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C


No. 1120.

BISHOP OF SIDYME TO LORD ELGIN.

A Son Excellence
le Comte d'Elgin & Kincardine
Gouverneur General.
Québec, 14 février 1850.
Milord,
J'ai l'honneur de transmettre à Votre Excellence une pétition des sauvages Montagnais qui habitent la partie nord du fleuve St Laurent au-dessous de l'embouchure de la rivière Saguenay. Une députation envoyée de leur part était venue ici l'automne dernier, se proposant d'aller présenter cette pétition à Votre Excellence, et de l'appuyer de leurs commentaires. Mais la saison étant bien avancée et le voyage à Toronto trop long et trop dispendieux, elle renonça à aller troubler Votre Excellence, et je pris l'engagement de recommander de mon mieux à Votre Excellence la cause de ceux qu'elle était chargée de représenter.
C'est pour accomplir ma promesse que je m'adresse aujourd'hui à Votre Excellence, et je le fais avec toute la confiance qu'inspire une des causes les plus justes qui puissent être soumises à son Gouvernement.
Votre Excellence n'ignore pas que les sauvages Montagnais ne trouvent plus dans la chasse et la pêche des moyens suffisants de subsistence, que d'ailleurs les établissements qui se forment partout sur le territoire qu'ils habitent font disparaitre peu à peu ces deux ressources, les seules qu'ils avaient pour vivre; qu'il est de fait que la pauvreté en a déjà fait périr un grand nombre et que les autres ne peuvent tarder d'éprouver le même sort, dans un temps plus ou moins éloigné, si on ne vient à leur aide. Je ne doute pas que Votre Excellence, considérant que ces pauvres sauvages ont été dépossédés peu à peu d'une de leurs moyens de vivre par l'industrie et le commerce qui depuis quelques années exploitent le territoire habité par leurs pères (état de choses que le Gouvernement s'est vu forcé d'approuver et même d'encourager dans l'intérêt du pays en général) ne reconnaisse qu'il seroit injuste de les laisser périr de misère. tandisque le Gouvernement retire de l'exploitation du bois et de la vente de quelques parties de ce territoire des revenus plus que suffisants pour le mettre en état de prévenir ce malheur et empêcher l'extinction d'une race d'hommes qui a d'autant plus de droits à sa protection qu'elle est plus faible et d'une moindre importance aux yeux de la société.
Les Sauvages se proposoient dans l'origine de demander que la rivière Papinachois avec le terrein environnant fut comprise dans l'étendue de.

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territoire qu'ils réclament du Gouvernement ; mais voyant que Mr Price a été autorisé à batir des moulins sur cette rivière et à prendre du bois dans le voisinage, ils ont renoncé à la comprendre dans leur réclamation.
Cependant ils m'ont prié de demander pour eux à Votre Excellence, et comme par compensation, une étendue d'un mine quarré de territoire, à l'endroit appelé Bon désir , situé entre le Saguenay et les Escoumains, puis le droit exciusif de pêche dans la rivière Betsiamis. Ce qui les engage à faire ces deux demandes c'est que le territoire qu'ils réclament offre peu de facilités pour l'agriculture et n'est à peu près favorable qu'à la pêche du loup marin, tandisque Bon désir leur procureroit un terrein très propre à l'agriculture, et la rivière Betsiamis une ressource précieuse pour la pêche au saumon.
Je pense qu'il n'est pas inutile que je fasse connaitre à Votre Excellence que l'arpenteur actuellement employé par le Gouvernement dans ces parages juge que ce terrein leur conviendroit très bien et est prêt à en donner la circonscription dès qu'il lui sera intimé de le faire.
Mais c'est en vain qu'on donneroit aux pétitionnaires les plus grands encouragements pour se livrer à l'agriculture si on ne forme pas au milieu d'eux un établissement religieux qui les force, pour ainsi dire, d'en profiter. Il n'y a que les efforts persévérants des missionaires qui puisse les engager à se livrer à un genre de travail si contraire à leurs habitudes, et encore ne peut-on compter sur un succès entier. C'est à Bon désir que devroit se faire cet établissement, parce que c'est là que les Sauvages feroient leur principale demeure: ils ne résideroient sur leur territoire qu'ils demandent dans leur pétition que pour le temps de la chasse et de la pêche ; tout au plus s'établiroit-il quelques familles. J'ose en conséquence émettre la pensée qu'il seroit digne de la sollicitude du gouvernement d'aider de tout son pouvoir la formation de cet établissement religieux auquel ces pauvres sauvages sont très certainement incapables de contribuer par eux-mêmes. Ce serait là d'ailleurs pour le gouvernement un moyen efficace de rendre utiles les sacrifices qu'il pourra faire dans le but d'améliorer leur condition.
Je me flatte que Votre Excellence qui a déjà montré un si vif intérêt au sort de nos pauvres Montagnais voudra bien leur continuer sa protection et prêter une attention favorable à leur pétition, ainsi qu'aux demandes qur je prends la liberté de faire en leur faveur.
J'ai l'honneur d'etre &c.
(Signe) + P. F. EV. DE SIDYME.
Copie conforme aux Régistres de l'Arch. de Québec, vol. 23, pp. 175-177.

B. PH. GARNEAU, ptre. Archiv.

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