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Ilets de Jérémie. Nous conférâmes, aux Sept-Iles, le baptême solennel à un adulte d'origine naskapite; les autres membres de sa famille étaient déjà chrétiens.
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Le 8 juillet, nous aperçumes les établissements du poste des Ilets de Jérémie ; nous arborâmes notre pavillion, et nous vîmes bientôt flotter celui de la place. Il fallut lutter contre vent et marée : à la nuit close, nous étions encore à un mille du lieu désiré. Nous saluâmes le poste par des décharges de mousqueterie, et l'artillerie de la place y répondit aussitôt; nos Indiens firent un feu roulant qui dura près d'une demi-heure. Deux canots légers, conduits par des bras vigoureux, vinrent à notre rencontre ; le Père Garin s'élance sur l'une de ces embarcations, et l'autre me reçoit à son bord. Une course navale s'engage entre ces deux canots rivaux ; ils fendent les flots avec rapidité ; tantôt ils vont de front, tantôt l'un devance l'autre de quelques coudées : en un instant nous touchons le rivage, et nous entrons dans la chapelle dédiée à notre sainte protectrice, pour lui témoigner notre reconnaissance.
Nous n'avions que onze jours pour disposer nos Indiens au spectacle imposant que la religion allait offrir pour la première fois à leurs regards. Chaque jour, les rangs devenaient plus serrés par l'arrivée de nouvelles familles ; la marche de la mission prenaient un aspect plus imposant ; des Naskapis catéchumènes ou néophytes, descendus de leurs montagnes, entendaient avec admiration des chants sacrés, inconnus à leurs oreilles : ils formaient des voeux ardents pour que le bonheur dont ils jouissaient fût enfin communiqué a leurs compatriots encore assis dans les ombres de la mort. Helas! depuis plus de vingt ans, cette tribu encore infidèle demandait d'être éclairée des lumières de l'évangile : leurs prières n'ont pas encore été exaucées. Généreux associés de la Propagation de la Foi, priez donc avec nous le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers travailler à cette partie de la vigne qui est encore inculte.
Quatre families de la mission de Chicoutimi, enrôlées, à Noel dernier, sous la bannière de la société de tempérance totale, fuyant leurs anciens compagnons de débauche, s'étaient rendues aux Ilets de Jérémie : là elles servaient Dieu au sein d'une nombreuse compagnie de frères, s'édifant les uns les autres par la pratique des vertus chrétiennes.
Il était beau, Monseigneur, le spectacle de 74 familles s'instruisant les unes les autres, et chantant jour et nuit les louanges du divin Maître et de son auguste mère ! Ces jours de bonheur se succédaient avec rapidité: préparer les catéchumènes à recevoir solennellement le baptême ; disposer les néophytes à la première communion ; mettre toute cette chrétienté en état de recevoir les dons de l'Esprit-Saint, tel était le cercle de nos occupations.
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Une jeune Naskapie reçut des mains de Monseigneur l'évêque de Sidyme, le baptême solennel. Elle bénissait mille fois le Seigneur de l'avoir préférée à tant d'autres de la même tribu qui gémissent sous le dur esclavage de satan.

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Un jeune anglais, après avoir renoncé aux erreurs du protestantisme, reçut la même faveur que cette jeune Naskapie. Le prélat voulut donner audience aux Naskapis et les féliciter de leur fidélité à la grâce de Dieu qui les avait appelés des ténèbres de l'infidélité à la lumière de l'évangile. Il les chargea de porter à leurs frères la bonne nouvelle et l'assurance d'être prochainement visités par les missionnaires.
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Le moment du départ étant arrivé, il fallut enfin nous séparer de nos chères ouailles. Nous avions l'espoir de les revoir à Port-neuf ou Sa Grandeur devait mettre pied à terre. Mais la divine Providence en avait disposé autrement. Le vent qui soufflait avec violence eut infalliblement poussé notre embarcation contre les bancs de sable qui bordent l'entrée de la rivière, si nous eussions essayé de gagner le rivage. Il fallut continuer notre route jusqu'à Tadoussac où finit notre mission.

J'ose supplier votre Grandeur d'agréer, etc.
P.F. DUROCHER, O.M.J.

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