p. 2731
C


No. 1086.
INTENDANT HOCQUART'S MEMOIR, 1ST SEPT., 1733.

TRAITTES DE TADOUSSAC.

PUBLIC ARCHIVES OF CANADA.
SERIES C 11. VOL. 59

Le Traitte de Tadoussac consiste clans le droit de traitter seul à l'exclusion de tous autres clans l'etendüe des terres réservées pour le Domaine du Roy, étably par les articles 358 du bail de Domergue et 413 du bail de Carlier.
L'étendüe des terres réservées pour les traittes de Tadoussac avait été réglé par l'arrest du Conseil d'Etat du Roy du 15 May 1677, suivant lavis de Mr. Duchesneau l'ors Intendant en Canada conformément aux beaux faits par le Conseil souverain de Québec les 30 Octobre 1653 et 19 Octobre 1658, depuis deux lieues audessous des sept isles remontant dans le fleuve St. Laurent nord et Sud, jusque dans la Rivière du Saguenay, et au dessus des Lacs qui s'y déchargent avec deffenses an fermier d'envoyer des canots et des hommes hors d'icelle.
Par ordonnance du dix Avril 1684, il à été deffendu a tous ceux qui étoient habitués dans les dites limites d'y faire aucune traitte avec les sauvages.
Par autre ordonnance du mois de Juin 1685, Sa Majesté voulant donner moyen aux habitans de la coste du sud de subsister aux termer de leurs concessions, et d'augmenter leur commerce sans avoir égard à ladite ordonnance du 10 Avril 1684 a permis aux habitans de la coste du Sud du fleuve St. Laurent de trait ter dans leurs habitations seulement avec les Sauvages de ladite coste à prendre depuis le lieu de Matane jusqu'à la coste de Lauzon, avec deffenses aux habitans de ladite coste du Sud du fleuve St. Laurent de traitter directement n'y indirectement dans l'étendtüe et les limites de la Traitte de Tadoussac, et avec autres sauvages que ceux de ladite coste du Sud a peine d'être déchus de leurs concessions et de mille livres d'amande.
Ainsi les limites de la Traitte de Tadoussac se renferment aujourd'huy clans le nord du fleuve St. Laurent depuis l'isle aux Coudres, jusqu'à deux lieues au dessous des sept isles, dans laqu'elle étendüe sont les Postes de Tadoussac, Chécoutimy, Lac St Jean, Nekouban, Mistassins, Papinachois, ou islets de Jérémie, les sept isles, La Rivière Moizy et lieux en dépendans. Les

p. 2732

sous-fermiers des traittes ont toujours traitte dans ces postes, soit par des commis et Engagés qui y residoient, ou par des françois qu'ils y envoyoient tous les ans, faire la traitte des le printems, personne n'a contesté ces postes au Domaine, mais les habitans des Trois Rivieres et ceux des costes de Batiscan et Champlain qui peuvent aller par leurs rivière jusqu'au Lac St. Jean et Nekouban, les Srs Jolyet et Bissot concessionaires de Mingan, voisins de la Rivière Moizy et divers particuliers naviguans le long du fleuve St. Laurent, y ont fait un commerce préjude iable aux traittes de Tadoussac, par eux-mêmes ou par des sauvages.
Les habitans des Trois Rivières. de Batiscan et de Champlain ont envoyé des sauvages Abénakis et Algonkins par les terres jusque dans les Postes de Checoutimy, du Lac St. Jean et de Nekouban où ils se rendent facilement par les rivières. Ces sauvages chassent dans les terres du Domaine, y d&eacdute;truisent les animaux et remportent à ceux qui les ont équipés des pelleteries qui ne devroient être traittées que dans les postes du Domaine, non contens de cela, ils traittent avec les sauvages montagnais habitués des terres du Domaine, et au moyen de l'Eau de Vie qu'ils leur fournissent, ils emportent une partie de leurs pelleteries, et enfin debauchent les sauvages du Domaine pour les engager à venir en traitte aux Trois Rivieres et autres endroits, ce qui cause un double préjudice aux traittes du Domaine, ils en enlèvent une partie de pelleteries et font perdre aux Postes du Domaine, les Prets qu'on y avoit faits aux sauvages, et qu'ils ne sont plus en état de payer l'orsqu'ils traittent leurs pelleteries à d'autres qu'à ceux qui les ont équipés.
Les sous-fermiers des Traittes de Tadoussac en ont dans tous les tems porté leurs plaintes ; en 1707 le Sr Hazeur lors sous fermier des Traittes, présenta requeste à Mr Raudot, Intendant sur ce que plusieurs sauvages Abenakis et Hurons, s'étoient ingérez des 1705 d'aller chasser contre la coutume et nonobstant les deffenses aux environs du lac St Jean, et avoient porte. leur désordre dans l'hyver de 1706, au point d'obliger les sauvages habitués d'abandonner et de se retirer ailleurs. M. Raudot par son ordonnance du 26 7bre 1707 a fait deffenses à touter personnes de traitter n'y chasser dans le Domaine de Sa Majesté, renfermé dans les limites de Tadoussac, directement n'y indirectement à peine de confiscation de leurs armes, chasse et merchandises, et de la somme de mille livres d'amande, et en tous les dépens dommages et intérests envers le Roy et la Compagnie aux droits duquel elle est enjoint aux missionnaires des sauvages d'informer les chefs de leurs missions des intentions du Roy à ce sujet, afin qu'ils défendent à ceux de leurs nations, de contrevenir à ladite ordonnance, et en cas de contravention d'icelle, permis au sous fermier de faire informer à sa diligence contre les contrevenans.
En l'année 1720, le Directeur du Domaine informé par les commis préposés a l'exploitation des Traittes que plusieurs particuliers des Trois Rivieres envoyoient des marchandises et surtout de I'Eau de Vie par des sauvages Abénakis et Algonkins à eux affidés dans les Postes du lac St Jean et de Nekouban et faisoient de commerce si ouvertement, qu'il se trouvoit

p. 2733

dans les Postes autant de marchandises venans des Trois Rivières que de celles du fermier, que plusieurs particuliers descendans le long du fleuve St Laurent, sous prétexte de faire ou d'entretenir des Etablissemens du coste de la bras d'or ou d'aller en pêche au petit nord en canot ou en bastiment, faisoient la traitte sur les terres du Domaine présenta requeste à Mr. Begon qui rendit son ordonnance sur icelle le 5 avril 1720, par laqu'elle en conséquence du privilège des fermiers, il est ordonné qu'ils auront seuls à l'exclusion de tous autres, le droit de traitte, chasse, pesche et commerce dans l'étendüe du Domain du Roy depuis l'isle aux Coudres, jusqu'à deux lieues au dessous des sept isles dans les Postes de Tadoussac, Checoutimy, lac St. Jean, Nekouban, Mistasins, Papinachois, Riviere Moizy et sept isles, et lieux en dépendans, fait deffenses à toutes personnes de quelque qualité et condition qu'elles soient tant aux particuliers établys dans l'étendüe du dit Domaine, qu'aux marchands et habitans des villes de Québec et des Trois Rivières, capitaines et maîtres de charroys, barques, batteaux et navires, Gens de leurs Equipages et passagers et à tous autres généralement quelconques, de traitter, chasser, pescher n'y faire aucun commerce sous quelque prétexte que ce puisse être directement n'y indirectement par eux mêmes ou en envoyant des marchandises, vivres, boissons et munitions par des sauvages affidés dans les Pays dépendans des Traittes du Domaine de Sa Majesté, si ce n'est par commission expresse et par écrit du fermier, à peine de confiscation des armes, chasse, marchandises, pelleteries et effets traittés, canots, chaloupes, barques, charroys, batteaux et autres batimens généralement quelconques, et de la somme de mille livres d'amande applicable, les deux tiers au fermier, et l'autre tiers au dénonciateur. Permis au fermier de saisir et arrester à ses risques périls et fortune tous les canots qui se trouveront dans l'étendüe dudit Domaine, chargés de marchandises de traitte ou provenans de ladite Traitte, ensemble celles qui seront trouvées dans les Pays dépendans du dit Domaine à quelques personnes qu'elles puissent appartenir, comm'aussi de saisir et arrester à ses risques, perils et fortunes, tous les bastimens généralement quelconques qui se trouveront traitter ou avoir traitté avec les sauvages dans l'étendüe dudit Domaine pour en poursuivre la confiscation sur les procès-verbaux de ses commis düement affirmez et répétez.
Des deffenses n'ont point empêché les marchands et habitans des Trois Rivières, Batiscan et Champlain de continuer le même commerce par les sauvages Abénakis et Algonkins.
Le Directeur du Domaine de l'avis et approbation de Mr. Begon, prit le party en 1724 d'envoyer le Sr Amelin La Ganière par la Rivière des Trois Rivières jusqu'au lac appelé Choioatoissin qui pouvoit faire la borne des limites du Domaine afin que ce cornmis pût se rendre dans les Postes en même temps que les sauvages des Trois Rivières parce que les Rivières étant practicables du costé des Trois Rivières trois semaines avant qu'elles puissent l'être à Checoutimy doù le fermier du Domaine envoyoit des Engagés dans les Postes du Lac St Jean et de Nekouban. Les sauvages envoyez des Trois Rivières sont rendus aux dts. lieux y ont fait leur traitte et en sont repartys

p. 2734

avant que les engagés envoyés de Checoutimy puissent y être arrivés. En 1726 Jean Gagnis engagé pour le voyage de Nekouban y trouva à son arrivée les sauvages des Trois Rivières qui avoient fait leur traitte, quoy qu'il fut party de Checoutimy aussitost que les Rivières furent libres, en sorte qu'il ne peut faire aucune Traitte.
Le voyage du Sr de la Ganière a donné lieu aux contestations entre la Directeur du Domaine et les marchands des Trois Rivières renvoyées à la Cour, sur lesqu'elles il a été ordonné que les limites de la Traitte de Tadoussac seroient réglez par l'Intendant.
Cette affaire a demeuré en suspens jusq'à l'année 1730, que le Sr Hocquart pour régler les limites de la Traitte de Tadoussac en connoissance de cause, a envoyé dans tous les Postes jusqu'à la hauteur des Terres, pour reconnoître qu'elles sont les rivières, et Lacs qui se déchargent dans la Rivière du Saguenay.
Sur les journaux des Srs de la Chenay et Normandin qui y ont été il a fait dresser une carte du Domaine et en conséquence a réglé les limites de la Traitte de Tadoussac du costés des Trois Rivières par son ordonnance du
May dernier par laquelle le fermier est maintenu dans son droit exclusif de faire la traitte, chasse, pesche et commerce dans toute l'Etendüe du Domaine aux termes de l'Ordonnance de Mr. Begon du 5 avril 1720.
Par autre ordonnance du 12 du dit moil de May dernier, le Sr Hocquart en donnant acte aux Srs Bissot, de la Gorgendière et Gourdault concessionnaires de la Seigneurie de l'isle aux oeufs de labandon par eux fait du terrain concédé à deffunt François Bissot de la Rivière leur auteur par la compagnie de la Nouvelle France, le 25 Fevrier 1661, depuis l'isle aux oeufs jusqu'à la rivière Moizy, et ayant égard à la demande du Directeur du Domaine a réuny au Domain de sa Majesté le dit terrain concédé au dit Sr Bissot depuis et compris ladite isle aux oeufs jusqu'à la pointe des Cormorans qui est à quatre ou cinq lieues au dessous de la Rivière Moizy.
Ce faisant deffend auxdits Srs Bissot, de la Gorgendière et Gourdault et à tous autres de faire directement n'y indirectement aucune traitte, chasse pêche, commerce n'y Etablissement dans l'étendüe du terrain cy dessus réuny n'y dans la dite Riviere Moizy et autres lacs et rivières y affluantes, et de troubler le fermier du Domaine dans la joüissance, possession et exploitation des dits terrains sous les peines de droit. Ordonne que pour l'établissement fait aud lieu de Mingan par le dit Sr. Bissot et ses ayans cause, les parties se retiréront par devers Sa Majesté pour obtenir un nouveau titre de concession du dit lieu de Mingan sur tel front et profondeur et sous telle redevance qu'il plaira à Sa Majesté leur accorder.
Le Pays dont les Srs. Bissot et consort demandent un nouveau titre de concession ne peut servir qu'à la traitte et à la Pêche de loups marina et morües. On ne peut y établir d'habitans, ainsi il paroist qu'il doit être concédé en censive. Mais quelque étendüe qu'il plaise à Sa Majeste [sic] d'accorder au Sr Bissot, il convient que sa concession ne commence qu'à la rivière des islets environ dix lieues audessous de la Pointe des Cormorans pour faire une séparation entre le Domaine et la concession des particuliers

p. 2735

de maniére qu'ils ne puissent se nuire n'y préjudicier les uns aux autres, cette Etendüe de dix lieues qui restent non concédée ne peut être d'aucune utilité. Le Sr Hocquart rendra compte par une depêche particulière de la demande du Sr Bissot et consorts s'il la faut.
Au moyen des deux ordonnances cy dessus, les limites des Traittes de Tadoussac sont certaines et invariables, et elles mettent le domaine à labry du commerce qui se fait à son préjudice parce qu'on peut l'empêcher en étabiissant des Postes sur les bornes desdites limites. C'est le seul moyen d'y remédier. Les sauvages sont maîtres d'aller où bon leur semble, ils sont indépendans et ne peuvent être assujettys à aucunes deffenses. D'ailleurs il est impossible d'apporter obstacle à une contravention qui se passe dans la profondeur des bois, et on ne peut la prévenir que par des engagés résidens dans les Postes où les sauvages ont leur rendez-vous ; pour empêcher les étrangers de venir sur les terres du Domaine et ceux du Domaine d'aller traitter ailleurs sans quoy le même commerce subsistera toujours, ceux qui le font ont l'avantage de faire leur traitte en eau de vie. Ils font entendre aux sauvages qu'ils leur donnent leurs marchandises à plus bas prix que dans les postes du Roy, par ce qu'ils se dédommagent du bon marché qu'ils leur font de certaines merchandises sur les pelleteries qu'ils ont pour de l'eau de vie, c'est le plus grand attrait des sauvages, ils gardent leurs meilleures pelleteries pour en avoir et ne sont satisfait que quand ils se sont enyvrés. Le voyage ne leur coute rien pour en trouver, et ils iront toujours préférablement à ceux qui leur en donneront leur discretion. L'on juge aisément que quand ils sont yvres on leur fait croire ce que l'on veut et l'on traitte leurs pelleteries à vil prix, cela ne se peut pratiquer et ne se pratique point effectivement dans les Postes. On n'y donne d'eau de vie aux sauvages que dans le festin qui se fait une fois par an. Du reste on ne leur en traitte qu'aprés qu'ils ont payé leurs prêts et traitté les munitions et marchandises qui leur sont nécessaires.
Les Traittes de Tadoussac ont toujours été sous fermées jusqu'en 1718.
Par bail passé devant Roger, notaire à Quebec, le 8 octobre 1698, les Traittes de Tadoussac, Papinachois et Rivière Moizy dans toute leur étendüe ont été sous fermées pour trois ans, commencés au premier dudit mois d'Octobre 1698, par le Sr Tanger Directeur du Domaine d'Occident en Canada, et intéressé au bail de Louis Guigue fermier général du Domaine d'Occident aux Srs Pierre Dupont et Charles Perthuits, marchands à Québec sous le cautionnement du Sr Dupont, Conseiller au Conseil Supérieur de Québec pour le prix de 15,200 monnoye de France, payables en argent au cours de France, ou en lettre de change du Domaine au fur et à mesure que les retours viendraient des dites Traittes et dans tous les mois de septembre chaque année sous l'hypotéque spéciale des effets provenans desdites Traittes, notamment des castors au defaut d'iceux, des peaux passées d'orignaux, et orignaux en poil, et successivement des autres pelleteries et effets venans des dites Traittes, et ou les retours ne seroient pas suffisant, les preneurs tenus suppléer en lettres de change du Domain, avec convention expresse qu'au cas que les castors


[1927lab]


Partnered Projects Government and Politics - Table of Contents Site Map Search Heritage Web Site Home