The Labrador Boundary


Privy Council Documents


Volume VI
Contents




[April, 1859.]

p.149.
[27 Oct., 1866.]

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C


No. 1207.

REPORT TO FATHER ARNAUD ON HIS MISSION TO THE NASKAPIS.


RAPPORT SUR LES MISSIONS DU DIOCESE DE QUEBEC,
Avril, 1859. No. 13.

A Mgr. l'Administrateur de l'Archidiocèse de Québec.

Après avoir reçu vos paternelles instructions concernant la mission des Naskapis encore infidèles, dont vous me chargiez, et surtout fortifié par ce zèle que vos paroles faisaient pénétrer dans mon coeur, je me dirigeai plein de joie vers les Sept-Iles, qui devaient être mon lieu de départ et où je devais compléter tous mes préparatifs de voyage. Mon esprit se portait habituellement vers ces endroits sauvages où j'étais envoyé; la pensée que mon evêque, que des pères et des frères chéris et tant d'âmes pieuses qui s'intéressent à la conversion des infidèles prient pour moi, me remplissait de courage et de confiance.
****
Je mis pied à terre aux Betshiamits pour faire construire mon canot; dans les postes plus éloignés on ne trouve que difficilement de l'écorce propre à cet usage. C'était juste le temps où les sauvages descendaient des terres ; un grand nombre d'entr'eux n'avait pas revu la mer depuis la dernière mission, ils avaient passé l'année entière dans les forêts. La joie était peinte sur tous les visages : c'étaient des parents, des amis qui se revoyaient après une assez longue absence. Pour plusieurs elle avait été remplie de dangers; les uns étaient rayonnants de santé, d'autres paraissaient dans un état moins prospère et enfin quelques uns portaient les empreintes de la misère et de la faim; mais tous paraissaient heureux de/se revoir. Leur première visite était pour leur humble chapelle, ils allaient remercier le Seigneur par l'intermédiaire de Marie, de les avoir ramenés encore une fois sains et saufs : bref, toutes leurs peines étaient oubliées, car ils venaient d'entonner le cantique d'action de grâces.
Je quittai cette intéressante mission en leur recommandant l'oeuvre que Votre Grandeur m'avait confiée, et ils promirent le secours de leurs prières pour une entreprise si belle : “Nous sommes heureux, me disaient les uns, de ce que tu vas instruire nos frères les Naskapis, qui ignorent encore la sainte prière ; comme ils seront heureux, de voir la robe noire, eux qui la désirent depuis si longtemps! tous les jours nous penserons à toi et aux infidèles; que le bon Dieu bénisse tes pas! D'autres vieux cerfs des forêts, accoutumés

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à parcourir de longues distances et qui devinent du regard toutes les sinuosités du terrein et des rivières, ne me rassuraient guère sur les difficultés du chemin. “ Père, me dit l'un deux, juste au moment du depart: tu ne seras jamais capable de faire ce voyage dans un été. Notre père le Grand Priant aura été trompé sur la distance que tu as à parcourir; les sauvages des terres; vu le désir ardent qu'ils ont de voir la robe noire, auront exagéré beaucoup en diminuant la distance qu'il y a pour se rendre jusqu'à leur poste. Tu n'arriveras pas à Petshikupau avant Noël ; je te donne ces renseignements pour que tu te précautionnes afin de ne pas trop souffrir dans ton voyage; en quittant la mer tu te rendras à Ashuanipi, qui est à un mois de marche des Sept-Iles; ce lac est à moitié chemin des Sept-Iles à Petshikupau. Arrivé là au commencement d'Aoùt, tu seras obligé de te remettre entièrement à la discrétion des Naskapis pour le reste du trajet, car aucun de nous n'a été à Petshikupau ; c'est le temps où ils sont occupés à faire des amas de poissons et je crains que tu n'en trouves pas un pour t'accompagner dans la route ; ils savent qu'au poste, ils ne reçoivent point de nourriture et aucun ne voudra se mettre en chemin avant d'assurer à sa famille le moyen de vivre en son absence. Les lacs de l'autre côté de la hauteur des terres prennent en glaces dès le mois de décembre; le canot est mis alors de côté, il faut attendre que la neige soit bonne pour la raquette ; que feras-tu pendant tout ce temps? Tu mangeras tes provisions, et tu seras ensuite obligé d'errer d'un côté et d'autre avec les sauvages pour gagner ta vie ; peut-etre tu n'arriveras au poste que dans l'hiver très-avancé. Père, crois à ma parole, je connais aussi les lieux puisque c'est là que j'ai été élevé.” Ces paroles dites avec l'accent de la persuasion étaient loin de m'animer. “ N'importe je voyagerai, lui repondis-je ; je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour correspondre aux voeux de notre père le Grand Priant ; si je ne puis pas me rendre tout-à-fait où je suis envoyé, je tâcherai d'instruire sur ma route ceux que je rencontrerai; puis lorsque je ne pourrai aller plus loin, je retournerai sur mes pas.”
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Aux Sept-Iles je rencontrai trois autres familles descendues des terres, qui quoique éprouvées par la faim n'avaient pas été reduites à ces fâcheuses extrémités.
Le jour de la St. Pierre onze canots descendaient, armes et bagages, de la rivière Moisy; huit hommes formaient le parti de Dominique, chef des Sept-Iles, et trois celui de Marc, chef des Naskapis. Ils s'étaient donné rendez-vous sur les bords du lac Ashuanipi, et venaient en caravanes (flottille de canots) apporter le produit de leur chasse et assister à la mission. La chasse ayant été peu abondante, les deux chefs et leurs gens ne paraissaient pas beaucoup embarrassés de leurs pelleteries; plusieurs avaient allégé leurs paquets en mangeant les peaux de castor afin de s'empêcher de mourir de faim.
Monseigneur, vous connaissez déjà le costume et les moeurs de nos Montagnais; permettez-moi de vous faire en deux mots le portrait de nos pauvres Naskapis, qui se trouvent à la mer. Ils sont sept hommes, une femme,

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deux filles et un garçon ; ils ont laissé leurs familles sur les bords du lac Ashuanipi avec quelques autres sauvages ; ils ne les ont point amenées avec eux afin de faire le voyage avec plus de célérité. Ils sont tous grands, assez bien faits, paraissent souples et alertes, à l'exception de leur chef que l'âge commence à appesantir. Les uns portent une longue chevelure, qui leur tombe négligemment sur les épaules et au milieu du dos. D'autres se sont coupé les cheveux, mais d'une manière bien irrégulière, et paraissent avoir mis leur petite vanité à se laisser de longues mèches de cheveux, qui leur cachent la vue. Un autre, sans doute plus original, ayant trouvé que ma tonsure produisait un bon effet à ses yeux, s'en est fait faire une semblable à la mienne et se promène la tete nue, semblant prendre plaisir à faire admirer sa couronne. Quand ils sont arrivés, leur mise répondait à leur personne; une peau de caribou agraffée sur la poitrine cachait tant bien que mal les épaules et les reins; un brayer, des mitasses et des souliers de caribou composaient toute leur toilette. A la mer, ils ont reçu en présent chacun une chemise, un capot et un pantalon, qu'ils ont aussitôt revêtus sans quitter les vêtements qu'ils avaient déjà. Ils se dédommagent amplement de la privation où ils avaient été en en achetant de nouveaux; en les essayant, s'ils trouvent que le vêtement leur va, ils le gardent et ne le quittent point. Ici on en voit qui se promènent avec deux ou trois pantalons; un pauvre malheureux est boutonné jusqu'au menton dans deux gros capots d'hiver; le chef, qui a ordinairement trois chemises, a passé toute la journée de Dimanche avec cinq, les unes par-dessus les autres. Va sans dire qu'ils transpirent par la chaleur qu'il fait, comme s'ils étaient sous un étouffoir ; mais ils tiennent bon.
Après les premiers moments passés à se donner et demander des nouvelles, je réunis tous les hommes pour leur exposer les désirs de Votre Grandeur, et priai en meme temps les chefs de choisir eux-mêmes les guides et les hommes qui de vaient m'accompagner, afin de pouvoir fixer le jour du départ et terminer les préparatifs.
“ Notre Pere, le Grand Chef de la prière, m'envoie visiter les enfants de Petshikupau qui ne connaissent pas encore la Ste prière ; il veut qu'après avoir visité ce poste je me dirige vers la Baie des Esquimaux (tshe shats heu ou Gros Homard), pour retourner cet automne à Québec avec la goëlette de la compagnie de la Baie d'Hudson.”
“ Père, me dit Dominique, nous serions heureux de retourner aussitôt avec toi, de t'accompagner, afin de prouver à notre père le Grand Priant que nous aimons et respectons sa parole; mais aucun de nous ne pourra te conduire jusqu'à Petshikupau dans l'intérieur des terres, parce qu'il ne pourrait pas revenir cet automne de ce voyage ; on serait obligé de laisser pour trop longtemps les femmes et les enfants. Le poste où tu veux te rendre est à deux mois de marche de la mer. Nous mettrions un mois pour nous rendre au lac Ashuanipi; on y arriverait au commencement du mois d'août. Ce lac est à moitié chemin entre les Sept-Iles et Petshikupau ; de Ashuanipi à Petshikupau on mettrait encore un mois à faire le trajet; on arriverait au poste vers le commencement de l'hiver. Ces lacs gelant, la navigation pour les canots est fermée, et pour y revenir il nous faudrait prendre les

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raquettes, et faire ensuite à pied tout le trajet qu'on a parcouru en canots. J'ignore la distance de Petshikupau à la Baie des Esquimaux ; les Naskapis présents te donneront là-dessus des renseignements justes et précis.” Le vieux Marc, chef des Naskapis, parla comme les sauvages des Sept-Iles, sur la distance à parcourir et les difficultés à surmonter ; il s'offrait bien à me conduire jusqu'au lac Ashuanipi, où il se propose de passer une partie de l'hiver, parce que ses eaux lui offrent une ressource certaine. Si les caribous viennent à faire défaut, il trouvera sous la glace du lac des poissons nécessaires pour le sustenter, lui et sa famille. Mais il ne voulut point entendre parler d'aller plus loin. “ Père, me dit-il, je n'irai point â Petshikupau, parce que je n'y trouverais rien pour vivre ; on peut mourir aux portes du poste sans recevoir le moindre secours. Le commis ne reçoit dans son poste que des objets pour échanger avec la pelleterie, mais il n'a des vivres, des provisions que tout juste ce qu'il lui en faut pour lui-même. Souvent il a, eu besoin d'avoir recours aux sauvages, pour s'empêcher de mourir de faim, et lorsque quelqu'un d'entre nous se trouve sans vivres, il n'est pas assuré en gagnant le poste de recevoir une bouchée; il mourra sans secours, parce que le gardien se trouve aussi dépourvu que lui.
“ Père, j'ai abandonné ces lieux, car depuis longtemps les commis m'ont toujours trompé, ils nous faisaient toujours espérer que la robe noire viendrait nous apprendre la Saint Prière. Nous l'attendions chaque printemps, nous avons vieilli, nos enfants sont devenus grands et nous ne savons pas encore prier, ni chanter la Sainte Prière. J'ai dit à mes enfants ; nous ne retournerons plus à ce lieu, nous descendrons vers la mer où chaque année nous verrons la robe noire.
“Pere, écoute encore mon conseil : suppose qu'on pût même te mener à Petshikupau, tu ne pourrais pas te rendre cet hiver jusqu'à la Baie des Esquimaux, car tu trouverais le poste désert ; tous les sauvages sont alors dispersés dans le bois. Le commis se trouve seul avec un ou deux hommes, quelques fois davantage, mais ces derniers chaque automne prennent aussi ; leurs quartiers d'hiver dans différentes places pour dresser des attrapes aux martes, renards, etc. Tu serais alors contraint de passer l'hiver dans le poste à moins que le commis ne se charge lui-même de t'emmener à la Baie. Père, écoute encore un conseil : ton voyage serait bien plus certain et moins pénible, si tu te dirigeais d'abord à la Baie des Esquimaux, et remontais ensuite la Grande Rivière ; le trajet est moins long et plus facile, en moins de quinze jours tu te rendrais à Petshikupau, tu pourrais visiter ceux de nos frères qui sont sur les bords du détroit, où de nouveaux marchands viennent d'établir des comptoirs. Les sauvages attirés par la nouveauté s'y rendent de bien loin, j'ai visité ces lieux il y a à peine quatre ans. Robe Noire, montre à notre Grand Père, le chef de la prière, le chemin qu'on vient de te tracer sur le papier, il jugera de la distance ; tu lui expliqueras notre parole, tu lui diras combien nous sommes contents de savoir qu'il pense à notre pauvre nation.”
Monseigneur, après avoir entendu tous ces sauvages, et pesé leurs raisons, je ne savais comment me décider : je connaissais le désir que vous avez de

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faire instruire cette pauvre nation, la seule de votre immense Diocèse qui n'a pas encore été éclairée du flambeau de la foi. Je fis de nouveaux efforts, auprès des anciens et des jeunes gens, forts et courageux, qui aiment ordinairement ces voyages lointains ; mêmes objections et mêmes refus. Je dus dès lors renoncer, non sans peine à ce projet, que vous aviez tant à coeur, Mgr, et que vous désiriez si ardemment de voir réussir. Ne pouvant suivre ces sauvages dans le bois, je m'occupais à les instruire pendant les quelques jours qu'ils passèrent à la mer. Ceux qui étaient descendus pour la première fois étaient ravis de ce qu'ils voyaient et entendaient ; ils assistèrent avec une modestie angélique à la sainte messe, que je disais sous la tente, et aux autres exercices. Ils promirent tous de revenir le printemps prochain avec leurs femmes et leurs enfants, afin de se faire instruire et de recevoir le baptême, car plusieurs d'entre ceux qui étaient présents sont encore infidèles.
Après avoir passé huit jours ensemble à la Riviere Moisy, on se dit adieu ; ils reprirent le chemin du bois, contents de ce qu'ils avaient vu et entendu.
*            *             *             *
J'ai l'honneur d'être etc., etc.,
ARNAUD, Ptre.
O.M.I.



No. 1208
C

FATHER BABEL TO THE PROVINCIAL OF CANADA.


RAPPORTS DE L'ASSOCIATION DE LA PROPAGATION DE LA FOI, MONTREAL. 3. 1869-1870.

Betsiamits, 27 Octobre 1866.
Révérend Et Bien Cher Père.
Me voilà enfin de retour de ma longue et pénible excursion dans l'intérieur des terres. Devant, comme vous le savez, me trouver à Mingan, au commencement de juin, d'après les ordres laissés par M. Smith, je saisis la prochaine occasion de gagner ce poste qui se présentât à moi. Ce fut le 30 avril que je quittai Québec, en compagnie du P. Arnaud, pour me rendre à Mingan, à bord de la goëlette du capitaine Turgeon. . . . Après avoir touché à Tadoussac, aux Escoumins, au Sault-du-Cochon, à Betsiamits, à Godboud, à la Trinité, la Pointe-des-Monts, les Sept-Iles, elle arriva heureusement à Mingan, et m'y laissa avec le P. Nédelec, mon compagnon de route. Je trouvai à Mingan M. Dorey, commis du poste de Natashkwaw, qui gardait celui de Mingan en l'absence de M. Peter Mackenzie, récemment parti en goëlette afin d'acheter des pelleteries sur les côtes du Labrador. Je demandai

[1927lab]



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