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THE FRENCH “SHORE” (NEWFOUNDLAND).

No. 926.

EXTRACT FROM “LA GRANDE PECHE DE TERRE-NEUVE ET D'ISLANDE.”


ABBÉ. J. M. GROSSETÊTE, DOCTOR, &C. (RENNES : 1921).



CHAPTER II.
COUTUMES ET RÉGLEMENTATION.

Le Règlement de Saint-Malo pour la répartition des places.—Décrets et Ordonnaces.—Nouvelle législation pour le placement. . . .

Les pêcheurs français étaient nombreux, jadis, sur les côtes de Terre-Neuve : il n'y avait pas moins de deux cents bateaux dans la seule partie orientale de l'ile Les places appartenaient au premier occupant ; mais, dans la pratique, il se produisait de fréquentes contestations. Afin de couper court à des querelles et à des rixes, préjudiciables aux intérêts de tous, les armateurs de Saint-Malo, réunis en assemblée générale le 26 mars 1640, s'entendirent pour élaborer un règlement.
Le premier capitaine qui arrivait à l'anse du Croc, dans la baie du Petit-Maitre, avait droit à la meilleure place et devenait amiral de la pêche : en cette qualité, il était chargé de faire la police, d'arbitrer les différends et de juger les contestations. Pour obtenir ce titre et les prérogatives qui y étaient attachées, il devait inscrire, sur un tableau suspendu à un mât, son nom et celui du navire, le nombre de ses hommes, la date de son arrivée et le havre qu'il avait choisi. Ainsi faisaient, après lui, les autres capitaines. Les derniers venus se rendaient compte, immédiatement des places restées libres, et ne perdaient pas de temps en vaines recherches. Les échafauds et cabanes restaient, à la fin de la campagne, à la disposition de celui qui occuperait le même endroit l'année suivante.
Ce règlement qui s'est maintenu jusqu' à la Révolution, fut homologué par le parlement de Rennes, le 31 mars 1640. C'est le premier acte de police relatif à la pêche cótière de la morue. Les contraventions étaient punies d'une amende de 500 livres, au payement de laquelle la cargaison et le navire lui-même pouvaient être affectés La paix revint parmi nos compatriotes. Mais bientôt arrivèrent dans cette région du Petit-Nord, où étaient confinés les Bretons, des pêcheurs qui refusèrent de se soumettre à un règlement

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fait par d'autres. Les désordres recommencèrent. Les armateurs et capitaines malouins firent appel à l'autorité de Louis XIV. contre ces intrus, dont la plupart étaient normands. Par un arrêt du Conseil, en date du 28 avril 1671, le roi étendit à tous ses sujets qui viendraient sur les côtes du Petit-Nord, le règlement du 26 mars 1640 et la décision du parlement de Rennes, qui lui donnait authorité. *
L'ordonnance de la Marine du mois d'août 1681, oeuvre de Colbert, codifia les prescriptions du réglement de Saint-Malo, et en généralisa l'application. Le premier capitaine arrivé sur les lieux de pêche conservait toutes ses prérogatives d'autrefois ; on lui retirait seulement le titre d'amiral. La situation et les avantages excitaient néanmoins les convoitises des pêcheurs, qui faisaient tout pour les acquérir. Pendant la traversée, les bateaux ne cherchaient pas à se distancer, ils voguaient de conserve et les plus rapides modéraient leur allure. Mais, quand elle arrivait à quelques lieues de Terre-Neuve, la flotte se disloquait et c'était à qui le premier inscrirait son nom au tableau. Si le vent était contraire, ou s'il venait à tomber, on mettait les chaloupes à la mer, et, à force de rames, on s'efforçait avant les autres. Il en résulta de nombreux sinistres, qu'il fallait conjurer.
Une nouvelle ordonnance du roi, rendue le 8 mars 1702, défendit aux capitaines d'envoyer des chaloupes avant d'avoir mouillé, et ce, à peine de mille livres d'amende pour la première infraction, et de peines corporelles en cas de récidive. L'ordonnance de 1721, pour supprimer radicalement les inconvénients et les dangers de cette course à l'inscription, réserva désormais au plus ancien capitaine les fonctions de l'amiral de la pêche.†
Longtemps déjà avant l'arrangement du 8 avril 1904, cette législation avait complètement disparu. Les places étaient tout simplement tirées au sort. Ce nouveau mode de répartition fut réglé d'abord par le décret du 15 pluviôse an XI—4 février 1803—revu en 1815 et 1821, puis par l'ordonnance du 28 avril 1842, que complétèrent les décrets des 2 et 22 mars 1852. Dans le principe tous les trois ans, plus tard tous les cinq ans, le 5 janvier, les armateurs intéressés se réunissaient à Saint-Servan, sous la présidence du chef du service de la Marine, pour procéder au tirage.
Les navires étaient divisés en trois séries : les bâtiments de 149 tonneaux et au-dessus, avec un équipage minimum de trente hommes ; ceux de 90 à 149 tonneaux, avec un équipage d'au moins vingt-cinq hommes ; les goélettes au-dessous de 90 tonneaux, dont l'équipage n'était pas inférieur à vingt hommes. La première série choisissait d'abord, puis la deuxième, et la troisième.
Les armateurs étaient obligés, la première année, sous peine d'amendes élevés, d'envoyer à Terre-Neuve le bateau annoncé ou un autre de la même série. Ils jouissaient des installations laissées par les prédécesseurs, mais ils devaient entretenir et remettre en bon état aux remplaçants les établissements de pêche, échafauds, cabanes, qui existaient déjà ou qu'ils avaient construits eux-mêmes. A la fin de la première année, ils pouvaient renoncer à

* Ad. Bellet, La grande pêche de la morue, p. 50-52.
† E. Hervé, Le French-Shore, p. 24.


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la place que le sort leur avait attribuée. Tous les ans, il se faisait un tirage partiel entre les armateurs désireux d'occuper les havres abandonnés.*
Les anses étaient ainsi complèment occupés. Certaines baies restaient “communes” ; des “défileurs” s'y installaient et faisaient parfois un riche butin.
Le capitaine, en possession de sa place, assignait aux membres de son équipage des fonctions en rapport avec leurs aptitudes. Les uns s'éloignaient chaque soir des côtes pour aller jeter au fond de la mer de longues lignes ou harouelles. D'autres, sur des embarcations plus grandes et plus solides, pêchaient avec des sennes : c'étaient d'immenses filets de cent à cent cinquante brasses de longueur, sur une largeur au centre de cinquante à cent pieds, et rétrécis aux extrémités. La senne était jetée autour d'une troupe de poissons et halée ensuite hors de la mer. Elle renfermait parfois de quarante à cinquante tonneaux de butin. . . .
La morue était rapportée chaque soir à l'échafaud, sorte de wharf ou plate-forme en planches, supportée par des poteaux, et s'avançant assez loin dans la mer pour que les embarcations pussent s'y décharger à toute heure de marée. On la décollait et on l'habillait, c'est-à-dire qu'on lui enlevait la tête et les viscères. †
Le poisson était ensure tranché, salé et mis à sécher sur les galets, sur des branches, ou sur des claies appelées vignots. Il y restait étendu tout le jour à l'action de l'air et de la chaleur ; les manipulations duraient plus d'un mois, et l'on donnait à la morue jusqu'à dix SOLEILS, quotidiennement d'abord, puis à des intervalles de plus en plus éloignés. Ces dernières opérations étaient l'affaire des graviers, qui accomplissaient une besogne trés dure et assez peu rémunérée. Ils devaient faire sécher la morue, et empêcher que la pluie ne la mouillât : on devine quels soins cela exigeait dans un pays aussi humide que Terre-Neuve. ‡
Il y a, dans tout ceci, un curieux, et d'ailleurs assez banal exemple des rapports de la loi et de la coutume. Les pêcheurs étaient, sur les côtes de Terre Neuve [sic], dans les conditions les plus particulières. Eloignés de la métropole, ils ne pouvaient être soumis aux mêmes réglements et ordonannces que les autres Français. En fait, la législation ordinaire était insuffisante : à une situation spéciale il faut des lois spéciales. Les marins ont commencé par prendre des mesures de sauvegarde ; le gouvernment n'a eu qu'à les enregistrer, en leur apportant une force nouvelle et les sanctions nécessaires. Bientôt les lois sont tombées en désuétude : elles ne répondaient plus à leur but ou ne convenaient plus aux circonstances. Une nouvelle coutume est intervenue qui n'a pas tardé à devenir une loi.

* E. Hervé, le French-Shore, p. 25.
† Ad. Bellet, op. cit., p. 68, et suiv.
‡ Art. de M. Le Breton, Questions diplomatiques et coloniales, tome XV., pp. 411-428, 640-654, 712-720.


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[Translation of No. 926.]



CHAPTER II.

CUSTOMS AND REGULATIONS.

St. Malo regulations for the distribution of places—Decrees and Ordinances—New legislation respecting location.

There was a time when the coasts of Newfoundland were frequented by a large number of French fishermen, and in the eastern part of the island as many as two hundred vessels were gathered. The places would belong to the first occupant, but this practice gave rise to frequent disputes. In order to put an end to quarrels and conflicts detrimental to all concerned, the ship-owners of St. Malo held a general meeting, on the 26th March, 1640, and agreed on the drafting of a regulation.
The first captain to arrive at the cove du Croc, in the bay of Petit-Maître was entitled to the best place and would become the “admiral” of the fishery ; as such, his duties consisted in maintaining order, adjusting disputes and determining contestations. This title was conferred to him, with the prerogatives attached to it, subject to the condition that he should inscribe, on a board nailed to a pole, his name and that of his vessel, the strength of his crew, the date of his arrival and the harbour he had chosen. As they came after him, the other captains would do the same thing. Thus, the late arrivals would immediately be informed of what places were available and no time was wasted in useless enquiries. At the end of the fishing season, the stages and huts remained at the disposal of the captain occupying the same place the ensuing year.
This regulation, which was kept in force up to the Revolution, was confirmed by the Rennes Parliament on 31st March, 1640 ; this was the first measure regulating coast cod fishery. The offenders were liable to a fine of 500 livres for the payment of which both cargo and vessel could be assigned. Peace was restored among our nationals. But there soon came in that district of Petit-Nord fishermen who refused to submit to a regulation passed by others, and further disturbances occurred. The ship-owners and captains of St. Malo appealed to the authority of Louis XIV. against the intruders, most of whom were from Normandy. Under a decree of the Council, dated 28th April, 1671, the King extended to all those of his subjects going to the shores of Petit-Nord the regulation of 26th March, 1640, as well as the ordinance of the Rennes Parliament ratifying the same.*
The Ordinance of the Marine of August, 1681, drafted by Colbert, consolidated the provisions of the St. Malo regulation and made them of a general application. The first captain to arrive retained all his former prerogatives with the exception that the title of admiral of the fishery was withdrawn.

* Ad. Bellet, La grande pêche de la morue, pp. 50-52.

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The situation and the advantages attached to it were coveted by the fishermen who would do everything in their power towards securing them. During the voyage across there was no attempt, between the vessels, to outdistance one another they would keep in company and the swifter crafts slackened their speed. But when only a few leagues away from Newfoundland, the whole fleet would disperse and every vessel would rush to the shore in order to secure the first inscription on the board. When the wind was foul or became calm, boats were lowered and the men, tugging at the oar, would vie with each other in an effort to land ahead of others. Such practice resulted in frequent accidents and called for preventive measures.
A new ordinance by the King was passed on the 8th of March, 1702, whereby no captain was to send out boats until his vessel had reached the anchoring-place, and this under pain of a fine of one thousand livres for a first offence, and of corporal punishment for subsequent offences. With a view to put definitely to an end disorders and risks occasioned through that race for inscription, the ordinance of 1721 provided that, from then on, the duties of the admiral of fishery would be assigned to the oldest among the captains.*
This last provision was repealed a considerable time before the agreement of the 9th of April, 1804, was passed, and places were simply distributed by means of a drawing. The new system of distribution was first regulated by the decree of 15th Pluviôse year XI.—4th February, 1803—revised in 1815 and 1821, and then by the ordinance of 28th April, 1842, which was perfected by the decrees of the 2nd and 22nd March, 1852. Originally every three years, and subsequently every five years, on the 5th January, the ship-owners concerned met at Saint-Servan, under the presidency of the head of the Department of Marine, and proceeded with the drawing.
Vessels were classified in three series : vessels of 149 tons and over, with a minimum crew of thirty men vessels of 90 to 149 tons, with a crew of at lest twenty five men and schooners below 90 tons with a crew of not less than twenty men. Vessels of the first series had the preference, followed by those of the second and third series.
For the first year ship-owners were held, under heavy penalties, to send to Newfoundland the vessel mentioned at the drawing or another belonging to the same series. They enjoyed the use of plants left by those who had preceded them, but they were bound to keep in repair and hand over to their successors the fishery establishments, stages, huts which already existed or which they had erected themselves. At the end of the first they could relinquish the place allotted to them. Every year a special drawing was held between the shipowners wishing to occupy harbours that had been abandoned.†
In this manner the bays were all occupied some remained “common,” and were taken up by “trawlers” (défileurs) whose operations sometimes resulted in a substantial catch.
Once in possession of his station, the captain would assign the members

* E. Hervé, Le French-Shore, p. 24.
† E. Hervé Le French-Shore, p. 25.

[1927lab]



 

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