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No. 1202.

FATHER DUROCHER, O.M.I., TO FATHER SANTONI, SUPERIOR AT MONTREAL.
SANTONI DE LA MÊME SOCIÉTÉ, SUPÉRIEUR A MONTREAL.

MISSIONS DU DIOCESE DE QUÉBEC.
          No. 11.
Escoumains, 15 décembre 1853.
Mon Révérend Père,
Je profite avec bonheur d'un moment de loisir, que me laissent mes nombreuses et pressantes occupations, pour vour donner quelques détails touchant nos courses de cette année chez les Montagnais qui occupent la rive nord du Saint-Laurent, sur un littoral de quatre cent-cinquante lieues environ.
Je descendis, le printemps dernier, accompagné de deux charpentiers qui devaient construire, à l'entrée du Labrador, une chapelle pour la desserte de nos Montagnais de Maskuaro, et des pècheurs [sic] établis sur la côte.
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Itamamiou, ou rivière branchue, me présentant les avantages que je désirais, attira mon choix.
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Pendant mes excursions sur la côte du Labrador, je recontrai quelques familles de Montagnais qui, à cause de la maladie dont ils étaient atteints, ne pouvaient se rendre à Mingan lieu destiné pour la visite épiscopale.
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Le temps de me rendre à Mingan était arrivé, et je m'en trouvais à 75 lieues, sans embarcation pour m'y transporter: la divine providence vint à mon aide, et m'envoya le Doris, steamer du gouvernement en croisière sur la côte, qui me fournit la plus belle occasion possible. Les capitaines Fortin et Talbot me reçurent avec la plus grande politesse, me traitèrent avec la plus franche cordialité, et me firent débarquer à Mingan. J'y étais impatiemment attendu par nos chers néophytes, et par un grand nombre d'Indiens venus de la Baie des Esquimaux. Permettez-moi, ici, mon révérend père, de vous entretenir un moment de ces derniers, pour vous les faire un peu connaître, à la confusion de bien des chrétiens civilisés. Il y avait près de deux ans que ces pauvres sauvages avaient laissé leur pays pour venir se faire instruire de notre sainte religion. La plupart d'entr'eux étaient encore

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infidèles; mais aucun, même de ceux qui étaient chrétiens, n'avait vu de robes-noires. Arrivés à l'un de nos postes, l'année précédente, après la clôture de la mission et le départ des missionnaires, ils ne perdirent pas courage, et résolurent, pour ne pas éprouver le même désappointement l'année suivante, de passer l'hiver à la chasse sur les terres des Montagnais.
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Il y a environ quatre ans, un de nos Indiens de Maskuaro, touché de l'état malheureux de quelques-uns de ses proches, qui vivaient dans l'infidélité au milieu de ces contrées lointaines, se sentit poussé à faire le voyage de la Baie des Esquimaux, dans l'espoir de les amener à nos réductions; c'était un voyage d'environ trois cents lieues. Il s'ouvrit à moi de son dessein: je l'approuvai, lui donnai quelques objets de piété, l'assurant que nous ne cesserions de nous souvenir de lui au saint autel, afin qu'il réussit dans sa pieuse entreprise. Je le chargeai de dire aux sauvages de cette baie qu'il était impossible aux missionnaires d'étendre leurs courses jusque dans ces lieux reculés: mais que pouvant venir à nos missions ils s'exposaient à un malheur éternel, s'ils faisaient la sourde oreille à nos invitations; et que d'ailleurs nous les recevrions avec la plus grande bonté, qu'elle qu'eut étéé auparavant la grandeur de leurs désordres. Muni de ces instructions, notre cher Ishita partit avec toute sa famille, animée du même zèle que lui. Il se rendit en effet à la Baie des Esquimaux, et revint le printemps suivant avec quelques-uns de ses proches, qui n'hesitèrent pas à faire ces trois cents lieues pour venir entendre la parole du salut. Quelle lecon pour tant de chrétiens qui craignent de faire trois cents pas pour le même objet! Les commerçants de pelleterie s'opposèrent, il est vrai, autant qu'ils purent à l'émigration des autres Indiens, les assurant que les missionnaires se rendraient certainement à la baie, sur leur invitation. Mais pressés qu'ils étaient de répondre à la grâce, ils ne tinrent nul compte de cette opposition. Dejà précédemment quelques-uns des membres de l'honorable compagnie de la Baie d'Hudson nous avaient fortement engagés à entreprendre ce voyage, nous promettant que le gouvernement de leur compagnie nous accorderait volontiers, tous les ans, un passage sur leur vaisseau qui part de Québec au mois d'aôut pour revenir en novembre. Comme vous le savez, mon révérend père, cette partie du Labrador ne fait point partie du diocèse de Québec. Monseigneur l'Archeveque, cependant, ayant été mis au courant de ces propositions et ne pouvant y donner suite alors, nous ne punies, malgré notre désir, nous rendre à l'invitation qui nous était faite; mais nous conservâmes toujours l'espérance d'attirer ces Indiens à quelqu'une de nos réductions. Vous le voyez, l'événement est venu réaliser nos espérances; et il ne reste plus à la baie qu'un petit nombre d'infidèles, qui finiront par suivre l'exemple du reste de la tribu.
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Le révérend père Babel devant partir pour faire la mission du Lac Saint Jean, et accompagner sa Grandeur Monseigneur de Tloa dans la visite des différents postes jusqu'à Mingan, je me trouvai seul pour disposer les néophytes et les catéchumènes à la visite épiscopale.
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Le 20 juillet, M. Comeau, de retour de la rivière Saint-Jean, à 6 lieues de Mingan, nous annonca qu'il avait aperçu à quelque distance de l'embouchure de cette rivière un petit navire bien pavoisé, et qu'il avait tout lieu de croire que Mgr de Tloa était à bord.
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Le lendemain, Monseigneur fit son entrée solennelle.
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Les catéchumènes de la Baie des Esquimaux, qui n'avaient jamais vu aucune de nos grandes solennités, étaient tout émerveillés, et nos chrétiens, qui voyaient pour la première fois un Evêque, mitre en tête, la crosse à la main, et revêtu d'une étole magnifique, le suivaient du coin de l'oeil, veillant bien cependant à ne pas laisser paraître leur étonnement; en agir autrement c'eut été trahir le flegme national.
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Monseigneur de Tloa voulut également donner une audience particulière à nos Indiens de la Baie des Esquimaux.
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F. DUROCHER, O.M.I.




No. 1203.
C

FATHER DUROCHER, O.M.I., TO FATHER SANTONI.

MISSIONS DU DIOCESE DE QUEBEC, No. 11.
Escoumains, 31 décembre 1853.
Mon Reverend Pere,
Les exercices de la visite épiscopale aux Ilots de Jérémie viennent; d'être terminés; près de cent familles les ont suivis avec beaucoup d'assiduité;
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Nos chers Indiens des Ilots avaient préparé avec goût des arcs de triomphe sur le chemin, depuis le débarcadère jusqu'à l'église. James Anderson, ecr., un des membres les plus distingués de la compagnie de la Baie d'Hudson, avait mis toute sa maison à la disposition de Mgr de Tloa. On remarquait, à la cérémonie d'entrée, quelques familles de la tribu indienne des Nascapis; mais ils se tenaient à l'écart, observant cependant tout avec un vif intéret. Ces pauvres gens n'osaient se mêler à la foule, parce qui sachant bien, par

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les instructions qu'ils avaient reçues de quelques'uns de nos meilleurs chrétiens, qu'il fallait renoncer à certaines pratiques superstitieuses et idolatriques fort en usage dans leur tribu, comme le respect religieux qu'ils ont pour les ossements de certaines bêtes fauves, etc., ils ne les avaient point encore abandonnées.
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et me separant d'eux je les confiai à notre cher père Arnaud, en leur disant que ce bon père allait les suivre jusque dans leurs forêts les plus reculées. Il m'est impossible de vous dire, avec quel transport de joie, ces hommes reçurent l'annonce que le courageux missionnaire allait monter avec eux, et pousser ses courses évangéliques jusqu'au lieu de réunion de leur tribu.
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Tous nos sauvages ont reçu cette nouvelle avec allégresse. Les Nascapis aussi vont donc enfin être instruits de la prière.
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Mgr Baillargeon consulté sur cette mission du père Arnaud en eut l'âme inondée de joie. Il se chargea de vous en faire connaître de vive voix toutes les particularités. Au milieu de cette joie commune, la visite épiscopale des Ilots s'est faite avec un véritable enthousiasme. Nos Indiens ont saisi cette occasion pour demander à Sa Grandeur, Mgr de Tloa, l'autorisation de construire une église sur le terrein que le gouvernement leur réserve dans la Baie de Betsemites. Depuis longtemps le besoin d'une église plus spacieuse se fesait sentir ici; celle de Jérémie ne peut contenir au delà de la moitié de nos Indiens, tous réunis au temps de la mission. L'autorisation donnés, le R. P. Babel accompagné des chefs fit sur le champ au milieu de nos sauvages une collecte, qui se monta a £50.
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F. DUROCHER, O.M.I.

[1927lab]


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