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abandonné plusieurs Postes. Les anciens sous-fermiers avoient des Commis et Engagés résidens au Lac St Jean, à Nekouban et aux Mistassins, il y avoit au Lac St Jean et au Lac des Mistassins des maisons tant pour les Engagés que pour les missionnaires qui y hyvernoient. On voit encor dans ces deux endroits, les restes des maisons des Jesuites dans chacune desqu'elles il demeuroit un prestre avec un frère. Labandon de ces Postes a accoutumé les sauvages à aller en traitte à la mer du nord, du costé des Trois Rivières, et de la rivière du lièvre. Le Poste des Papinachois avoit été abandonné celuy de Tadoussac ne s'en trouvoit pas plus abondant, parce que les sauvages des Papinachois alloient traitter à la coste du Sud aux sept isles, à Mingan, et aux bastimens qui cotoyoient le nord du fleuve St. Laurent, en un mot les sous fermiers n'ont eu en vue que le profit qu'ils pouvoient se faire par le remboursement qui devoit leur être fait à la fin de leur bail des marchandises qu'ils auroient dans les Postes.
On ne peut guerres espérer d'autre régie de la part de quelque marchand que ce soit qui sous fermera les Traittes.
Elles ne peuvent se soutenir que par deux objets, également nécessaires, et que l'on ne doit jamais perdre de vue, la conservation des sauvages, et celle de l'espèce des animaux.
Pour conserver les sauvages, il paroist nécessaire d'avoir des françois dans les postes qui y résident pour empêcher les sauvages du Domaine d'aller en traitte hors de l'étendue du Domaine, ramener ceux qui s'en sont écartés et en attirer de nouveaux. Lorsqu'ils sçauront qu'il y a des françois à leur portée et de qui ils pourront avoir leurs besoins, ils se tiendront sur leurs terres et viendront apporter leurs pelleteries. Les françois résidens dans les Postes, empêchent en même tems les sauvages étrangers d'y venir apporter de l'eau de vie par le moyen de laqu'elle ils traittent avec ceux du Domaine, les détournent de payer leurs crédits, et les débauchent pour aller ailleurs.
Le Sr Cugnet a rétably des hivernemens de Nekouban et des Mistassins. L'expérience a fait reconnaître l'utilité de ces hivernemens, ils ont produit des pelleteries que l'on n'auroit point eu si l'on s'étoit contenté com'auparavant d'y faire faire un voyage au printems d'où on rapportoit trois ou quatre cens martres, au lieu que depuis les hyvernemens, il en vient un millier.
L'hyvernement des Mistassins est rétably depuis quatre ou cinq ans, Joseph Dorval, engagé, y a découvert au delà du Lac des Mistassins, une nation habituée dans un espace de terre que les sauvages appellent pays pelés parcequ'il n'y a point de bois. Ces sauvages n'ont point de canots n'y d'ecorce pour en faire, ils ne peuvent aller à Checoutimy, n'y aller à la mer du nord, ils traittoient avec les sauvages de la mer du Nord ils ont traitte cette année avec D'orval, et c'est ce qui a produit treize cens martres dans ce poste qui n'en donnoit qu'environ deux cells avant les hyvernemens. Cc poste pourra augmenter en continuant d'y tenir des françois.
L'hyvernement de Nekouban n'est pas moins nécessaire par rapport à la proximité des sauvages des Trois-Rivières et de la rivière du lièvre. Il a été rétably depuis deux ans. Jean Baptiste Dorval des Groseliers qui y a hyverné marque par sa lettre du 19 juin dernier qu'il a eu trente hommes de

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la mer du Nord qui se sont retirés avec une partie de leurs pelleteries faute de marchandises, qu'il les a arrestés pendant dix jours, mais que la disette de vivres les a fait partir, les marchandises n'avoient pû être rendües à son poste, parce qu'il ne s'est point trouvé ce printems à Checoutimy de sauvages pour monter les canots d'assez bonne heure. Le produit de ce poste auroit approché de celuy des Mistassins sans ce contretemps.
On peut espérer que la résidence des françois dans ces deux postes bonifieroit encor plus par la suite le produit des traittes. Mais il faut du tems pour y attirer les sauvages, et il est difficile d'avoir des françois qui veuillent y demeurer continuellement plusieurs années de suite. Le Pays est extrèmement dur: ils n'y vivent qu'au poisson pendant l'été; l'hiver ils ont du lièvre et des perdrix blanches, mais ils manquent souvent de l'un et de l'autre ainsi quand ils ont passé deux hyvers, ils veulent revenir à Québec pour se rétablir. L'interruption d'une année détruit l'ouvrage de deux ans, ce qui retarde l'avantage qu'on en peut tirer. D'ailleurs ces hyvernemens coutent beaucoup de frais, on ne peut avoir des commis et Engagés qu'à gros gages, il faut faire monter huit canots de trois places et demy dans chacun des deux postes pour y porter les marchandises et munitions. Chaque canot monté de deux hommes coute quatre vingt castors sçavoir: vingt pour le canot et trente pour chaque homme sans compter les vivres. Ces frais absorbent une grande partie du bénéfice de la traitte, et font qu'il ne reste qu'un profit très médiocre, ainsi il n'est pas étonnant que des marchands se déterminent plus volontiers à abandonner ces postes qu'à des avances considérables dont le produit est peu de chose. Cependant labandon cause un préjudice considérable aux Traittes, lorsqu'on a cessé d'hyverner, il falloit envoyer tous les printems trois françois à Nekouban et autant aux Mistassins, l'Equipement de ces six engagés coutoit 1500l en gages et vivres. Les frais de canots étoient à peu près les mêmes ainsi ce que l'hivernement coute de plus est compensé par l'utilité qu'on en retire, à quoi il faut ajouter que pour les voyages annuels, on se sert de nouveaux Engagés chaque année, et que dans le nombre il s'en trouve plusieurs peu fidels qui peuvent aisément emporter avec eux en revenant à Québec des menües pelleteries dans leurs coffres ou sac d'Equipages sans que les commis des postes puissent y remédier parce qu'ils les cachent dans les bois; des Engagés volontaires ne peuvent point tomber dans ces malversations parce qu'ils ne sortent point du Poste au retour de leur voyage et que quand ils quittent, on les visite en sortant du Poste.
Suppose que l'on voulût retrancher même les voyages du Printems à Nekouban et aux Mistassins pour en épargner les frais, le Poste de Chécoutimy tomberoit de plus de moitié de son produit.
En second lieu il faut que les Postes soient garnys de bonnes marchandises et munitions, et avoir attention que les sauvages traittent de celles qui leur sont le plus nécessaire par préférences à celles qui ne sont que d'ornemens ou de plaisir comme l'eau de vie ; il y a des années ou la chasse est peu abondante, et ne peut sufire à entretenir les sauvages, on est obligé dans ce cas de les équiper de nouveau pour les mettre en estat de chasser l'année suivante, alors l'attention des commis des postes doit estre de ne leur prêter que ce qui leur

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est nécessaire, et de veiller à ce que ces sauvages payent leurs dettes après la chasse. Ces prêts sont sujets à des inconvéniens mais ils sont indispensables à moins de laisser périr les sauvages et leur perte entraineroit celle du Domaine.
On ne doit pas compter sur ces attentions de la part d'un sous fermier marchand qui n'aura en vüe que son profit au risque de laisser dépérir le fonds de la Traitte. Il cherchera à traitter préférablement l'eau de vie et les bagatelles qui sont l'ornement des sauvages dont ils sont plus avides que de ce qui leur est nécessaire, parce que la traitte d'eau de vie donne bien plus de profit que celles des munitions et des hardes nécessaires.
Enfin il faut que les commis et Engagés principaux dans les pontes soient affectionnés, sages, entendus pour la traitte, accoutumés à vivre avec les sauvages, qu'ils sachent la langue de la nation, et soient capables de s'en faire également aimer et craindre.
Le succès de la Traitte dépend entièrement des sujets qu'on y employe, on ne peut y employer que des canadiens voyageurs instruits des manières des sauvages par l'habitude de vivre avec eux, ce sont par conséquent gens grossiers, difficiles à ménager, prêts à quitter au moindre sujet de mécontentement qu'ils s'imaginent avoir, qu'il faut traitter doucement parcequ'on ne trouvc pas à les remplacer sur le champ, et qu'il est rare d'en trouver de bons, ils sçavent a peine écrire, leur capacité se borne à la langue et à sçavoir conduire les sauvages, ainsi on ne peut point exiger d'eux un compte exact de leur gestion, ils ne peuvent que recevoir les marchandises qui leur sont envoyées, et remettre les effets qu'ils ont traittés avec les inventaires des marchandises qui leur restent en magazin et des prêts des sauvages. L'on ne peut sçavoir s'ils régissent bien ou mal que par une attention très suivye à balancer les retours qu'ils donnent avec les dépenses pour juger si le défaut de retour doit leur être imputé ou aux événemens des saisons. Leurs gages étoient autrefois à bien meilleur prix qu'aujourd'huy tout est devenu plus Cher en Canada.
Les Commis et Engagés ont eu jusqu'à présent outre leurs gages et leur nourriture l'a moitié de leur chasse sçavoir: les pelleteries au prix qu'elles sont vendües et des huiles à trente livres audessous de leur prix de Québec pour indemniser le fermier des frais de Tonnelier et du transport des huiles. L'usage de leur accorder cette moitié de chasse est fondé sur ce que la moitié réservée au fermier dédommage d'une partie de leurs gages à proportion de la chasse qu'ils peuvent faire, et qu'ils ne s'y attacheroient pas s'ils n'y avoient leur intérest.
Le missionnaire des Traittes pent aussi contribuer beaucoup à affectionner les sauvages au bien de la Traitte ou à les aliéner; l'autorité que lui donne son caractère, et les fréquentes conversations qu'il a avec les sauvages sans que les commis puissent s'y opposer n'y même en avoir connoissance et mettent en état de servir ou de nuire autant qu'il le veut, ainsi on est obligé de se l'attacher par des égards, d'autant plus qu'il est plus maître de sa conduire et que les régisseurs ne peuvent pas en changer. Le missionnaire peut aussi être d'une grande utilité pour contenir les commis et Engagés dans

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leur devoir, pour quoy on est obligé de soutenir son autorité à laquelle cependant il faut avoir attention de ne pas laisser trop d'étendüe.
Pour la conservation de l'espèce des animaux it est nécessaire d'empêcher que les sauvages étrangers viennent chasser sur les terres du Domaine, et même que les sauvages du Domaine chassent ailleurs que sur leurs terres. On conservera par ce moyen l'espèce des animaux dans chaque canton, pour en retirer année commune la meme quantité de pelleteries, et si le produit est moins considérable on est certain qu'il subsistera plus longtems.
On pourroit ne point s'assujettir à toutes ces précautions dans un pays ou la Traitte seroit abondante par le quantité d'animaux et de sauvages, mais elles sont indispensables dans les terres du Domaine ou la quantité des uns et des autres en sont diminuée. L'on doit conclure de tout ce qui vient d'estre expliqué que l'on ne peut avoir trop d'attention pour la régie de cette traitte ou trop veiller à ce qu'un sous fermier se conduise sur ces principes, on ne peut guerres l'attendre d'un marchand qui n'a pour but que de faire en peu de temps plus grand profit parce que les pertes à venir ne tomberont point sur luy.
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La Traitte est exploitée dans les postes de Tadoussac de Checoutimy, Nekouban, et Mistassins, dependans du poste de Checoutimy, des islets de Jeremie et de la Riviere Moizy.
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Les sauvages de Nekouban ou Chabmouchouane qui est le même pays sont au nombre de trente sept chefs de famille.
Les Grands Mistassins et les gens de la hauteur des terres sont quarante trois chefs de famille.
Ces deux derniers postes de Nékouban et des Mistassins ont été rétablys depuis quelques annees ainsi qu'on la explique cy dessus, on marque icy seulement les sauvages qui y sont habitués. On ne sait point encor le nombre de ceux qu'on espère y attirer, la nécessité d'entretenir les Postes de Nekouban ou Chabmouchouane et du Lac des Mistassins a été expliquée cy devant.
Le Poste des Islets de Jérémie ou Papinachois s'étend depuis le bord de la mer jusqu'à la hauteur des terres, il s'y fait des huiles de loup marin et quelques pelleteries de petite quantité. La chasse du loup marin se fait à la pointe des Bersiamistes dans l'automne et dans le printems, on ne peut la faire l'hyver parce que les ances gèlent et qu'on ne peut s'y embarquer pour aller au large chercher le loup marin sur les glaces qui dérivent.
Le Commis fait tous les ans un voyage dans les terres pour faire la traitte avec les sauvages des terres. Ce poste a donné du profit depuis qu'il est rétably, il avait été abandonné sur l'idées qu'il pourroit être exploité par les commis de Tadoussac; on a reconnu que le Poste de Tadoussac n'était pas d'un plus grand produit lorsque les Papinachois y étoient joints, qu'il n'a point diminué par le rétablissement des islets de Jérémie, et que ce dernier dont on ne retiroit rien, donne du profit, it faut être près des sauvages pour avoir leur traitte, et dès qu'on en est éloigné, ils viennent bien emprunter

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mais ils vont payer ailleurs. Au reste les sauvages des islets de Jérémie sont les plus aisés et ceux qui payent le mieux.
Il y a au bord de la mer vingt quatre chefs de famille, et vingt dans les terres.
Le Poste de la Rivière Moizy s'étend aussi du bord de la mer à la hauteur des terres, il s'y fait des huiles de loup marin et de la pelleterie. La chasse de loup marin ne s'y fait comm'aux islets que dans l'automme et le printems parceque les ances y gèlent.
On pourroit y faire aussi une pêche de saumon très abondante dans la Rivière Pacaasseeschame, on ne sy attache point à cause du peu de debit de cette marchandise dont on ne trouve plus la défaite quand il en a plus de douze ou quinze barriques à Québec.
Le Poste de la Rivière Moizy est celuy où se trouvent les plus belles martres de la partie de Tadoussac, il a toujours donné du profit.
Il y a quarante chefs de famille tant au bord de la mer que dans les terres.
Lordonnance du Sr Hocquart du 12 May dernier pourra rendre ce poste meilleur. Le Sr René Cartier a projetté d'établir un hyvernement au lac Des Naskapis où sont habitués les sauvages Naskapis, nation douce et facile à gouverner, nombreuse d'environ quarante families qui n'a point de canots, et qui ne menage point ses pelleteries pour traitter. Ils s'habillent de peaux de caribou et de castors, et leurs enfans de martres et menües pelleteries. En faisant un Establissement près d'eux on leur fournira les munitions et hardes nécessaires moyennant quoy on aura leurs pelleteries, et on les engagera à chasser plus qu'ils ne font.
Le Poste de la Rivière Moizy et sept isles est exploité par le Sr René Cartier de compte à moitié avec le Domaine qui fait les avances d'Equipement et s'en rembourse sur les retours, il y a pour l'exploitation de ce Poste un bastiment particulier appartenant par moitié au Domaine et au Sr Cartier. Il en a été construit un neuf l'hyver dernier, celuy qui y servoit étant hors de service.
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Le Directeur tant en cette qualité qu'en celle de receveur général et particulier a esté chargé du soin de toute la régie tenir la main à ce que les employés fassent fidèlement et diligemment leur devoir, prévenir et empêcher les fraudes, poursuivre les redevables, suivre et soutenir les procès et contestations tant en demandant qu'en deffendant pour les droits du Domaine soit d'entrée ou de sortye ou Domaniaux et requérir pour ces derniers la jonction du Procureur Général du Roy, exécuter et faire exécuter les ordonnances, arrêts et règlemens concernans la régie du Domaine et à cette fin requérir devant l'intendant et poursuivre tous jugemens nécessaires. Poursuivre les contrevenans jusqu'à jugement définitif, transiger de l'autorité et aveu de l'Intendant, en conséquence donner main levée des saisyes et composer des amandes et confiscations, faire par devant luy la vente des choses saisies et confisquées, après la confiscation prononcée, demander la séquestration en ses mains de tous biens vacans, déserences aubaines et bastardises et



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