Transport

Le long littoral dentelé de Terre-Neuve et ses nombreuses voies navigables intérieures ont été les routes de choix des Béothuks lorsqu'ils voulaient parcourir de longues distances. Ils utilisaient de rapides canots en écorce de bouleau qui possédaient une excellente capacité de charge utile en plus de bien se prêter au portage. Les Béothuks étaient reconnus pour être d'habiles canoéistes qui naviguaient non seulement sur les grands lacs et les réseaux de rivières de Terre-Neuve, mais aussi sur l'océan, y compris à l'île Funk, à 60 kilomètres des côtes dans l'Atlantique.

La taille des canots des Béothuks a été très peu documentée, mais les personnes qui les ont vus affirment qu'ils pouvaient transporter entre deux et dix personnes. En utilisant des mesures recueillies sur des canots fabriqués par d'autres groupes autochtones, on peut estimer que les canots béothuks fabriqués pour la chasse pouvant accueillir deux personnes devaient mesurer de 3,65 à 4,27 m (12 à 14 pieds) de long. Les canots utilisés sur les lacs, les rivières et l'océan devaient mesurer de 4,27 à 6,09 m (14 à 20 pieds) afin d'être assez grands et pouvoir transporter cinq voyageurs. Les canots destinés à naviguer sur l'océan et qui pouvaient accueillir six, huit ou dix passagers mesuraient approximativement de 6,09 à 6,71 m (20 à 22 pieds) de long.

Bien qu'aucun canot béothuk de pleine grandeur n'ait survécu, plusieurs répliques à petite échelle sont parvenues jusqu'aux collections des musées. L'une d'entre elles a été fabriquée par Shanawdithit alors qu'elle vivait sur l'île Exploits. Par ailleurs, des rapports et des illustrations contemporaines fournissent des renseignements sur la forme et les méthodes de fabrication des canots béothuks.

Principaux types de canots

Les Béothuks fabriquaient principalement deux types de canots : l'un avait un fond fortement recourbé qui lui donnait une silhouette en demi-lune, tandis que l'autre avait un fond plat dont les extrémités n'étaient pas recourbées. Le premier type était conçu spécialement pour naviguer sur l'océan. Son fond fortement recourbé du bas jusqu'aux extrémités (cambrure) et son grand tirant d'eau le rendait particulièrement maniable et augmentait sa capacité à garder le cap dans de forts vents. Tout comme les canots des autres tribus de la côte est, ce type de canot était symétrique à l'avant et à l'arrière, la partie la plus large se trouvait au centre et les deux extrémités étaient semblables.

Les flancs du canot s'élevaient à partir d'un morceau de bois central ou de la quille, de sorte que le canot formait un « V » en coupe transversale. On peut dire que ce canot n'avait pas de fond à proprement parler, puisqu'il n'y avait aucune surface plate au centre. Afin de maintenir le canot à la verticale et contrecarrer sa tendance à verser lorsqu'il n'était pas chargé, les Béothuks chargeaient l'embarcation vide avec des pierres couvertes de mousse. Les parties avant (la proue) et arrière (la poupe) surélevées ainsi que les pointes formées par les courbures au milieu des flancs (arcs) donnaient à ce canot un aspect visuel frappant qui le différenciait de ceux de n'importe quel autre groupe autochtone.

Camp et canot béothuks
Camp et canot béothuks
Ce dessin provient de la carte de John Cartwright, « A sketch of The River Exploits and The east end of Lieutenant's Lake in Newfoundland » (vers 1773).

Avec la permission des archives (PANL MG-100), The Rooms, St. John's, T.-N.-L.

Le deuxième type de canot avait un fond plat en ligne droite et un angle aigu à la jonction entre le fond et les extrémités. Le fond n'était pas recourbé avant de rejoindre le haut des extrémités (cambrure). La partie la plus large (le barrot) et le plus grand tirant d'eau (la profondeur) étaient à l'arrière de l'embarcation et la partie avant était plus mince et plus longue que la partie arrière. Les flancs du canot s'élevaient à partir de la quille, comme c'était le cas sur le canot avec le fond recourbé. Les extrémités étaient hautes et pointues, les flancs étaient recourbés vers le haut et pointus également.

Puisque ce type de canot avait un tirant d'eau plus petit que celui à fond recourbé, il nécessitait moins de poids pour le stabiliser. Il était probablement bien adapté aux déplacements sur les lacs et les rivières, malgré son tirant d'eau plus grand comparé aux autres canots fabriqués par d'autres groupes. Il posait toutefois certainement quelques problèmes dans les rivières peu profondes ou rocheuses.

Réplique d'un canot en écorce de bouleau
Réplique d'un canot en écorce de bouleau

Avec la permission du musée, The Rooms, St. John's, T.-N.-L.

Toutes les répliques qui ont survécu jusqu'à aujourd'hui ont un fond plat, ce qui suggère qu'il s'agit du type de canot béothuk le plus important. Le canot à fond recourbé – décrit par John Guy en 1612 et par John Cartwright en 1768 – a probablement été conçu lorsque les voyages océaniques étaient à leur apogée. Vers la fin des années 1700, lorsque les Béothuks étaient principalement confinés à l'intérieur de l'île et n'osaient pas s'aventurer sur l'océan au-delà de la zone côtière, ce type de canot est probablement devenu obsolète.

Fabrication des canots en écorce

La fabrication des canots en écorce par les Autochtones de partout en Amérique du Nord utilisait les mêmes principes de base : on préparait d'abord une coque faite de feuilles d'écorce; ensuite, un cadre constitué de plats-bords, de bancs de nage, de nervures, et de soutiens pour la proue et la poupe était construit à l'intérieur de la coque. Cette méthode est très différente de celle utilisée par les Terre-Neuviens dans la fabrication de leur bateau de pêche : ils assemblaient d'abord des pièces de bois dans le but d'en faire un genre de « squelette » et recouvraient ce dernier avec des planches afin de fabriquer la coque à partir de l'extérieur.

Profil de la poupe illustrant la structure d'une réplique de canot fabriquée par Shanawdithit.
Profil de la poupe illustrant la structure d'une réplique de canot fabriquée par Shanawdithit.

Reproduit avec la permission du Musée canadien de l'histoire, Gatineau, Québec. Traduction libre, d'après le dessin de Cliff George.

Les Béothuks qui fabriquaient des canots plaçaient de grandes feuilles d'écorce de bouleau à papier (Betula papyrifera) sur un sol plat avec le côté blanc et rugueux tourné vers le haut. Ensuite, ils plaçaient une longue pièce de bois qui allait devenir la quille au centre de l'écorce, qui était ensuite pliée vers le haut à un angle aigu sur chaque côté. Cela donnait au canot un relevé de varangue, ou une forme en V, lorsqu'on le regardait de face. Un cadre temporaire durant la fabrication était placé à l'intérieur de l'écorce et formait le contour du canot lorsqu'on le regardait d'en haut. La hauteur des flancs était établie en relevant le cadre. Sur le pourtour supérieur des flancs (la tonture), de longues lattes en bois (les plats-bords) étaient attachées avec des racines fendues. Ces attaches étaient protégées par de minces bandes de bois ou des gardes plats-bords. Des bancs de nage, aussi appelés bancs de rameurs, étaient insérés. Ils établissaient la largeur de l'embarcation et tenaient les côtés séparés. Afin de protéger l'intérieur de la coque en écorce, des lattes de bois étaient disposées le long du canot et maintenues en place par des nervures. Ces dernières étaient traitées à la vapeur afin qu'elles puissent être pliées à un angle aigu sur la quille. Elles devaient être ajustées serré, car l'une de leurs fonctions était de maintenir la forme de la coque en écorce.

Les coutures qui refermaient la coque aux deux extrémités étaient renforcées par des bâtonnets qui étaient attachés à l'intérieur et à l'extérieur; ils remplaçaient les morceaux de proue utilisés par les constructeurs de canots des autres groupes autochtones. De jeunes arbres minces, attachés sous le plat-bord à l'extérieur, agissaient comme défenses. Toutes les coutures et les parties les plus fragiles étaient gommées à l'intérieur et à l'extérieur avec un mélange de résine d'épinette, de charbon, de gras et d'autres ingrédients. Les Béothuks apportaient la touche finale à leur embarcation en y appliquant une couche d'ocre rouge.

Au sujet de la coque du canot au fond recourbé, on dit que les Béothuks utilisaient deux feuilles d'écorce avec un fond courbé qui formaient les flancs. Ils les cousaient ensemble le long de la courbure sous la quille centrale afin d'éviter le crêpage ou la déformation résultant des tentatives de plier une feuille droite sur la quille fortement courbée. Aussi, les prolongations de la quille étaient utilisées au lieu de bâtons afin de renforcer les coutures à chaque extrémité de la coque.

Les Béothuks propulsaient leurs canots avec des pagaies n'ayant qu'une seule pale. Par moment, ils fixaient peut-être un arbuste feuillu en guise de voile. Après avoir rencontré les Européens, ils hissaient parfois des voiles en toile dans leurs canots, même si, en principe, les canots d'écorce n'étaient pas conçus pour naviguer de cette façon.

Lorsqu'ils devaient traverser un cours d'eau et qu'ils n'avaient pas de canot avec eux, les Béothuks attachaient ensemble plusieurs troncs afin de se fabriquer un radeau.

Se déplacer dans la neige

Afin de pouvoir marcher dans la neige profonde, les Béothuks utilisaient des raquettes. Ils les fabriquaient en courbant un mince morceau de bois pour former une boucle et faire un cadre dont les extrémités étaient attachées ensemble pour former la queue à l'arrière de la raquette. Selon ce qui a été observé, cette queue pouvait atteindre près d'un mètre ce qui donnait aux raquettes une longueur inhabituelle. Un expert terre-neuvien en matière de raquettes a récemment fabriqué des raquettes de ce genre et les a trouvées confortables dans la neige profonde. Les raquettes des Béothuks avaient une seule barre de soutien qui traversait le cadre afin de soutenir le pied. Les espaces ouverts étaient recouverts d'un filet fait de lanières de cuir brut. La taille des mailles du filet pouvait varier : de plus grandes mailles permettaient de marcher plus rapidement, tandis que de plus petites mailles permettaient de mieux répartir le poids, et étaient donc plus appropriées au transport de charges.

Afin de transporter de lourdes charges sur la glace ou la neige, les Béothuks utilisaient des traîneaux ou des toboggans. Puisqu'il n'en reste aucune trace, nous ne savons pas si les Béothuks utilisaient des toboggans à fond plat ou des traîneaux montés sur patin. On retrouvait les deux types chez les autres peuples autochtones des provinces maritimes et du Labrador, donc ils pourraient avoir été utilisés aussi par les Béothuks.

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