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No. 1211.

MISSIONS DU LABRADOR.


FATHER ARNAUD, O.M.I., TO HIS SUPERIOR.

Rivière des Naskapis, 6 Août, 1871.

Mon Révérend Père,
Me voici arrivé au fond de la baie des Esquimaux, à l'embouchure de la rivière Nord-Ouest, que l'on appelle aussi la rivière des Naskapis. Avant de vous entretenir de cet endroit, laissez-moi vous raconter les divers incidents de mon voyage. Après avoir quitté les Betsiamits, ma première visite fut à Mingan. Cette mission qui comptait autrefois 120 families [sic] a beaucoup diminué. Un grand nombre de families [sic] se sont dirigées vers la baie des Esquimaux. Je me suis recontre à Mingan avec M. Perron, délégué de Mgr. l'Evêque de Rimouski, qui a donné la confirmation à 70 de mes sauvages, dont il paraît très content. Ne sachant encore quel parti prendre pour rencontrer les Naskapis, que le R.P. Babel a trouvés, une fois, sur leurs terres, et qu'ensuite il n'a plus retrouvés deux ans de suite, je pris les informations nécessaires pour le succès de cette mission. L'on croit absolument inutile de songer à former une mission à Sandy Lake; et une bonne raison de penser que c'est la vérité, c'est que la Compagnie a abandonné Winnekapau et Peterskapau, parcequ'il était trop difficile d'approvisionner ces postes. Elle a ramené les sauvages à la baie des Esquimaux, où la pêche et la chasse sont plus abondantes.
De Mingan, je me suis rendu à St. Augustin en berge avec les sauvages. Le trajet peut être de 100 lieues. J'ai pu voir tous les sauvages qui étaient restés sur la côte. En passant à Natashkouan, j'ai fait faire la mission à un certain nombre de Montagnais.
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De St. Augustin, je suis parti avec le vapeur de la compagnie qui alla me déposer à Rigolet, poste suitée a 20 lieux dans la baie des Esquimaux.
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Et au milieu de ces affreux déserts, il y a de distance en distance des habitants, que l'on nomme planteurs : ils sont fixés sur cette côte affreuse pour s'occuper de chasse et de pèche. C'est là que viennent s'approvisionner tous les grands commerçants de poisson. Il y a plusieurs de ces établissements dans la Baie des Esquimaux. Cette baie est immensément profonde et très-large à l'entrée; elle va se retrécissant jusqu'à Rigolet: ensuite elle s'élargit de

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nouveau et forme une petite mer intérieure, jusqu'à l'endroit ou elle reçoit la décharge de la grande rivière de Naskapis. A Rigolet, j'ai trouvé quelques familles Esquimaues: elles ne montent jamais plus avant dans le baie, car elles ne sympathisent pas avec nos montagnais, lesquels viennent traiter ici, au petit fort qui se trouve au fond de la baie; les Naskapis y viennent également. En voyant ces pauvres esquimaux j'ai senti en moi le plus vif désir d'aller les voir chez eux. c'est-à-dire à Hungava, Nackvak, Lampson, à l'extrémité nord du Labrador. . . . J'ai recontré ici plusieurs vieilles connaissances, qui me prêteront volontiers tout leur concours pour me faciliter un voyage par terre, jusqu'à Hungava. A ma grande satisfaction, j'ai retrouvé ici des amis de Betsiamits: Mr. Mathieu Fortescue, en charge du poste de Rigolet, et Mr. Cummins, qui m'ont accablé de politesse. Je puis compter sur eux; aussi je fais déjà mes plans pour l'année prochaine. De Rigolet au fort des Naskapis, il doit y avoir de 20 à 30 lieues. Je fis ce trajet en canot conduit par deux sauvages.
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Le poste de la rivière des Naskapis est dans un site magnifique, et le Vapeur de la Compagnie mouille juste devant le fort. C'est un poste central; il est à 48 lieues dans les terres, car la baie s'avance jusqu'à 50 lieues en gagnant le nord-ouest, de manière que nous défaisons notre chemin pour regagner St. Augustin, qui se trouve n'être séparé de la baie des Esquimaux que par une langue de terre de 60 à 70 lieues.
J'ai trouvé en cet endroit des Montagnais et des Naskapis; malheureusement ils n'étaient pas au complet. Je crois néanmoins cette place centrale pour les y attirer chaque année en grand nombre. L'on s'y rendrait de Sandy lake, de Peterskapau, et de Winnekapau. A mes yeux il ne s'agit que de les encourager et de régulariser la mission.
Sur la demande que je lui en fis, M. Connolly, me promit de faire construire une chapelle cet hiver. Je suis donc assuré de trouver ici tout le concours désirable pour la mission ; la Compagnie a tout intérêt à me prêter don appui, et j'espère qu'il ne nous fera pas défaut. M. Connolly m'engage fortement à faire le voyage de Hungava, soit dans l'intérêt des âmes, soit dans l'intérêt de la Compagnie. Je serais donc le plus heureux des hommes, si vous vouliez me charger de cette expédition; je ne crains ni la fatigue, ni les privations; je compte sur le bon Dieu, qui n'abandonne jamais ses missionaires.
Me recommandent à vos ferventes prières, je demeure, mon Rév. Père, etc.
CHS. ARNAUD, O.M.I.

“MISSIONS: DIOCÈSE DE, QUÉBEC,” Vol. VI, 1870-1877 (Rapport sur les Missions du Diocése de Québec, No. 20, pp. 34-40).

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