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C

No. 1127.

REVEREND J. B. A. FERLAND TO BISHOP OF TLOA.

A Monseigneur l'Evêque de Tloa.
MONSEIGNEUR
Au mois de juillet dernier, Votre Grandeur me chargeait d'aller au secours du R. P. Coopman, O.M.I., tombé malade à Mécatina sur la côte du Labrador, et de continuer la visite des familles catholiques de cette partie du diocèse, si je le trouvais trop faible pour achever sa mission.
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Je laissais Quebéc, le 20 juillet, pour aller m'embarquer à Berthier sur la goëlette Marie-Louise, prête à faire voile pour la côte du Labrador.
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Le 29, nous entrions dans le port de Mingan, pour étayer notre mat de misaine, qui s'était rompu, pendant le gros temps de la veille.
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A 7 lieues au-dessous du poste de Mingan, se trouve la Pointe aux Esquimaux, où une vingtaine de familles acadiennes se sont établies depuis trois ans. Elles viennent des îles de la Magdeleine, d'où elles se sont expatriées pour améliorer leur condition. Pêcheurs, agriculteurs et matelots, les acadiens ont fait un excellent choix en transportant leur résidence en ce lieu.
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De Mingan au grand Nataskouan, l'on compte un peu plus de trente lieues.
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Dans l'après-midi de ce jour, nous pûmes laisser Nataskouan, et nous mettre de nouveau en route. De ce havre à Wapitugan il y a environ vingt-cinq lieues: dans cette étendue de pays sont le poste de Kegashka où se termine la seigneurie de Mingan . . . . et ceux de Maskouara, de la Romaine, de Coucoutchou . . . .
A Wapitugan, situé à vingt-sept ou vingt-huit lieues de Nataskouan, la côte qui, depuis Mingan, a couru de l'est à l'ouest, se replie vers le nordest.
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L'histoire du Labrador, n'est pas longue. Ce pays, à l'arrivée des Europeens, était dans la possession des Esquimaux, qui soutenaient déjà et continuèrent longtemps après à soutenir une guerre assez vive, contre les

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Montagnais, et les Souriquois ou Micmacs, habitants des côtes de l'Acadie, de la Gaspésie et de Terreneuve. Les Esquimaux qui semblent appartenir à, la famille des Samoyèdes et des Lapons se défendaient courageusement ; mais quand les Français se mirent de la partie contre eux, ils durent céder peu à peu et se retirer sur la côte septentrionale du Labrador.

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Abondante en poissons, cette mer continua d'être frequentée, et le port de Brest devint le rendez-vous d'un grand nombre de pêcheurs français. Lewis Roberts dans son Dictionnaire du Commerce, imprimé à Londres en 1600, dit que c'était le principal poste de la Nouvelle France, la résidence d'un gouverneur, d'un aumônier et de quelques autres officiers: que les Français en exportaient de grandes quantités de morues, des barbes et des huiles de baleine, ainsi que des castors et autres fourrures précieuses. Il ajoute que les Français entretenaient un fort à Tadoussac, pour y faire le trafic des pelleteries avec des sauvages. Il est difficile de déterminer ce qu'il y a de vrai dans l'assertion de l'auteur cité; mais il est bien sûr que sur la baie de Saint Paul se trouvent des ruines qui ont conserve le nom de Vieux Fort. Le même nom est donné à ce lieu dans les cartes attachées à l'histoire du Canada par Charlevoix.
Quand la colonie de la Nouvelle-France eut commencé à s'affermir, des compagnies, à la tête desquelles étaient les sieurs Aubert de la Chesnaye et Riverin, obtinrent des concessions de terres sur la côte du Labrador, au nord de Blanc Sablon. Peu de temps après, le sieur Le Gardeur de Courtemanche était mis en possession de la baie de Phelypeaux, aujourd'hui nommée la baie de Brador; et le sieur Amador Godefroy de Saint Paul obtenait cinq lieues de côtes, de chaque côté de la grande rivière des Esquimaux, à laquelle il donna le nom de Saint Paul, et qui est aujourd'hui appelée Rivière aux Saumons.
Dans les limites de la seigneurie de sieur du Saint Paul, se trouvait renfermé l'ancien port de Brest. Le but des concessionnaires, tel qu'il est exprimé dans lours demandes, était de faire “la pêche des molues, baleynes, loupsmarins, marsouins et autres.”
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Sous le gouvernement britannique toutes ces pêcheries passerent à des marchands anglais et écossais qui employaient un certain nombre d'hommes pour faire la pêche et la chasse. Le chef de la derniére compagnie qui fit valoir ces postes fut les sieur Adam Lymburner, alors un des premiers marchands de Québec.
Il y a quarante ans, l'on ne rencontrait pas sur la côte une seule femme d'origine européenne; les six ou sept postes du Labrador ne renfermaient que des hommes, presque tous originaires de Berthier.
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La langue française est la plus généralement répandue dans la partie supérieure du Labrador, depuis Mingan jusqu'à Saint Augustin; elle est

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aussi ordinairement en usage à Blanc-Sablon ; mais depuis Saint Augustin jusqu'à la baie de Brador, on parle habituellement l'anglais. Beaucoup d'habitants de la cote se servent facilement des deux langues.
On rencontre peu de Montagnais; ceux qui paraissen tdans [sic] ces quartiers pendant quelques semaines ne font qu'y passer, pour se rendre à leurs quartiers d'hiver et en revenir par le srivières [sic] d'Itamamiou, de Saint Augustin ou des Saumons. Quant aux Esquimaux, j'en ai vu trois ou quatre, qui vivent à l'Européenne: tous les autres se sont retirés vers le Nord.
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En laissant Wapitugan, j'entrais dans les limites de ma mission.
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Le 4, nous nous arrétions à Natagamiou, tout près d'une chute que fait la riviére de même nom en se jetant dans la mer.
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En laissant la Tête à la Baleine, nous franchissons un étroit passage au milieu des îles et nous cotoyons le pied du Gros Mecatina, morne élevé, qui sert d'amarque aux vaisseaux arrivant de la haute mer sur la côte du Labrador.
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Le dimanche après midi, (8 aout), je terminai la mission.
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Je partis le même soir de la Tabatière, avec Monsieur Francois Lévêque, maître du poste de la Grosse-Ile de Mecatina, pour aller donner la mission à sa famille.
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De la Grosse Ile à Blanc Sablon, l'on ne compte que vingt-deux lieues en ligne droite, mais par les détours qu'il faudra faire au dedans des îles, il y a à peu près trente lieues. Le douze, je fis mes adieux à mon hôte, qui me fournit une Berge pour continuer mon voyage.
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Le soleil allait se coucher, lorsque nous arrivâmes à Chikapoué.
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La rivière Saint Augustin tombe dans la baie du même nom; à son embouchure elle est partagée en plusieurs bras par des îles nombreuses, qui occupent sur la côte une longeur de sept ou huit lieues; c'est sur une de ces îles qu'est le poste de St. Augustin.
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La rivière sort de la hauteur des terres, où quelques-unes de ses sources se croisent avec celles de la rivière Kenamou, qui va tomber dans la baie des Esquimaux. Par cette voie l'on peut passer des bords du golfe de Saint-Laurent à la baie des Esquimaux, dans l'espace de sept jours.
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Depuis longtemps les Pères Oblats désirent aller porter les lumières de la foi aux Nascapis de la hauteur des terres et aux sauvages de la baie des Esquimaux. Si Votre Grandeur les chargeait de cette mission, ils pourraient se rendre à la baie des Esquimaux, soit par la rivière Saint Augustin, soit en faisant le tour du Labrador sur la goëlette que la Compagnie de la Baie d'Hudson envoie annuellement dans son poste. De là il serait plus facile aux missionnaires de saisir une occasion favorable, pour remonter la grand rivière près de laquelle se tiennent les Nascapis.
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Comme on m'informait que le Père Coopman avait repris sa mission, il ne me restait plus qu'à gagner Blanc-Sablon, pour prendre passage à bord de la Marie-Louise ou de quelque autre vaisseau qui pouvait se trouver en partance;
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Le 17, nous nous mettons en route avec un vent favorable; notre navigation se fait au milieu des îles jusqu'à Chicataka, ancien poste de pêche établi par les français avant la conquête du pays.
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Les vents et la brume nous retinrent en ce lieu pendant trois jours, et ce ne fut que le 20 que nous pûmes reprendre la mer; le soir même, j'arrivais au Havre de Blanc Sablon, où je trouvai la Marie-Louise prête à mettre à la voile le lendemain;
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La baie de Blanc Sablon tire son nom des sables blanes d'une petite rivière, qui lui apporte le tribut de ses eaux. La baie et la rivière forment une extremité de la ligne qui sépare le Labrador Canadien, du Labrador uni au gouvernement de Terreneuve.
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Blanc Sablon est situé à l'entrée du detroit de Belle-Isle; il n'y a que sept lieues de l'Isle à Bois aux côtes de Terreneuve, que l'on aperçoit clairement. La partie la plus etroite du detroit est à Forteau, où il n'y a que dix milles d'une pointe à l'autre.
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Le 21 août, la Marie-Louise laissait le port de Blanc Sablon pour son voyage de retour;
Pendant deux jours notre goëlette reste mouillée dans le baie de Brador, pour attendre du fret qui ne vient pas.
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Le Sieur de Courtemanche avait obtenu du Gouvernement français, la concession de la baie à laquelle fut donne le nom de Phélipeaux; le fort qu'il bâtit à l'entrée fut appelé fort Pontchartrain. Pendant longtemps il y fit des affaires importantes. Après la mort de Monsieur de Courtemanche, qui avait épousé, non pas une fille de Henri IV, comme le prétend une

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tradition du Labrador, mais la fille d'Etienne Charest, seigneur de la côte de Lauson, l'établissement passa à son gendre le Sieur Foucher, et au Sieur de Brouague, commandant sur la côte. Un des fils du Sieur Foucher ajouta à son nom celui de Labrador; et je crois qu'il y a aujourd'hui en France une famille portant le nom de Foucher de Labrador.
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La cargaison de la goëlette se trouva à peu pres complétée a la Tabatiere, d'où nous partimes le 31 août, pour voguer directement vers Québec.
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J'ai l'honneur d'être,
Monseigneur,
avec un profond respect,
de Votre Grandeur,
le três-humble et très-obéissant serviteur,

J. B. A. FERLAND, Ptre.


                         No. 1128.                                   C

GOVERNOR SIMPSON TO D. A. SMITH AT ESQUIMAUX BAY.
(EXTRACT.)


RECORDS, HUDSON'S BAY COMPANY.
Lachine, 26th June, 1860.
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You were at one time desirous of placing a small post on the Coast, near the confines of Mingan (St. Augustines), to secure a considerable trade in furs and oil which now passes into other channels. It has occurred to me that, by means of such an outpost from Esquimaux Bay and probably another at some good inland Station between North West River and Mingan, we might secure a considerable share of the trade of the Seigniory. The Company are the owners of the Isles and Islets of Mingan, and I think it may be practicable to establish ourselves, when our lease expires, on the island at the entrance of Mingan harbour, that is the island opposite the house forming the harbour, which is the Company's property. I am about having that island properly examined, to ascertain its capabilities, as regards water, fuel, etc. If the trade of Mingan Coast be of sufficient value in 1862, to warrant the outlay necessary in building on the island in question, I have no doubt it may be as easily collected there as at the post we now occupy, on the mainland.
An impression appears to prevail with yourself and other of our officers


[1927lab]


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