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C

No. 1136.

EXTRACTS FROM “REPORT ON EXPLORATIONS IN THE LABRADOR PENINSULA,”

BY A. P. LOW, ANNUAL. REPORT GEOLOGICAL SURVEY OF CANADA
VOL VIII, 1895, PART L.

Vide Part XVI., pages 2590, 2606.



No. 1137                                      C

EXTRACT FROM “LABRADOR ET ANTICOSTI,”.
Par l'abbé V.-A.  HUARD, A.M. (Montreal and Paris, 1897).

Quoique vivant isolés, famille par famille, durant une si grande partie de l'année, les Montagnais ne laissent pas d'avoire une certaine organisation civile autonome. Ce serait être par trop sauvage, que de n'en avoir aucune. Chaque tribu a donc son chef exerce le souverain pouvoir sous l'égide du gouvernement canadien et, d'un peu plus loin, de la Couronne d'Angleterre. Le P. Durocher, l'un des Oblats qui s'occupèrent autrefois des missions montagnaises, obtint un jour du gouvernement quatre ou cinq grandes médailles d'argent qu l'on distribua aux chefs des diverses tribus. C'est l'insigne de leur autorité, et c'est bien près d'être tout ce qu'ils possèdent de souveraineté. Ce n'est pas que le peuple règle à lui seul les affaires importantes, comme cela se faisait dans certaines républiques anciennes. A vouons-le: il n'y a plus. dans ces nations, d'affaires à régler. L'objet même ud gouvernement fait presque entièrement défaut. Voila jusqu'où la décadence pent atteindre une race ! Il n'y a pas même de règles nettement définies pour la transmission de la dignité suprême, lorque survient le décès de l'un de ces potentats: car ils ne sont pas moins sujets à la mort que leurs collègues, empereurs, tsars, ou monarques généralement quelconques. Leur pouvoir n'est pas héréditaire, et, pour les remplacer—autant que cela se peut—on fait, suivant des formalités qui dependent beaucoup des circonstances, l'élection d'un nouveau chef, à qui l'on remet en guise d'intronisation la grande médaille, emblème de la souverainete.

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Il paraît—car il faut se garder d'ajouter trop de foi à l'histoire contemporaine, non plus qu'aux autres histoires—il paraît done qu'à Betsiamis il y a quelques années, les Montagnais ne furent pas tous, à un égal degré, charmés du choix que, sous la direction des missionnaires, on avait fait d'un nouveau chef. Et, comme il n'y a pas ici à tant tourner autour du pot, disons-le franchement: il y avait eu de l' “influence indue” dans cette élection. C'est là, comme on sait, un crime épouvantable, propre à detraquer irrémédiablement tout le mécanisme électoral! Or, s'il n'y a pas de juges à Betsiamis, il y en a à Berlin, je voulais dire à Ottawa; et une délégation de Montagnais, accompagnés d'un interprète, se rendit à Ottawa, pour contester l'élection, et obtenir le choix d'un autre chef. Je ne sais vraiment s'il régnait alors, au ministère des Sauvages, à Ottawa, une conservatisme outré, ou si, par une incompréhensible aberration d'esprit, l' “influence indue” n'y inspirait pas toute l'horreur qu'elle mérite. Toujours est-il que l'administration, dont ce cas était justiciable, se régala de l'huître, comme le plus gourmet des magistrats, et donna les écailles aux délégués de la tribu de Betsiamis, qui s'en revinrent à la bourgade, enchantés de toutes les belles choses qu'ils avaient vues dans un si long voyage, mais condamnés pourtant à se soumettre au chef qu'ils avaient tenté de détrôner. Du reste, la paix ne fut pas autrement troublée par l'incident, et, après comme avant, la tranquillité de l'ordre fut complète à Betsiamis.
Mais il ne faut pas croire que ces principicules n'ont pas, à l'occasion, l'exact sentiment de leur dignité. On raconte à ce sujet le trait que voici. Un jour, à Mingan, le gouverneur général, Sir Edmund Head, arrive, accompagnant un prince d'Angleterre, qui devait bien être le prince de Galles lui-même. Dès le débarquement du prince, le chef de la tribu du lieu s'en vient à sa rencontre. Le chapeau sur la tête, et lui frappant sur l'épaule, il dit a [sic] Son Altesse: “Toi chef ?—Oui!—Moi chef aussi.” Puis, en lui montrant sa grande médalle d'argent “Tiens! vois ta mère!” On dit que le prince fut très surpris de l'incident et le trouva tout à fait charmant. Il est sûr que, pour un personnage de la cour royale, l'aventure avait de l'originalité.

[1927lab]


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