L'aide gouvernementale au secteur de la pêche 1940 – 1970

Activités de pêche hauturière

Le gouvernement offre son aide à l'industrie du poisson congelé naissante au début des années 1940. La Commission de gouvernement [Commission de gouvernement : lorsque le dominion de Terre-Neuve renonce au gouvernement responsable en 1934, la Grande-Bretagne nomme six commissaires responsables de son administration.] montre l'exemple, car elle est convaincue que Terre-Neuve doit saisir l'occasion de participer à l'expansion du marché du poisson congelé aux États-Unis. Elle croit également que la centralisation en usine de la transformation du poisson se révélerait beaucoup plus efficace. L'abandon des méthodes traditionnelles de traitement du poisson sur le rivage réglerait dès lors plusieurs problèmes.

En 1943, la Commission de gouvernement entend favoriser l'installation d'usines de transformation du poisson congelé et l'achat de chalutiers hauturiers en accordant des prêts aux entreprises de pêche désireuses d'y investir. Le gouvernement libéral de Joseph R. Smallwood poursuit cette politique après l'entrée de Terre-Neuve dans la Confédération en 1949. Entre 1950 et 1967, ces entreprises contractent donc des emprunts totalisant près de 30 millions de dollars auprès du gouvernement Smallwood. Ces emprunts stimulent la construction ou l'agrandissement d'usines de transformation. Ils assurent aussi le maintien de leurs activités et l'acquisition de chalutiers.

Les entreprises de pêche de Terre-Neuve ne peuvent obtenir directement des prêts du gouvernement fédéral avant la fin des années 1960. Toutefois, le gouvernement fédéral les épaule en finançant les recherches en biologie et en technologie que mène le Conseil de recherches sur les pêcheries du Canada. Celle-ci exploite en effet des stations de recherche au Canada atlantique, y compris à Terre-Neuve. Le fédéral ne néglige pas non plus la construction de quais. Il procède également à des améliorations portuaires dans certains villages côtiers et aménage des chafauds collectifs réservés au nettoyage et à la préparation du poisson.

La pêche côtière

Les deux ordres de gouvernement soutiennent la modernisation de la pêche côtière. Ils incitent les pêcheurs à acheter des moteurs et des bateaux de taille plus imposante appelés palangriers. Ces bateaux pontés mesurent entre 11 et 18 m. Ils sont plus imposants et puissants que les bateaux côtiers et peuvent donc naviguer en haute mer. Ils peuvent aussi accommoder divers engins de pêche, dont la palangre (une palangre est une ligne maîtresse composée d'avançons portant des hameçons et tirée dans l'eau). Ils permettent aussi l'utilisation d'une variété de filets, notamment une version réduite du chalut qui équipe les chalutiers hauturiers.

Le palangrier Carl Venture, après 1982
Le palangrier Carl Venture, après 1982
Le Carl Venture un palangrier typique de Terre-Neuve, amarré au quai de St. John's. Il a été construit à Nippers Harbour dans la baie Notre Dame.
Avec la permission des Archives d'histoire maritime (Collection Captain Harry Stone, PF-001.1-N20b), Memorial University of Newfoundland, St. John's, T.-N.-L.

C'est la Commission des prêts aux pêcheurs qui permet au gouvernement provincial de les aider. Ceux-ci doivent d'abord avancer eux-mêmes une mise de fonds pour ensuite obtenir de la Commission un prêt à taux faible pour la somme restante. Le fédéral offre aussi de modestes subsides destinés à l'acquisition de certains types de bateaux tels des palangriers. Ces derniers facilitent des prises appréciables, mais les coûts d'achat et d'exploitation sont considérables. C'est ce qui explique que moins de 500 palangriers sont construits dans la province dans les années 1950 et 1960.

Ainsi donc, dans les années 1960, le gouvernement provincial a recours au programme d'aide aux pêches côtières pour appuyer les pêcheurs dont les embarcations ne dépassent pas 11 m. Le programme verse de petits subsides aux pêcheurs qui achètent ou construisent des bateaux de 7 à 11 m. Ce programme en propose aussi à ceux qui désirent se procurer des filets maillants en nylon. Ce type de filet rectangulaire de 50 brasses [1 brasse = 6 pi ou 1,83 m] est suspendu à la verticale dans l'eau. Les poissons qui tentent de le traverser restent prisonniers de ses mailles. Avant les années 1960, les pêcheurs côtiers terre-neuviens l'utilisent rarement. En 1965, on en compte 18 000.

Une embarcation de pêche côtière, 1968
Une embarcation de pêche côtière, 1968
Une embarcation de pêche côtière sur une cale de halage à Haystack, baie Placentia.
Avec la permission des Archives d'histoire maritime (Collection Captain Harry Stone, PF-001.1-N20b), Memorial University of Newfoundland, St. John's, T.-N.-L.

Assurance-chômage

En 1957, tous les pêcheurs deviennent admissibles au programme d'assurance-chômage du fédéral. La plupart des pêcheurs côtiers, qui doivent cesser leurs activités à la fin de la saison de la pêche en raison des conditions météorologiques, peuvent désormais recevoir des prestations comme les autres travailleurs saisonniers canadiens. Le programme toutefois ne s'adresse qu'aux pêcheurs. Il ne tient pas compte des personnes ayant pour tâche la préparation ou la transformation du poisson (en majorité des femmes) sur la terre ferme. Les femmes sont doublement pénalisées, car les pêcheuses n'ont pas davantage droit aux prestations. La femme d'un membre de l'équipage d'un bateau de pêche est écartée du programme. Les pêcheuses sont rares et pêchent par nécessité ou choix. Cette politique est donc économiquement défavorable aux pêcheuses. À la suite d'une contestation devant les tribunaux au début des années 1980, les pêcheuses mariées à des membres d'équipage sont dorénavant admissibles aux prestations d'assurance-chômage. De plus, les personnes qui font partie des équipes de pêche hauturière (en majorité des hommes) sont aussi admissibles aux prestations d'assurance-chômage.

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