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No. 1192.

SAGNUENAY MISSION.

RAPPORT SUR LES MISSIONS DU DIOCÈSE DE QUÉBEC, Mars, 1851,
No. 9.
Baie des Ha! Ha!    30 septembre 1850.
Monseigneur,
Tout en remplissant un devoir, je satisferai en même temps à un besoin de mon coeur, en entretenant Votre Grandeur des missions qu'elle nous a confiées de long de la côte, et que nous venons de visiter, le révérend père Garin et moi.
Cet fut pour acquiescer à vos désirs qu'au commencement de mois de mars dernier, je quittai la Grande-Baie, pour aller visiter les différentes familles canadiennes qui se trouvent échelonnées à de grandes distances, les unes des autres, depuis la Baie des Ha! Ha! jusqu'à Papinachois.
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Après que les différentes missions canadiennes furent achevées, je partis pour me rendre à Maskuaro, afin de rejoindre le R. P. Garin, qui était chargé en chef des missions sauvages. Ce ne fut qu'après avoir été ballotté, pendant plus de quinze jours, sur une mer qui paraissait ne vouloir point s'apaiser, que j'eus le bonheur de retrouver ce cher compagnon.
A Maskuaro nous trouvâmes une chrétienté, avide de la parole de Dieu. Tous les chasseurs nous y attendaient avec impatience, depuis plus de trois semaines, aimant mieux supporter la faim que de s'éloigner, de crainte de ne point rencontrer les robes noires.
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A Mingan, nous avons trouve une chrétienté bien nombreuse, dont la docilité à correspondre à la grâce, a fait la plus grande consolation des missionnaires. Ce sont surtout ces sauvages qui désireraient voir leur père, le grand-chef de la prière, car les deux ou trois familles qui se trouvaient aux Ilets, lors de la visite de Votre Grandeur, en ont parlé longuement à leur retour; et aujourd'hui encore, lorsqu'ils sont tous réunis, ils se plaisent à s'entretenir du grand-chef de la prière (Kaiamituatset), de son beau costume, de ce qu'il avait préscrit; ils se rappellent surtout combien il paraissait les aimer, puisqu'il était venu de si loin pour visiter ceux qui habitent dans les forêts.
Aux Sept Iles, il n'est rien arrivé d'extraordinaire, se ce n'est la conversion de trois Naskapis, âgés de vingt à vingt-cinq ans, admis au saint baptême

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par le R. P. Garin. Les progrès qu'ils ont faits dans la foi, pendant le court espace de la mission, sont étonnants.
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Pres de quatre-vingt à cent familles ont assisté à la mission des Ilets. Tous les sauvages de Port-Neuf et des Escoumins y étaient accourus pour voir la fameuse procession où l'on porte en triomphe la statue de la Vierge au milieu des chants d'allégresse, dans des chemins bordés de jeunes arbrisseaux, chargés de couronnes et de guirlandes en fleurs.
Il est beau et édifiant, le spectacle qu'offre depuis quelques anneés cette chrétienté. C'est celle qui s'est attirée d'une manière toute particulière, la prédilection de ses missionnaires; aussi s'en sont-ils montrés dignes en correspondant si généreusement à leurs soins. C'est parmi eux que le révérend père Flavien Durocher a passé un hiver, où tout en se perfectionnant dans leur langue, il les a instruits si solidements sur leurs devoirs d'hommes et de chrétiens. Il leur a composé un livre de prières, un catéchisme, un magnifique recueil de cantiques et un livre de chant noté ; ces différents ouvrages dans une langue où il n'avait pour toute aide que les vieux manuscrits des anciens missionnaires, dont les mots se trouvaient déjà vieilles, ont dû coûter beaucoup de veilles et de fatigues. Aussi, en bons sauvages, ils ont su apprécier ses peines, et grande a été leur tristesse, lorsque cet été ils n'ont point vu paraître leur père.
C'est le R. P. Durocher qui a achevé parmi eux l'oeuvre de la tempérance, si courageusement commencée par l'infatigable et zélé M. Boucher, dont le souvenir est si cher à tous les indiens de la côte; et ils sont d'autant plus fermes à leurs promesses qu'ils avaient été auparavant faciles à se laisser séduire par l'amour de la liqueur de feu.
Ces sauvages sont les plus instruits de la côte; ils savent tous lire et écrire. Il est beau de les voir à l'église, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre, le livre de priére à la main, rivalisant, pour ainsi dire, de modestie et de ferveur.
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De Votre Grandeur,
l'enfant soumis et respectueux,

CH. ARNAUD, O.M.I.

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