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sortis des mille Isles. Les vents ayant changé nous avons Soutenu dans le large Le Calme nous a pris qui a duré toute la nuit, ce qui nous a Empesché de pouvoir Entrer dans aucun havre : Le rouli a été fort gros, nous apprehendions de demâter.

16 JUILLET 1743.

Les vents du Nord, Et Nord-Est nous mettant En route nous avons passé trois bayes Le Long des Caps. Les vents de sud, Et de sud-Est nous ont obligé de ranger La terre pour y chercher un havre, Et a la faveur du vent de sud nous Sommes Entrés dans la haye des Meniques et en y Entrant nous avons vû un feu Eloigné. Enfin sur les deux heures de relevée nous avons mouillé à vingt brasses d'eau prés des Isles. Une heure aprés il a paru à la pointe huit Canots Eskimaux qui ont debarqué sur une Isle faisant Leurs cris ordinaires auxquels nous ayons répondu, ce qui est comme Le Signal pour leur marquer qu'ils peuvent venir. Lest dts Eskimaux s'etant rembarqués dans Leurs Canots sont versus a notre bord Les voyant s'approcher nous avons pris Les armes. Ils sont montés à bord et nous ont aporté huit barbes de baleine que j'ay traité avec eux. Une heure apres qu'ils se sont retirés il est venu a bord six autres Canots Eskimaux qui nous ont traité quatre barbes de baleine. Un de ces Eskimaux nous a fait Entendre qu'il etoit Le Capitaine Amargo Et que Le Capitaine Araby Luy avoit fait tirer un Coup de fusil Sur les Loups marins sans doute pour Luy apprendre L'usage des armes, avant de nous quitter il nous a aussy fait Entendre qu'il alloit dormir, Et que le Lendemain il Emmemeroit d'autres Sauvages de sa Nation pour traiter avec nous. J'ay fait donner à ce chef et à sa troupe de la viande cuite qu'ils ont mangé, ils ont bû de L'eau douce qu'on leur a donné ; ce qui detruit La fable de ceux qui disent que ces barbares ne mangent que des viandes crues Et qu'ils boivent L'eau



(Translation.)

the Mille isles. The wind having shifted, we stood out to sea. The calm which set in lasted all night, and prevented us from entering any harbour. The ship rolled heavily, and we feared we would lose our masts.

16 JULY, 1743.

The wind was from the north and north-east and, holding our course, we passed three bays along the capes. The south and south-eastern winds compelled us to sail along the coast seeking a harbour. and, with the assistance of a south wind, we entered the bay of Meniques, and, on entering, we saw a distant tire. Finally, at about two o'clock in the afternoon, we anchored in twenty fathoms of water near the islands. One hour later, eight canoes of Esquimaux appeared at the point. They landed on an island, uttering their usual cries, which we answered, which is equivalent to inviting them to approach. The Esquimaux having re-embarked in their canoes came on board. As we saw them approaching, we armed ourselves. They hoarded us and brought aboard eight whale this which I bartered with them. One hour after their departure. six other canoes of Esquimaux hoarded us, awl they traded four whale fins. One of them gave us to understand that he was Captain Amargo, and that Captain Araby had ordered him to fire a gun shot at a seal to teach him the use of arms. Before leaving us, he also gave us to understand that he was going to sleep and, in the morning would bring its other Indians of his nation to trade with us. I ordered that this chief and his band be given cooked meat, which they ate. They drank fresh water that we gave them. This disproves the story that these barbarians eat only raw meat and drink salt

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salée ce qui paroist impossible de croire. mais ils nous ont refusé du pain, du vin. Et de L'eau de vie dont ils ne connoissent point L'usage Il seroit a souhaiter qu'il en fut de mesme de nos autres Sauvages. Il est a craindre seulement que si cette Coste des Eskimaux est Etablie par un trop grand nombre de françois on ne mette ces barbares dans le goust d'user de boissons, comme on a fait aux autres Sauvages, j'ay remarqué que plusieurs d'entre eux saignoient du nez naturellement Et qu'ils buvoient leur sang, nos gens pretendoient que La pour en etoit la Seule cause, j'ay peine a la croire par ce que ces barbares ne nous ont point paru timides, peut-etre vouloieut ils nous faire Entendre qu'ils desireroient ainsy boire notre sang, c'est pourquoy taut qu'ils out resté a bord nous avons toujours été sur nos gardes.

17 JUILLET 1743.

Les vents contraires nous Empesehant de sortir de La de baye des Meniques Sur les Sept heures du matin il seroit venu a notre bord vingt-quatre Canots d'Eskimaux qui avoient a Leur Suite dix huit Chaloupes, ou il ne nous a paru que des femmes, Et des enfans aver du bagage. Les dtes Chaloupes se seroient tenus un peu au loin n'osant Sans doute aprocher. Les Eskimaux des vingt-quatre Canots apres avoir fait Leurs cris ordinaires ausquels nous aurions repondu En nous tenant sur la deffensive, sont montés à notre bord, ou ils ont traité avec nous Environ un quintal de baleine, trois Canots, des habillemens de Loup-marin, Et quelqu'unes de Leurs armes ; car voila tout le profit que j'ay retité de ma découverte pour Les grosses depenses qu'il m'a fallu faire. Les dts Eskimaux nous voyant appareiller à midy à cause des vents du nord-ouest Seroiemt descendus, dans leurs canots pour s'en retourner à terre Nous n'avons pas plus tôt été sortis de La dte baye que Les vents contraires nous ont contraint de Courir La bordée La reste du jour, Et toute La nuit.



(Translation.)

water, which seemed incredible, but they refused bread, wine and whisky, the use of which was unknown to them. It would be desirable that it be the same with our other Indians. It is only to be feared that, if the Esquimaux coast is settled by too many Frenchmen, the liquor habit will be acquired by these barbarians, as has been the ease with other Indians. I noticed that many of them were bleeding naturally from the nose, were drinking it. Our men pretended that fear was the only cause of it. I doubt it, because these barbarians did not seem frightened. Their intention was perhaps to let us understand that they likewise wished to drink our blood. Therefore, as long as they remained on board, we were on our guard.

17 JULY, 1743.

Contrary winds prevented us front leaving the Bay of Meniques. About seven o'clock in the morning, twenty-four canoes of Esquimaux boarded us, followed by eighteen boats which seemed loaded only with women. children and luggage. The boats kept at a distance, undoubtedly fearing to approach. Having uttered their usual cries, which we answered while keeping on the alert, the Esquimaux of the twenty-four canoes came on board where they traded with us about one quintal (hundredweight) of whalebone, three canoes, seal clothing and some of their weapons. That is the only profit I made during my exploration in return for the heavy expense I incurred. The Esquimaux, seeing that we were setting sail at noon on account of the north-west winds, returned to their canoes and went ashore. We had hardly left the bay when contrary winds compelled us to tack about for the remainder of the day and during the night.

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18 JUILLET 1743.

Les vents du sud, Et de sud-Est qui out duré tout Le jour, Et toute la nuit nous ont fait continuer nos bordées dans Le Large.

19 JUILLET 1743.

Les vents au Sud-ouest nous avons vû Le Cap Charles En faisant nos bordées. Le vent a augmenté, Et la mer est devenue fort agitée. sur les sept heures du soir nous voyant proche de La baye des Chateaux nous avons tiré trois coups de Canon sur Le champ L'on a Envoyé au devant de nous une Chaloupe qui nous a aidé malgré La nuit Et la brume à, Entrer dans le mouillage, à notre arrivée Les pescheurs nous ont dit que depuis notre depart ils avoient eu des brumes Et des pluyes continuelles avec des vents Si impetueux qu'ils nous croyoient perdus sans ressources, Et ce avec d'autant plus de fondement, que Le nommé Araby à Son retour en avoit fait courrir Le bruit Le Long de Coste, Et en avoit porté La nouvelle au Tierpon, Et dans les autres havres du petit nord dés le lendemain de mon arrivée mon premier soin a été de renvoyer au Terpon la goelette qui m'avoit été prestée ou elle a été rendue le 21e Jour Il etoit temps de precipiter mon retour, puisque je n'ay resté que trois jours au dt Lieu de La have des Chateaux, Et que le 24e Juillet je Suis parti pour Quebec à cinq heures du maths sur le mesme batiment qui m'avoit Emmené. Enfin apres une longue, Ennuyeuse et perilleuse navigation Nous sommes Enfin arrivé a Quebec Le 25e aoust jour de St Louis Sur les neuf heures du Soir : Et Le sur Lendemain 27é aoust nous nous sommes tous acquité du Voeu que mous aurions fait clans Le Cours de notre voyage.



(Translation.)

18 JULY, 1743.

The south and south-west winds which blew all day and all night caused us to keep tacking about in the open sea.

19 JULY, 1743.

The wind being from the south-west, we saw cape Charles while tacking about. The wind increased, and the sea became very rough. At about seven o'clock in the evening, seeing we were near baie des Chateaux, we fired three gun shots. They immediately sent us a boat which helped us, in spite of the night and fog, to enter the anchorage. Upon our arrival, the ushermen told us that since our departure they had suffered continuous fog and rain with winds so fierce that they believed we were assuredly lost. What seemed to make it a certainty was that this Araby, on his return, had reported it along the coast and at Tierpon, as well as at other harbours of the Petit Nord. The very day after my arrival, my first care was to send back to Tierpon the schooner I had chartered, where it arrived on the 21st day. As it was necessary to hasten my return, I only remained three days at the baie des Chateaux, and on the 24th of July, I sailed for Quebec at five o'clock in the morning on the same vessel that had carried me thence. At last, after a long, wearisome and perilous voyage, we arrived at Quebec on the 25th of August, day of St. Louis' day, about nine o'clock in the evening. The second day after, on the 27th of August, we fulfilled the vow we had made during our voyage.

p. 3298

REMARQUES.

J'ai a faire remarquer que dans La decouverte que j'ay fait de La baye des Eskimaux aujourd'hui baye St Louis, nous n'avons pû observer Le Long de La Coste ny dans les bayes Les passe-a-Loup-marins, d'autant qu'il etoit trop tard, Et que Le poisson etoit desjà passé pour retourner au Nord. Comme Le Loup-marin est abondant Le Long de cette Coste qui est bordée d'une Infinité d'Isles, Et Ilots, Il est à croire qu'il y a un grand nombre de passes, ou L'on peut faire La pesche sedentaire de ce poisson, mais on ne peut Les désigner autrement que par Conjecture, pour Les conoitre avec certitude il faudroit frequenter cette Coste. Comme Le froid doit Commencer plus tôt a la baye St Louis Et le Long de la Coste des Eskimaux que dans les postes de Labrador. Il est incertain si La pesche d'automne pourra avoir Lieu, Laquelle se fait à Labrador au mois de Decembre jusqu'aux Roys, il paroist bien tard pour la pouvoir faire dans ce mesme tems. toute La ressource sera la pesche du printemps.
Ce qui est a observer pour Le Loup-marin, c'est que ce poisson Se retire du grand Nord au Commencement du froid, et va En cotoyant la terre Le Long de La Coste des Eskimaux, et de celle de Labrador, il passe L'hyver dans le golfe sans remonter Le fleuve St Laurent. Le printemps de L'année suivante au mois de Juin Lorsque les Glaces Sortent du nord, ce poisson se mesle parmy Les glaces, descend Le Long de La Coste, il va jusqu'au detroit d'hudson : mais il est incertain s'il va passer L'Esté dans la baye d'hudson, S'il passe Le detroit de Davis pour aller dans la mer Christiane, ou si il va jusqu'aux terres du nouveau groenland. Ce poisson qui est tres abondant est Environ trois semaines à passer dans chaque Endroit, ce qui fait une pesehe Successive d'un poste à un autre.



(Translation.)

REMARKS.

I must remark that, during the exploration I made of Esquintaux bay—now St. Louis bay—we were unable to discover the seal-passes either along the coast or in the bays, as it was too late: the seals had already passed on their return to the north. As seals are numerous along this coast which is bordered with innumerous islands and islets, it is believed that there are a great number of passes where sedentary seal fisheries may be established, but they cannot be indicated other than by conjecture. To determine them with certainty would require repeated visits to this coast. As the winter must set in earlier at St. Louis and along the Coste des Esquimaux than in the posts of Labrador, it is uncertain whether the fall fishery could be made, which takes place at Labrador in the month of December until the Twelfth Day. It seems as if it would be very late if made at the same time. The only resource will he the spring-fishery.
What has been observed respecting the seal is that it leaves the Grand Nord when the cold weather sets in, and follows the shore along the Esquimaux coast and the coast of Labrador. In the spring of the year following, it takes to the ice, which is carried along the coast [by the Arctic current], and proceeds to Hudson strait, but it is uncertain whether it remains in Hudson bay during the summer, or whether it passes Davis strait to go into “ la mer Christiane ” or goes to the shores of New Greenland. This fish, which is very abundant, takes about three weeks to pass each place, and that permits a successful fishery in one post after another.

p. 3299

La Carte qui est jointe à la presente relation est une Carte dressée Sur les observations de nos deux Pilotes Costiers, mais j'Espere dans la Suite En donner une plus exacte ou les degrés de Latitude seront observés, afin de Servir aux vaisseaux Du Long cours qui cherchent des havres ; Et si tost que je seray Etabli En la dt baye St Louis, cela me mettra En Etat de decouvrir plus facilement Le reste de La Coste du Nord jusqu'au detroit d'hudson.
Le grand nombre d'Eskimaux que nous avons trouvé dans la baye des Meniques donnent lieu de croire qu'ils y Etaient comme en rendez-vous, d'où ils se disposoient d'aller faire Leur pillage Le Long de La Coste de Labrador, ils attendoient que les pescheurs fussent partis, or s'ils se faisoit des Etablissemens pour la pesche sedentaire du Loup-marin dans les bayes et Isles qui sont Le Long de la coste des Eskimaux on empescheroit Leurs brigandages, car ces barbares ne trouvant de havre pour se refugier, Et pour y estre en Sureté, S'Eloigneroient de plus en plus, Et n'oseroient aprocher du detroit de Bel Isle, ce qui mettroit Les pescheurs, Et toute La Coste ensureté. autrefois Les Eskimaux montoient jusqu'a Mingan, mais Les Etablissents qui se sont fait Le Long de La Coste Les ont obligé de s'Eloigner, il en seroit de mesme. ces barbares sont agiles Et habiles a maneuvrer dans Leurs Chaloupes, Les femmes comme Les hommes. Ce sont d'insignes voleurs Et des piratessa redouter Le Long de la Coste plusieurs fois en s'aprochant de nous pour nous donner des marques d'amitié ils ont par subtilité mis les mains dans nos poches pour nous voler. nos françois qui les ont surpris en flagrant delit ne Leur out point épargné la bastonade, ny Les coups de poing pour leur faire rendre ce qu'ils avoient volé, jusqu'aux ustensiles de navires qu'ils vouloient emporter. toute Leur ruse de guerre est de prendre par Surprise ou d'attaquer Lorsqu'ils se sentent les plus forts. ainsy connu on n'est pas toujours sur ses



(Translation.)

The chart attached to this narrative is based upon the observations of our two coast pilots, but I hope, later on, to give a more correct one on which the degrees of latitude will be indicated, that it may be useful to other sea-going vessels looking for harbours. As soon as I am established in St. Louis bay, it will facilitate my exploration of the remainder of the Coste du Nord to Hudson strait.
The great number of Esquimaux we found in the bay of Meniques induce me to believe that they were there as at a meeting place, from whence they intended to go plundering along the coast of Labrador. They waited for the departure of the fishermen. So, if sedentary seal-fishing establishments were erected in the bays and islands along the Esquimaux coast they would prevent their brigandages, because these barbarians, finding no harbour in which they could take cover, and be in safety, would move farther and farther away, and would not dare come near Belleisle strait. This would assure the safety of the fishermen and of all the coast. Formerly, the Esquimaux ascended to Mingan, but the establishments made along the coast compelled them to move away. Here, the result would he the same. These barbarians are quick and skilful in the handling of their boats, the woman as well as the men. They are notorious plunderers and are pirates to be feared. Along the coast, many times, as they approached us to express their signs of friendship, they cleverly put their hands in our pockets to rob us. Having caught them red-handed, our Frenchmen did not spare them the club nor the fist to make them return what they had stolen. They would even

[1927lab]




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