Répercussions des activités des Européens sur les Inuit du Sud (de NunatuKavut)

Les Inuit du Sud, de NunatuKavut (jadis nommés Inuit-Métis du Labrador) sont les descendants d'unions entre Inuit et Européens qui vivent aux environs du lac Melville et dans quelques villages de la côte sud du Labrador. À partir du début du 19e siècle, les contacts entre femmes autochtones et travailleurs européens aux postes de traite du Labrador ont souvent abouti à des mariages. Si certaines de ces unions étaient entre Français et Innus ou Mi'kmaq, la majorité d'entre elles auront été entre Britanniques et femmes inuit, dont les Inuit du Sud sont les descendants.

Au lieu de s'identifier avec leurs ancêtres, Inuit ou Anglais, les Inuit du Sud se sont constitués une culture et une société distinctes, associant des qualités de leurs patrimoines indigènes et européens. Les migrations saisonnières gouvernaient leurs activités, axées sur les fourrures en hiver, les phoques au printemps et les poissons en été. Si la présence des Européens n'a pas eu grand impact sur le mode de vie des Inuit du Sud avant la deuxième moitié du 20e siècle, une série de chantiers industriels, la réglementation de la chasse, des programmes de relocalisation et d'autres intrusions sont ensuite venus menacer leur territoire et leurs ressources.

Avant la Confédération (1949)

Lorsque naissait dans les années 1800 la première génération d'Inuit du Sud, les missionnaires moraves exerçaient une profonde influence sur les vies des Inuit du Labrador. En plus de contrôler les activités de traite, les Moraves prodiguaient aux Inuit du Labrador divers services religieux, éducatifs et médicaux. Ils étaient opposés aux mariages entre Européens et Inuit, et les ont d'abord interdits sur les terres qu'ils administraient. Éventuellement, dans les années 1860, ils ont commencé à accepter ceux qu'on appelait « colons » ou « Kablunângajuit » (hommes en partie blancs, en inuktitut) dans leurs congrégations et leurs écoles (mais dans des classes distinctes de celles des Inuit). L'anthropologue John C. Kennedy suggérera (1997) que les Moraves, en préservant ces distinctions, ont contribué à créer une situation où les colons se sont différenciés encore davantage de leurs ancêtres inuit.

Durant cette période, de nombreux colons ont commencé à s'installer dans le sud, tandis que d'autres restaient dans le nord, jusqu'à ce qu'un clivage se crée entre ces deux groupes. Dans le nord, les Kablunângajuit ont maintenu des liens étroits avec les Inuit et, dans bien des cas, continué de parler inuktitut. Les missionnaires moraves ont favorisé la préservation des pratiques indigènes des Inuit et des Kablunângajuit en interdisant l'accès des terres de leurs missions aux pêcheurs et aux commerçants européens. De telles barrières n'existaient pas dans le sud pour séparer les Inuit du Sud de leurs voisins anglophones, au point où nombre d'entre eux se sont mis à vivre en anglais plutôt qu'en inuktitut. Les Inuit du Sud passaient aussi une large partie de l'année isolés les uns des autres, durant leur long hiver de trappage, ayant rarement l'occasion de se constituer en organisation ou une identité culturelle.

Ce clivage géographique a favorisé l'émergence de différences culturelles entre les Kablunângajuit et les Inuit du Sud, en dépit de leurs ascendances similaires. Cette divergence s'est accentuée après l'union avec le Canada, qui a choisi d'attribuer des subventions aux Autochtones en fonction des endroits où ils vivaient plutôt que de leur ascendance. En vertu de ce programme, de nombreux villages du nord sont devenus admissibles au financement fédéral, et ceux du sud s'en sont trouvés exclus.

La population d'Inuit du Sud a connu une croissance rapide au tournant du 20e siècle, malgré l'épidémie de grippe espagnole et les autres maladies contagieuses introduites d'Europe qui ont décimé plusieurs autres peuples autochtones du Labrador. Les migrations saisonnières sont demeurées au cœur de leur économie, fondée sur le trappage des fourrures en hiver, la chasse au phoque au printemps et la pêche de la morue et du saumon en été.

Le 20e siècle, toutefois, a amené une série de changements qui ont affecté le mode de vie des Inuit du Sud du Labrador. La Crise économique des années 1930 a provoqué l'effondrement du prix des fourrures, éliminant presque tous les profits du trappage. Plusieurs familles d'Inuit du Sud vivront dans la misère jusqu'à ce que la Seconde Guerre mondiale, avec la construction d'une base aérienne à Goose Bay, crée des milliers d'emplois pour les Labradoriens. Bien que la base ait fourni une source de revenus vitale aux Inuit du Sud, elle a aussi révolutionné leur mode de vie. De nombreuses familles ont abandonné leurs villages côtiers et leurs économies saisonnières pour travailler à l'année longue à Goose Bay, où elles sont devenues de plus en plus dépendantes de l'argent et des biens matériels qu'il permet d'acquérir.

Confédération (1949)

Les changements à la vie et au pays des Inuit du Sud se sont accélérés après la Confédération, en 1949. Avant l'union, le gouvernement de Terre-Neuve et du Labrador n'était représenté auprès de la population autochtone par aucune agence ou aucun ministère, et il n'avait pas prévu de système de réserves ou conclu d'accord de revendications territoriales avec ses Autochtones. Au Canada, en application de la Loi sur les Indiens, le gouvernement fédéral devait fournir un financement spécial aux peuples autochtones. Toutefois, au moment de la Confédération, les deux niveaux de gouvernement ont convenu de soustraire la nouvelle province à cette loi, en partie parce que son application priverait ses Autochtones du droit de vote qu'ils avaient exercé pour la première fois en 1946. Certains historiens croient qu'il aurait été facile pour les négociateurs d'ajouter à la Loi sur les Indiens une clause accordant le droit de vote aux Inuit, aux Inuit du Sud, aux Innus et aux Mi'Kmaq; selon eux, ce sont plutôt les coûts élevés de l'élargissement de la loi à la population éloignée du Labrador qui auront dissuadé Ottawa.

À la place, le Canada a fourni au gouvernement provincial des subsides pour payer les services médicaux, éducatifs et sociaux aux localités du nord du Labrador où vivaient de fortes concentrations de résidants autochtones, notamment à celles qui étaient jadis gérées par les missionnaires moraves. En conséquence, les Kablunângajuit du nord du Labrador ont reçu des subsides du Canada, mais pas les Inuit du Sud; ce système a sapé la légitimité de l'aboriginalité des Inuit du Sud en omettant de leur fournir le même niveau de financement qu'aux autres Autochtones du Labrador.

La politique de relocalisation appliquée par le gouvernement provincial durant les années 1960 a sapé encore davantage le style de vie et l'identité des Inuit du Sud. En incitant les familles du sud du Labrador à quitter leurs logis traditionnels pour s'établir dans des « centres de croissance », notamment à Cartwright, Port Hope Simpson et Mary's Harbour, on a provoqué une surexploitation des ressources locales et occasionné des tensions entre les résidants de longue date et les nouveaux arrivants.

À l'époque de cette politique de relocalisation, la vie des Inuit du Sud avait peu changé de ce qu'elle était au 19e siècle; les progrès technologiques avaient rendu plus confortable la vie dans la forêt et à la maison, mais la plupart des familles dépendaient toujours de l'économie saisonnière de trappage, de pêche et d'autres activités de récolte des ressources. Toutefois, vers la fin du 20e siècle, les règlements de chasse provinciaux et l'industrialisation rapide ont eu un impact dramatique sur les ressources et les usages des Inuit du Sud. La construction du barrage hydroélectrique des chutes Churchill aura été particulièrement dévastatrice, inondant de vastes habitats sauvages et des lignes de trappage des Inuit du Sud. Divers projets de mise en valeur visent encore de nos jours les territoires et les ressources des Inuit du Sud, notamment la mine de nickel de Voisey's Bay, l'aménagement hydroélectrique du cours inférieur de la rivière Churchill et la construction de la route translabradorienne.

Nation des Métis du Labrador

En 1985, les Inuit du Sud ont créé l'Association des Métis du Labrador, rebaptisée par la suite Nation des Métis du Labrador, et enfin le Conseil communautaire de NunatuKavut pour promouvoir leur culture et protéger leur territoire de l'industrialisation et d'autres menaces de l'extérieur. Le groupe a soumis une demande de revendication territoriale globale au gouvernement fédéral en 1991, mais en date de 2008 cette demande n'avait toujours pas été acceptée à des fins de négociations.

Le groupe presse aussi le gouvernement d'accorder des droits de chasse et de pêche spéciaux aux membres du Conseil communautaire du NunatuKavut, ainsi qu'un droit de parole sur divers projets visant les territoires revendiqués, y compris l'aménagement hydroélectrique du cours inférieur de la rivière Churchill et la route translabradorienne. De nos jours, le Conseil communautaire du NunatuKavut représente environ 6 000 habitants du centre et du sud du Labrador.

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