Evardhus, en Laponie, au 71me degré.

Toutes ces villes qui sont beaucoup plus septentrionales que Kesselaki qui est environ au 42me degré 30 minutes que le Petit Nord qui est au 42me et que la baie Philippeaux qui est au 41me degré, quelques minutes, les villes, dis-je sont toutes capitales de puissants royaumes ou de provinces. Elles sont toutes des plus grandes, des plus peuplées, des plus riches et des plus magnifiques de l'Europe. Faut compter que dans les royaumes et les provinces où elles sont situées, il y a encore une grande quantité de belles villes et un nombre infini de peuples qui par la culture, ont rendu fécondes ces terres septentrionales et par le commerce, ont rendu ces pays glacés très riches.
Qu'est-ce qui empêche que l'on fasse du Labrador un aussi bon pays que ceux lâ que l'on bâtisse des villes, qu'on l'habite et qu'on la cultive comme ceux là.
Celà, dit-on, demande bien du travail et de la patience.



(Translation.)

Moscow, capital of Muscovy, in lat. 56° N. ;
Copenhagen, capital of Denmark, in lat. 56° N. ;
Riga, in Livonia, in lat. 57° N. ;
Revel, also in Livonia, in lat. 59° N. ;
Petersburg, made so magnificent by the Czar, in lat. 60° N. ;
Stockholm, capital of Sweden, and Upsal, in lat. 60° N. ;
Bergen, capital of Norway, in lat. 61° N. ;
Drontheim, in Norway, in lat. 64° N. ;
Archangel, the most opulent city in Muscovy, in lat. 64° N. ;
Evardhus, in Lapland, in lat. 71° N.

All these towns are much farther north than Kesselaki which is somewhere in latitude 42° 30' N.,1 than the Petit Nord, in latitude 42° N. and the bay of Phelippeaux in latitude 41° and a few minutes N., are the capitals of powerful kingdoms or provinces. They are the largest, the most populous, the richest and the most magnificent in Europe. One must also consider that, in the kingdoms or provinces wherein they are situated, there also are a large number of fine towns and an infinity of people who, by cultivation, have rendered these northern lands productive and by commerce have made these cold countries very wealthy. What is there that would prevent making Labrador as good a country as any of these, by the founding of cities, the settlement of the land and the cultivation of its soil.
This, it is said, will require a great deal of industry and perseverance.

1 Clerical error for 52° 30'. see ante.

[1927lab]



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